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Louis Dubost

« Bestiolerie potagère »

Dans ce recueil, « Bestiolerie potagère », Louis Dubost est à la fois ornithologue, entomologiste et zoologue (et je dois en passer !) mais avant tout poète qui rappelle à l’amateur que poésie sans humour ni conscience n’est que ruine de l’âme du lecteur…



Bernadette Gervais illustre patiemment les poèmes de Louis Dubost à la façon d’un herborisateur qui fixe ses plantes soigneusement séchées sur des feuilles de vélin ou d’arches… Et ça donne comme résultat cette « Bestiolerie potagère », bien agréable à lire et à regarder, car pas sérieuse pour deux ronds, encore que…

On le sait : la poésie ne nourrit pas son homme, aussi ce dernier, s’il veut manger (et bien manger, faut-il le préciser ?) est-il obligé de cultiver son jardin quand il le peut… Louis Dubost, ce n’est un secret pour personne, est poète et fut animateur du Dé bleu comme le signale la note de la page 4 du présent recueil, mais il est aussi jardinier, il cultive son potager car il est épicurien ainsi que le soulignent plusieurs de ses livres.
Ce qui frappe à la lecture de « Bestiolerie potagère », c’est son langage (et son humour) mais aussi son bon goût (qui a à voir avec une écologie bien comprise) et sa mécréance (je ne trouve pas d’autres mots) ou son mauvais esprit.

Louis Dubost écrit des choses sérieuses mais de façon drôlatique : il mêle le langage scientifique ou spécialisé (« syrphes », « chrysopes » ou « coléoptères ») et langage populaire « DSK peut bien aller se rhabiller » ou « Ça laisse le jardinier sur le cul, coi, pantois ». L’humour n’est jamais absent : « Mais, deux gendarmes qui s’enculent, ça me fait rigoler » (même les politiques, et, par ricochet, les forces de l’ordre, en prennent pour leur grade), les coccinelles sont « comme les « auvergnats » du sinistre Hortefeux, : une ça va, deux ça va encore, mais trois bonjour les dégâts ! » (no comment !).
Mais la tendresse n’est jamais bien loin, elle n’attend que sa bestiole pour revenir dans le poème, ainsi page 23 avec le crapaud ; c’est que Louis Dubost n’oublie pas la finesse de l’analyse ni l’intelligence car il faut bien - métaphore potagère oblige - séparer le bon grain de l’ivraie… Ce qui débouche à l’occasion sur une belle leçon de politique : la silhouette de l’escargot « brise patiemment l’encerclement du cercle vicieux que les maîtres du marché mondialisé voudraient nous vendre pour modèle incontournable ». L’humour n’épargne pas le petit monde de la poésie : ainsi dans le texte « Le merle blanc », le jardinier est-il comparé au « au poète raté [qui] au lieu d’avoir la plume au bout des doigts, se la met au derrière pour faire croire à l’oiseau rare » comme le persifle si bien Jean L’Anselme.

Pour ce qui est d’une culture saine sans pesticide et sans insecticide, les choses sont claires… Dans la prose « De vers de terre », le grand père assène à son petit-fils ces propos sans appel : « Eh ben ! Plains-toi pas de la baisse des rendements, avec les saloperies que tu balances là-dessus »… Ce qui n’empêche pas le jeune homme d’aller mendier une prime pour compenser la baisse de revenus après avoir « empoisonné » le consommateur ! Ce qui ne manque pas de lucidité politique. Pour le reste, le lecteur appréciera au passage la référence à Einstein prédisant la disparition de l’homme cinq ans après celle des abeilles, ou celle au jardinier bon vivant qui « s’affaire à laisser croître et multiplier les véritables artisans d’un monde sinon meilleur, du moins durablement habitable ». Mais Louis Dubost n’est pas un intégriste du bio ; il sait user avec parcimonie de l’hélicide avoue-t-il dans la prose éponyme et se gausser des « écolo-bobos gavés au bio de chez bio ».
Reste la mécréance dont l’image des deux gendarmes s’enculant fait rigoler le poète, les pandores n’étant que deux Pyrrhocoris apterus en train de copuler ! Mais il n’y a pas que la maréchaussée qui soit à l’origine des manifestations d’esprit de Louis Dubost. La bibite à patates ne désigne pas les attributs sexuels du jardinier mais, au Québec, les doryphores ! Le blues du jardinier met en scène un représentant de cette noble activité pissant sur le compost ! La chenille du chou présente la pensée d’un philosophe démocritéen qui s’apparente à « un gynécée phytosanitaire » ! Et un homme politique connu pour ses frasques sexuelles, dès lors qu’il est comparé aux mœurs sexuelles des escargots, devient un éjaculateur précoce ! On le voit, cette mécréance n’épargne personne et n’est pas le moindre des charmes de cette plaquette.
Louis Dubost est un sage imprévisible et il n’est pas étonnant que son préfacier, Georges Cathalo, cite Freud qui aurait dit que « la seule chose importante dans la vie, c’est le jardinage ». Mais lisez sans tarder « Bestiolerie potagère ».

Lucien Wasselin.



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lundi 21 mars 2016, par Lucien Wasselin

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Louis Dubost
« Bestiolerie potagère ».


Les Carnets du Dessert de Lune
(56 pages, 12 €.)
Préface de Georges Cathalo, gravures de Bernadette Gervais.
(dans les excellentes librairies et sur commande chez l’éditeur : 67 rue de Venise ; B 1050 Bruxelles).



Louis Dubost

Louis Dubost est né le 13 avril 1945 à La Clayette (Saône et Loire). Il a passé son enfance dans la campagne du Brionnais, puis son adolescence à Mâcon. Et suivi ses supérieures à Lyon.
Il a été professeur de Philosophie à La Roche sur Yon en Vendée.
Louis Dubost vit à Chaillé-sous-les-ormeaux où il a exercé une activité d’éditeur depuis 1974 jusqu’à récemment, d’abord au sein de l’association Le Dé Bleu, et après 2004 en qualité de directeur littéraire aux Editions L’idée Bleue.



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