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Thomas Vinau

« Balancer des bouteilles à la mer… »

Thomas Vinau, prolifique et talentueux, avance sur tous les fronts en poète multi-cartes. Protégé de l’esprit de sérieux par une épaisse couche d’autodérision.
Il répond ici aux questions de Georges Cathalo



Tu te définis toi-même comme « militant du minuscule » ou « brautiganiste » ou bien encore…. En as-tu d’autres en stock ?

- Etc-iste, anomaliste, trouducutiste, suivant les jours...

Quand et comment s’est produite ton « entrée » dans l’univers impitoyable de la poésie contemporaine ? Y a-t-il eu un déclic, un intercesseur, une cooptation,...?

- Il aura fallu, en effet une concordance de mauvais augure, d’une part mon départ de la ville et mon arrivée ici (dans les collines du Lubéron), c’est à dire mon changement de vie, d’autre part la rencontre (sur une table de dissection) explosive dans mon petit cœur, d’auteurs comme Richard Brautigan et Eugène Guillevic. Enfin, je crois me souvenir d’une discussion avec Jöel Bastard qui m’a définitivement aidée à passer le cap.

Quelles sont tes lectures favorites et quelles influences te reconnais-tu ?

- Je reproduis un petit texte paru dans Les derniers seront les derniers (Pédalo Ivre éd) qui répond à la question d’une manière nécessairement non exhaustive :
Copains
Les Haïkus de Issa, les Beats, Brautigan, Giono, l’école du Montana, Guillevic, Hopper, les lettres de Van Gogh, le Baron Perché, Jack London, Gill Scott Heron, les Western Spaghettis, Ennio Morricone, Sati, Karen Dalton, Ali Farka Touré, Mulatu Astatké, Blueberry, Jeremiah Johnson, Georges Perros, Hubert Mingarelli, Curtis Mayfield, Thoreau, les Hérissons, Gipi, Comès, Rick Bass, Grizzly Man, Bach, Bon Iver, Nyorck, Alexander Supertramp, Joël Bastard, Modiano, Ken Boothe, Robert Franck, Les Inuits, Miazaki, Agnès Varda, Céline, Manciet, Burning Spear, Joe Gould, Mario Rigoni Stern, Raymond Carver, Romain Gary, Les Maximonstres, Roald Dahl, La Poussière, Chauviré, Forton, P.A.G, Rachid Taha, Rabaté, Little Joy, Cool Hand Luke, les Martinets, Glen Gould, Nick Drake, Johnny Boy, Shuggie Otis,Thierry Metz, Honky Tonk Man, Bird, Arthur H., Magic Malik, ODB, les Vagabonds, Michel Tournier, Al Green, Erri de Luca, Elisabeth Cotten, Pirotte, les Hérons...

Pourquoi, depuis 2007, cette fièvre éditoriale puisque tu en es à plus d’une trentaine de publications en 5 ans ?
J’ai 34 ans. J’écris depuis que j’en ai 16. C’est la seule chose à laquelle je me sois consacré un tant soit peu sérieusement. Il y a un moment où j’ai eu besoin de me confronter au regard des autres et de balancer toutes ces bouteilles à la mer. J’ai rencontré alors de merveilleux éditeurs, etc...

Ton blog principal est l’un des plus originaux de la « toile poétique ». Peux-tu nous donner un éclairage sur son fonctionnement et décoder pour nous ce « etc-iste » mystérieux ?

- Bin merci. Etc-iste est construit à partir de la notion d’ecaetera, c’est-à-dire qu’il regroupe un principe assez large pour que je puisse y accumuler toutes sortes « d’objets disparates », textes, poèmes, haiku, images, musiques, films, dessins, et tutti quanti. Il s’agit d’accumuler des miettes. Le second principe étant celui d’un carnet (chantier) ouvert, et donc en cours permanent de construction et de rénovation.

Tu alternes avec brio les créations sur papier et sur internet. Comment t’y prends-tu et comment se passe cette cohabitation ?

Je ne réfléchis pas à la finalité du support en écrivant. Peut-être en cours de route, lorsque l’objet commence à se définir. J’aime les objets de papiers. Toutes ces merveilles que la micro-édition de poésie façonne. J’aime les livres. Le papier. Et j’ai grandi aussi devant un écran. L’ordinateur avec Internet redéfinit toute la hiérarchie de l’édition, c’est aussi une fenêtre qui ouvre sur une jungle en friche dans laquelle j’aime fouiller et trouver des trésors (comme des fonds photographiques du début du siècle par exemple). L’alternance de ces deux « possibles », ajouté au fait que j’écris et aime écrire court (ce qui va bien avec la micro-édition et avec la lecture sur écran) m’ouvre un champ boueux et sauvage que j’ai bien l’intention d’arpenter.

Quelles sont justement tes « affinités électives » avec les fringants représentants de la jeune génération blogueuse ?

