Retour à l’accueil > Auteurs > MATHÉ Jean-François > « Chemin qui me suit » précédé de « Poèmes choisis (1987-2007) »

Jean-François Mathé

« Chemin qui me suit » précédé de « Poèmes choisis (1987-2007) »

Lectures par Lucien Wasselin et Georges Cathalo

Ce recueil, comme son titre l’indique, est double : une anthologie précède un recueil inédit.



Jean-François Mathé s’explique dans son « Avertissement » sur les raisons de son choix : il a été guidé par un souci d’unité, ne sont retenus que des poèmes de la période 1987-2007 qu’il considère comme celle de « la maturité de [sa] poésie ». « Je me retrouve moins, aujourd’hui, dans les titres parus eux aussi aux éditions Rougerie, entre 1971 et 1984 », écrit-il. Et dans la période retenue, ont été privilégiés les deux recueils épuisés… Le lecteur intéressé par l’ensemble de l’œuvre est donc prié de se retourner vers les titres non repris ou peu représentés dans cette partie anthologique. Que retenir de cette poésie, de cette voix qui s’affirme durant cette vingtaine d’années ? Une recherche pour être au monde malgré « l’épreuve du temps », malgré « le temps terrible qui nous tient »… Ce qui donne des poèmes parfois hallucinés : « à l’aube j’ai remis les clés / au gardien étonné de voir / que ma porte m’accompagnait ». L’émotion transparaît à travers le récit de la mort d’un chat et l’horreur, la cruauté du monde se disent également dans le portrait de L’idiote. Si le vers libre domine, l’alexandrin, le décasyllabe ou l’octosyllabe ainsi que la rime ne sont pas négligés…
« Chemin qui me suit » est le livre de l’obstination de vivre même si la fin est inscrite dans le fait même de vivre : « Et c’est ainsi que l’eau, une fois encore, / ne traverse notre soif que pour la renouveler ». C’est l’occasion d’une leçon qui remet les choses à leur juste place et appelle à l’humilité : « Chemin qui me suit / ne porte que mes traces » dit encore Jean-François Mathé. On retrouve dans ses poèmes un univers que dit un vocabulaire simple (le ciel, la porte, les mains, l’ombre, l’oiseau, l’arbre, l’eau…) mais suffisant pour traduire le monde, l’inquiétude, le temps qui passe. La tonalité est empreinte de générosité et d’accueil. On pense parfois à René-Guy Cadou : ce vers de Mathé « m’appuyer à l’épaule fuyante de l’air » rappelle ces Fusillés de Chateaubriant que Cadou décrit « appuyés contre le ciel […] / pleins d’étonnement pour leur épaule ». La seconde suite, d’une facture classique (vers comptés et rimés) est d’un ton quelque peu crépusculaire, non sans douceur. Comme si la fin évoquée à plusieurs reprises était vécue par anticipation comme un phénomène naturel : « A quoi bon aller de l’avant / si l’on est de ceux pour qui vivre / ne passe plus par le printemps ? »
Mais au-delà de l’âge propice au retour sur le passé (qui explique en partie l’anthologie par laquelle s’ouvre ce livre), Jean-François Mathé prouve qu’il va encore de l’avant : le poème n’est-il pas le printemps de l’écriture ?

Lucien Wasselin



Dans son avertissement d’ouverture, Jean-François Mathé prend toutes les précautions pour justifier le choix de certains poèmes pour composer cette « petite anthologie » d’une soixantaine de pages, sélection organisée autour de thèmes chers à l’auteur. Malgré les années passées et une œuvre conséquente, les interrogations du poète sont toujours vivaces et les doutes aussi : « quel est le lieu pur / où les visages se démasquent / en se retirant des miroirs ». Du miroir à la vitre et de la porte à la fenêtre, on assiste à un lent panoramique qui restitue un parcours, « en prenant soin de ne laisser / nos traces qu’en nous-mêmes ». La seconde partie du livre propose des inédits regroupés en deux parties : « Âme qui vive » et « Chantonnements » en attendant la musique avec des poèmes destinés à être entendus ou chantés. La voix vibre et donne la cadence malgré les coups du sort. « Aux idées noires, l’on s’y fait » même si elles se font pressantes, qu’elles vont et viennent et que « tout est trop grand / l’espoir et la souffrance ». Un bien beau livre, grave et lucide.

Georges Cathalo



Lire aussi :

Jean-François Mathé : DOSSIER
Jean-François Mathé : « Retenu par ce qui s’en va » » (Lucien Wasselin & Georges Cathalo & Michel Baglin) Lire
Jean-François Mathé : « La vie atteinte » » (Lucien Wasselin & Georges Cathalo & Michel Baglin) Lire
Jean-François Mathé : « Grains de fables de mon sablier » (Lucien Wasselin) Lire
Jean-François Mathé : « Chemin qui me suit » précédé de « Poèmes choisis » (Georges Cathalo) & (Lucien Wasselin) Lire



lundi 19 mai 2014

Remonter en haut de la page



Jean-François Mathé :
« Chemin qui me suit » précédé de « Poèmes choisis 1987-2007 »

Rougerie éd.2011
(120 pages, 14 euros) –
En librairie ou sur commande chez l’éditeur : 7, rue de l’Echauguette. 87330 Mortemart)



Jean-François Mathé


Jean-François Mathé est né le 30 mai 1950, à Fontgombault, dans l’Indre.
Etudes de Lettres modernes à l’Université de Poitiers.
Après avoir enseigné deux ans au collège de Loudun (Vienne), il est nommé professeur agrégé de Lettres modernes au lycée de Thouars (Deux-Sèvres). Il a pris sa retraite en 2010 et vit dans un village du Poitou. Il a partagé son temps entre un métier qui l’a passionné, la poésie, le dessin humoristique et la chanson.
De 1970 à 1980, parallèlement à l’écriture, il s’est en effet consacré au dessin d’humour (des dessins ont paru dans Télérama, La Vie, Tribune Socialiste, Gulliver, Encre Libre, etc. Illustrations pour deux livres : Les Culbuteurs - Albin Michel 1976 et La Fête des Anes - Rougerie 1985).
Il est membre du comité de la revue Friches et du jury du prix Troubadours/Trobadors.
Il a reçu en 2013 le Grand Prix International de Poésie Guillevic-Ville de Saint-Malo pour l’ensemble de son œuvre.



JPEG - 32 ko
Jean-François Mathé est aussi dessinateur. Il a intitulé celui-ci "Suspense"...



-2017 Revue Texture Contact | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0