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Manières d’approches (9)

Blasphème et liberté



Après les attentats de Charlie Hebdo, le père Ciro Benedettini, vice-directeur du Bureau de presse du Saint-Siège, a fait part aux journalistes de la condamnation de l’institution pour « l’atteinte à la liberté de la presse, aussi importante que la liberté religieuse ». J’ai cru un moment que les Lumières avaient éclairé le Pape ! Comment mieux dire en effet, mieux définir la laïcité, mieux apaiser les tensions ? Et je me pris à rêver que les représentants de toutes les religions puissent se décider à l’imiter : tous Charlie !

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(Photo Guy Bernot)

Mais ce rêve était trop beau pour être durable ! Très vite, une autre déclaration papale vint corriger le tir et prendre le contre-pied de la première, lâchée sous le coup de l’émotion  : « On ne peut provoquer, on ne peut insulter la foi des autres, on ne peut la tourner en dérision ».

Et voilà l’antienne qui tourne en boucle : l’insulte à la foi. Pour faire bonne mesure, on s’effraie d’une montée de la méfiance envers l’islam, confortant cet amalgame entre « islamophobie » et « racisme », comme si l’examen et la critique des croyances, quelles qu’elles soient, ne relevaient pas d’un droit fondamental en démocratie et d’une saine pratique d’humains doués de raison !

Dans cette période de crise et d’intense émotion, on a donc vu les représentants des trois monothéismes faire montre d’un bel œcuménisme en se serrant les coudes pour exiger le « respect » des croyances et instaurer une sorte de couvre-feu sur la mise en examen du fait religieux. Ce n’était pas sans impudence. A les entendre, on aurait presque pu croire que les victimes du carnage n’étaient pas les « mécréants » de Charlie hebdo mais les « fidèles » et la liberté de culte ! Pourtant, si les religions ont été impliquées dans ces massacres, elles ne l’ont pas été en tant que cibles. Les victimes de la tuerie du super casher ont-elles-mêmes été assassinées moins pour leur allégeance à la religion juive que pour des raisons ethniques : il s’agit essentiellement de crimes racistes.

Cela n’a pas empêché les intégristes catholiques et un nombre de musulmans débordant largement celui d’une poignée d’islamistes, d’exiger l’instauration d’un délit de « blasphème ». Sans employer évidemment le mot, le Pape a émis lui-même un vœu semblable. Mais la notion de blasphème n’a bien sûr de sens que du point de vue des religieux, or nous sommes dans une société laïque (qui plus est comptant une majorité d’agnostiques et d’athées) s’interdisant de définir le domaine d’un sacré quelconque. Les croyances, fort heureusement, n’y sont pas plus respectables a priori que n’importe quelle autre opinion, toujours discutable. Ceux que nous avons à respecter, ce sont les croyants.

Michel Baglin. Toulouse, janvier 2015



Sur les attentats, lire aussi :


Manières d’approches (12) : Humilité

Manières d’approches (11) : Le droit à l’irrespect

Manières d’approches (10) : Amalgame

Manières d’approches (9) : Blasphème

Manières d’approches (8) : Les abrutis de dieu

Manières d’approches (7) : D’une foi l’autre



mercredi 14 janvier 2015, par Michel Baglin

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