François de Cornière

« Ces moments-là »

Une double lecture par G. Cathalo et P. Angibaud

Voilà plus de 10 ans que François de Cornière n’écrivait plus ou, du moins, ne publiait plus. L’initiative du Castor Astral de rassembler en un épais recueil 134 poèmes, de 1980 à 2010 (l’anthologie comprend des inédits des années 2000) fait donc événement. Son titre : « Ces moments-là », est bien dans la manière du poète de Caen.
Georges Cathalo et Patrice Angibaud ont lu et aimé. Ils en parlent ici.

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François de Cornière (à droite) en discussion avec Georges Cathalo.

Après avoir beaucoup publié dans les années 75/95, François de Cornière, très absorbé par l’animation normande des « Rencontres pour Lire », s’est écarté de l’écriture et de la publication, au point que ses anciens livres sont devenus introuvables. Excellente initiative donc que celle des éditions du Castor Astral que de rassembler en un épais recueil 134 poèmes, connus pour la plupart, auquel sont joints des inédits datant des années 2000. Cette compilation couvrant près de 30 ans donne un juste aperçu du talent de ce poète majeur qui, dans le sillage de Georges-L. Godeau, a innové dans le domaine poétique grâce à un style et une écriture très reconnaissables. Par la suite, tout un mouvement nommé « poésie du quotidien » a pris le relais mais il aurait dû s’appeler plutôt « poésie du vécu » afin d’éviter peut-être les facilités des épigones aux auto-fictions affligeantes.

Effleurement et retenue

Avec de Cornière, rien de tout cela : chaque mot est pesé. Chaque évocation se donne à lire comme le reflet le plus fidèle d’une sensation ou d’une observation. Il en découle une fluidité d’écriture où les images s’enchaînent et se recouvrent. On retrouve là ce qui est la « marque de fabrique » de cette poésie : une écriture toute en légèreté avec une touche de mélancolie. Alors oui : vivons Ces moments-là non pas dans la banalité du quotidien mais comme des moments magiques accordés par le destin car ils recèlent des trésors d’humanité. « La terrible et merveilleuse insuffisance des mots » ne décourage pas le poète qui affronte stoïquement les épreuves d’une existence dont il sait dénicher les petits riens qui lui permettent d’avancer car il sait plus que tout autre « que c’est difficile avec les mots / de faire la traversée / sans perdre quelque chose ».
Le maître d’œuvre de ce choix a su prélever les poèmes qui reflétaient le mieux l’atmosphère « de Cornière ». Il a redistribué les textes de trois recueils majeurs en prenant soin que le fil rouge du temps qui passe soit bien perçu par le lecteur :
« J’entends surtout le temps / qui range comme des outils / ses messages nocturnes ».
Alors, loin des épanchements lyriques et des déplorations geignardes, lisons et relisons François de Cornière, le poète de l’effleurement et de la retenue.

Georges Cathalo juin 2010



Du quotidien et de l’amour


Avec « Ces moments-là » , les éditions du Castor Astral offrent au lecteur un riche et dense recueil anthologique (1980-2010) de François de Cornière, recueil dont les textes n’ont pas pris une ride. Il semble même que le choix et l’agencement effectués ici leur confèrent un impact encore plus fort que précédemment.
On y retrouve avec joie la fraîcheur et la spécificité d’une voix qui a su donner un nouvel élan à la poésie attentive au quotidien et aux petits « détails » apparemment sans importance. Une voix dont l’influence a été de premier ordre et reste toujours d’actualité.
Mais, au-delà de cet aspect « poésie du quotidien » que l’on a, avec raison, étudiée sous tous les angles et dont on a pratiquement tout dit, ce qui frappe également dans ces pages, c’est la dimension d’amour qui en ressort. Amour enthousiaste et contagieux de la vie (ce qui ne veut pas dire indifférence au temps qui passe – certains textes sont écrits au présent et d’autres à l’imparfait – et aux « noires menaces du monde »). Amour conjugal (combien de fois, non seulement le « tu » de l’élue, mais aussi le « nous » ?). Amour du père pour ses enfants. La famille, source de bonheur et d’harmonie.
La connivence profonde avec la femme aimée est quasi omniprésente, et la façon dont cette dernière apparaît, intervient dans le poème (par ses paroles par exemple) revêt un caractère assez unique ou, du moins, dont les équivalents sont rares.
François de Cornière a apporté quelque chose de nouveau au poème d’amour. Loin du discours abstrait habituel en ce domaine, il y introduit le concret, le vécu.
Une raison de plus pour lire et relire ce livre-synthèse, ce recueil-bilan dont on espère que la publication laisse augurer de nouveaux titres dans un proche avenir.