Il y a sur etc-iste.blogspot.com une bonne centaine de liens qui répondent à cette question.

La longue liste des liens de ton blog révèle ton empathie et ton esprit d’ouverture aux autres ? Sans faire de la psychanalyse de bazar, est-ce que cela ne dévoilerait pas un sacré besoin de se raccrocher à un fil de la toile ?... Qu’en penses-tu ?
Internet (comme la littérature d’ailleurs) est bâti sur le principe illusoire et indispensable du partage (de connaissance, de création, d’égo, etc). C’est une autre manière d’envoyer des bouteilles à la mer et lorsqu’on envoie des bouteilles à la mer c’est en souhaitant (au moins secrètement) que quelqu’un les trouve.

Tu fais dire à ton personnage du roman : « Je me dis que c’est bien d’accepter de grandir ». Grandir mais aussi vieillir, n’est-ce-pas... Et toi, acceptes-tu cela ?
Je ne sais pas si écrire est un moyen d’accepter cela ou justement d’y résister. Un peu des deux...

Après avoir publié sur le site « sitaudis » il y a quelque temps un texte intitulé « 58 raisons de ne pas écrire un roman », voilà que tu en as publié un en 2011 et que tu remets ça cette année chez le même éditeur. Qu’en est-il de cette contradiction ?
J’ai trouvé 59 raisons d’en écrire un. Plus sérieusement et au delà de l’exercice de style, la littérature a un pouvoir infini. Moi pas. On écrit d’abord ses limites. Et en écrivant on les repousse un petit peu plus loin. Comme un bousier. Le reste c’est une question de case, de catégorie, d’étiquette. Une question qui ne me concerne pas vraiment.

(Cette interview a paru en 2013 dans le numéro 157 de la revue Décharge)
Propos recueillis par G. Cathalo



Lire aussi :

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Entretien : « Balancer des bouteilles à la mer… »

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lundi 28 septembre 2015, par Georges Cathalo

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Thomas Vinau

Amateur de mots-miettes, de mots-poussières et de poèmes-allumettes, Thomas Vinau est né en 1978 à Toulouse. Auteur de plusieurs recueils de nouvelles et de poèmes, il publie en 2011 son premier roman, « Nos cheveux blanchiront avec nos yeux », aux éditions Alma. Un road-movie d’inspiration autobiographique, à « l’écriture pudique et organique » , qui fait le tour des blogs littéraires et fait sortir le jeune auteur de son microcosme littéraire. Influencé par les poètes américains (Richard Brautigan), et militant du minuscule, Thomas Vinau signe en 2012 un « Bric à brac hopperien » , portrait du peintre américain Edward Hopper « réalisé à partir de listes, de notes et de chutes autobiographiques » (Ed.Alma.).
Thomas Vinau vit aujourd’hui près du Luberon, plante des radis et taille des lilas, écoute les insectes grouillants qui organisent le monde, non loin des chauve-souris qui s’endorment, la tête au pied des mots… (Présentation sur le site de France Inter)



Bibliographie

Poésie
• Bleu de travail, La Fosse aux Ours (2015),
• p(H)ommes de terre, avec René Lovy, La Boucherie Littéraire (2015),
• Notes de Bois, illustrations de Valentine Leboucq, éditions Cousu main (2015),
• Juste après la pluie, Alma éditeur (2014)
• Miniatures locomotives, Asphodèle éditions (2013)
• Bric à brac hopperien, peintures de Jean-Claude Götting, Alma Éditeur (2012),
• Les derniers seront les derniers, Le pédalo ivre (2012),
• Un pas de côté, éditions Pointe Sarène (épuisé) (2011),
• Le Noir Dedans, éditions Cousu main (2011),
• Tenir tête à l’orage, édition N&B (2010),
• Fuyard Debout, éditions Gros Textes (2010),
• Little Man, éditions Asphodèle (2010),
• L’âne de Richard Brautigan, éditions du soir au matin (épuisé) (2009),
• Hopper city, éditions La Nuit Myrtide (2009)
• Les chiens errants n’ont pas besoin de capuche, éditions Gros textes (2008),
• Le Trou, éditions du Cygne (2008)
• 100 voyages immobiles, de 36 façons, Vincent Rougier éditions (2007)

Jeunesse
• Des salades, illustrations Matt Mahlen, Donnez à Voir (2015),
• Du sucre sur la tête, illustrations de Lisa Nanni, éditions Motus (2011),
Nouvelles - Micro-fictions - Récits courts
• Autre chose, Carnets du Dessert de Lune (2015),
• Les Ailes Grises, Les Venterniers (2013), (livre fait main)
• La Bête, illustrations de Sylvie Lobato, éditions Le Réalgar (2013),
Romans
• La Part des nuages, Alma Éditeur (2014),
• Ici ça va, Alma Éditeur (2012),

• Nos cheveux blanchiront avec nos yeux, Alma Éditeur (2011), (et 10/18, 2012)



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