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Rosalie Dubois

« Chants d’espoir et de révolte ».



En 2008, EPM publiait un CD de Rosalie Dubois sobrement intitulé « Chants de révolte 1796-1935 ». Le label récidive en 2014 (via Éponymes) avec un double CD, « Chants d’espoir et de révolte » interprété par la même chanteuse. Le premier CD de cette nouvelle édition est la copie de celui de 2008 avec ses 21 titres. Par contre, le second CD offre 23 titres exhumés par Bernard Ascal ; certains très connus comme Le Temps des cerises (paroles de Jean-Baptiste Clément), d’autres beaucoup moins - du moins par le plus grand nombre - comme Les Tombeaux de juin (paroles de Charles Gille). Une grande place est faite au XIXème siècle mais le XXème n’est pas absent. Si Rosalie Dubois interprète Le Chiffon rouge, elle chante également Le Chant des marais de l’antifasciste allemand Johann Esser qui reste largement méconnu. Ce chant a une histoire : il fut créé en 1933 par des prisonniers du camp de concentration de Börgermoor où les nazis avaient emprisonné des opposants politiques parmi lesquels le mineur et militant du KPD Johann Esser et l’acteur et metteur en scène Wolfgang Langhoff qui écrivirent les paroles et l’employé de commerce Rudy Goguel qui composa la musique. Puis le chant fut popularisé dans les Brigades internationales en Espagne dès 1937 par le chanteur Ernst Busch tout en continuant à se répandre dans les camps de concentration nazis… Et après la guerre il sera interprété un peu partout dans le monde dans diverses traductions. Pour faire vite. L’émotion est là ! Et une leçon d’histoire en ces temps où l’on veut nous faire oublier notre passé… Ce ne sont pas les moindres mérites de ce disque et de Rosalie Dubois…

Il n’est pas question de passer en revue dans cette note les 23 titres qui, tous, méritent l’attention pour le témoignage qu’ils apportent sur les conditions de vie, les pouvoirs qui se sont succédé, les luttes syndicales… Mais on peut signaler que la chanson ne se réduit pas à cette activité bêtifiante à laquelle la réduisent les tenants du tiroir-caisse qui confondent intentionnellement les notes de musique et la mélodie avec le bruit des espèces sonnantes et trébuchantes. La chanson peut être un vecteur de la révolte et de l’espoir, elle l’a été par le passé : elle l’est encore aujourd’hui mais les grands moyens de communication font tout pour étouffer la chanson critique ou revendicative… Qu’ils se méfient : dans l’adjectif trébuchantes, s’il y a le trébuchet (c’est-à-dire la balance du changeur), il y a aussi le verbe trébucher… Nous attendons le moindre faux pas du pouvoir et de ses laquais : c’est notre espoir et notre révolte n’est pas sans lendemains… Merci donc à Rosalie Dubois et à Bernard Ascal.

Lucien Wasselin.



Rosalie Dubois :
« Chants d’espoir et de révolte ».

Eponymes, coffret 2 CD EPO 61336.
Chez les bons disquaires (distribution Harmonia mundi), 17 €.



dimanche 7 juin 2015, par Lucien Wasselin

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