Patrice Angibaud



Lire aussi :

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mercredi 7 juillet 2010

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François de Cornière
« Ces moments-là »
Le Castor Astral éd., 2010,
préface d’Eric Holder
160 pages, 14 euros.

François de Cornière

François de Cornière est né en 1950. Il a vécu à Caen où il a été l’homme-orchestre, pendant 30 ans, des très réputées « Rencontres pour Lire », qu’il a arrêtées il y a quelques années. Il vit aujourd’hui en Bretagne.
En 20 ans, il s’est affirmé comme l’un des poètes majeurs des années 90. Il a publié une vingtaine d’ouvrages, tant en prose qu’en poésie. Il a reçu divers prix : Prix R.T.L.-Poésie 1, Georges Limbour et Prix Apollinaire.
Après un long silence, il est de retour avec un recueil très émouvant, « Nageur du petit matin » .



Bibliographie

Passages (P.J.Oswald éd., 1973)
Endéchaînement (B.M. de Caen éd., 1974)
L’été à jour (Le Dé Bleu éd., 1976), 1° éd. – (Le Dé Bleu éd., 1977), 2° éd.
A même les mots (P.J. Oswald éd., 1976)
Le temps respire (Orphée éd., 1976)
Souvent la nuit (Auto-édité, 1976)
Dedans dehors (Le Dé Bleu éd., 1978)
Ici aussi (La Corde raide éd., 1980)
C’est à cause du titre (L.O. Four éd., 1981), 1° éd. – (L.O.Four éd., 1984), 2° éd.
Retour à l’envoyeur (Le Pavé éd., 1980)
Objets trouvés (Le Pavé éd., 1981), 1° éd. – (Le Pavé éd., 1984), 2° éd.
Tout doit disparaître (Le Dé Bleu éd., 1984), 1° éd. – (Le Dé Bleu éd., 1985), 2° éd. – (Les écrits des Forges éd., 1987), 3° éd. – (Les Ecrits des Forges éd., 1993), 4° éd.
Pour un peu (Le Dé Bleu éd., 1984)
Les découvertes (Le Pré de l’âge éd., 1984)
Talonnades (Le Castor astral et L’Atelier de l’agneau coéds., 1986)
PK213 (Le Pré de l’âge éd., 1986)
L’écluse (L’Echoppe éd., 1987)
Mais où sont ces photos ? (Le Castor astral éd., 1987)
J’ai beau marcher (L’Echoppe éd., 1988)
En un éclair (Le Pré de l’âge éd., 1988)
Boulevard de l’océan (Seghers éd., 1990)
Tout cela (Le Dé Bleu, Les Ecrits des Forges et L’Arbre à Paroles coéds. ? 1992)
En principe (L’Echoppe éd., 1992)
L’esprit de la lettre (Le Pré de l’âge éd., 1993)
Etre mieux sans un bruit (Fario éd., 1993)
Entre nous (L’Osier blanc éd., 1993)
Des cailloux qui flottent (Le Dé Bleu et Les Ecrits des Forges coéds., 1994)
Caen, des pages, des pas (L’Atelier du gué éd., 1994)
La terre ronde (L’Atelier du gué et Le Brouillon de culture coéds., 1994)
Longtemps après la soif (En Forêt éd., 1995)
Partir pour de bon (H.B. éd., 1996)
La surface de réparation (Le Castor astral éd., 1997)
C’était quand (Le Dé Bleu éd., 1999)
« Ces moments-là » (Castor Astral)
« Nageur du petit matin » (Castor Astral. 2015)


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