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Jean-Claude Tardif

« Bestiaire minuscule »

Un bestiaire pour dire

Jean-Claude Tardif est un récidiviste : il y eut le « Bestiaire de poche et d’ailleurs » (2003), puis un « Bestiaire improbable » (2011), comme l’est l’enfance que chacun de nous, auprès des animaux, sans doute ne cesse de chercher. Et voici que paraît, avec ce « Bestiaire minuscule » (chez Editinter), un nouvel échantillon de l’arche. Je reprends ci-dessous ma préface.



Bêtes à poils, à plumes, à écailles et à carapaces sont invitées une nouvelle fois à nous livrer leur numéro de voltige verbale et malicieuse. Un numéro plein de fantaisie et d’humour, qui enchaine sur la piste – pardon : la page – les pirouettes et cabrioles langagières.
Bien sûr, Jean-Claude Tardif ne dédaigne pas de s’appuyer sur le réel, le détail physiologique et le comportement, pour caricaturer ses personnages. Ainsi en va-t-il du bousier, « petit Sisyphe », ou de l’hippocampe, « brouillon de cheval ». Mais avec le colibri « à la légèreté de poème », on a déjà accompli un premier glissement entre les lignes. Tandis qu’avec le mara, « ami du peuple », nous entrons pour le coup dans le jeu de mots qui constitue le véritable « moteur » de la plupart de ces poèmes. Et les noms - si rares souvent qu’ils nous renvoient à l’encyclopédie – drôles par eux-mêmes, jouent leur partition dans ce concert où se mêlent et s’harmonisent le calculot, la cicindèle, le dytique, l’épinoche, la gerboise, la guifette, l’impala, l’opossum, le rhésus, le tarsier spectre, le wyulda... Des sonorités étranges ou exotiques capables à elles seules de composer une polyphonie et de vous lancer sur mille pistes…

Peuplé de (bons) mots

On l’aura compris, si le pays des merveilles de Jean-Claude Tardif est peuplé de poissons, d’insectes, d’oiseaux, il l’est surtout de mots. Qui volent de proche en proche, d’homophonies en analogies diverses et en calembours-bonds, dans les branches d’un arbre souvent plus surréaliste que zoologique. Ne confie-t-il pas : « Par goût de l’anagramme exclusivement, je ne regarde le lion / que de loin »  ?
Bestiaire pour rire, bestiaire pour dire. Que l’on s’écrie : « Ici gypaète ! » et l’on vous répond : « Qu’il repose en paix ». L’agami craint « l’horriblagami » et, par contagion langagière, de finir papier plié…Que le « carabe bosse » et nous voilà lancés dans des histoires de carrosses… Le sanglier, lui, « n’en a qu’hure » tandis que l’on croise l’oiseau « auxiliaire » (« Geai, tu as, nous avons, il a... ») L’ « addax Tobin » est un peu gros, certes, mais le bélier, lui, arrive de façon plus onirique, « mouton trop gros / pour vivre / sous les lits. / C’est pourquoi / on ne le compte pas / dans nos rêves ». Même la prosodie s’en mêle avec le poulpe, qui « n’est qu’un octosyllabes, / huit pieds sans plus, huit pieds sans mains. ». Telle est la règle qui veut qu’on passe du coq à l’âne pour constituer une ménagerie en se gardant de l’esprit de sérieux.
Jean-Claude Tardif s’en garde ici, et l’on est loin de ses « tanka noirs » ou des proses graves des « Jours père ». Il s’amuse - comme le gosse qui survit en tout poète - avec les mots et les bêtes. « Je n’aime pas les animaux, / je préfère les mots à l’anis », lâche-t-il. Et d’ajouter : « qu’importe le vrai et l’image / puisque ces zanimots si sages / portent en leurs pelages, leurs peaux / l’encre-sang de ma poésie. » Jusqu’au miroir final - qui donne quand même à réfléchir ! - il nous promène sans autre prétention que de nous amuser… N’affirmait-il pas, dans un autre recueil : « tout est si simple / avec le coeur pour marque page » ?

Michel Baglin



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mercredi 15 mai 2013, par Michel Baglin

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Jean-Claude Tardif
« Bestiaire minuscule »


Illustrations de jacques Basse
Editinter poésie
(86 pages. 13 euros)



Jean-Claude Tardif


Né en 1963 à Rennes dans une famille ouvrière, Jean-Claude Tardif est aujourd’hui installé en Normandie.
Il a publié des livres de poèmes, des récits et des nouvelles. Il est aussi le créateur et l’animateur de la belle revue "A l’index"



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