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Michel Baglin

« Chemins d’encre »

Des récits et carnets « au vent des pages »

Publié en 2009 par les éditions Rhubarbe, ce livre est réédité sous une nouvelle couverture en ce mois de mai 2016. Il s’agit d’un recueil de récits et de pages de carnets mêlant souvenirs, anecdotes et réflexions sur la passion que suscitent les livres, espoirs, coups de cœur et coups de blues liés à la lecture et à l’écriture.



Comment, dans quelles circonstances, nous vient le goût de lire ? Et la ferveur d’écrire ? L’un et l’autre engagent dans une même aventure, celle de ces chemins d’encre que Michel Baglin nous invite à emprunter, à travers courts récits et pages de carnets.

De l’enfance enflammée par les nouvelles d’Hemingway, à l’âge mûr où le poids des mots compte double, il nourrit sa flânerie de souvenirs, d’anecdotes et de réflexions sur la façon dont la littérature nous permet de « nous gagner l’ici-bas ».

Car cet amoureux des trains qui percent les horizons, et des sentiers qui vous font descendre dans le paysage, en convient : c’est la même insatisfaction – ou le même manque – qui l’aura fait marcher et qui l’aura fait écrire.

On prend la plume, dit-il, comme on lit : pour le plaisir mais aussi, souvent, parce que cela vous est nécessaire pour vivre. Au bout des contes et des mots, en bout de ligne, ce qu’on cherche, c’est le monde. Et les livres, justement – ces bouquins lus, aimés, écrits, rêvés, projetés, jamais finis, jamais oubliés – ils aident à le comprendre, le monde. Et à mieux l’habiter.



Ce livre comprend six parties : Sous le vent des pages, Lettre de Canfranc, Chemins d’encre, Le poids des mots, Comment dire, Les Pas contés.
Deux ont fait l’objet d’une publication chez Rhubarbe : « Lettre de Canfranc » et « Les Pas contés ».



« Chemins d’encre ». Récits & carnets. Rhubarbe éd.
204 pages. 14,00 €. EAN : 9782374750088

Editions Rhubarbe. 10 rue des Cassoirs. 89000 Auxerre.-
http://www.editions-rhubarbe.com/ tel : 06-71-87-07-53. Pour commander : commandes@editions-rhubarbe.com



Une émission TV

J’ai présenté ce livre au "Comptoir de l’info", émission TV de Greg sur TLT, qu’on peut voir en cliquant ici]



Ce qu’ils en disent...

Jacmo dans « Décharge » (...)

Jacmo dans « Décharge » n° 144

« Un gros livre en six parties dont deux sont des reprises de recueils déjà publiés chez Rhubarbe : Lettres de Canfranc en 2005 et Les pas contés en 2007. Michel Baglin a voulu restituer dans son intégralité ses pistes d’écriture pour paraphraser le titre général. D’abord montrer que, très tôt, il ressent comme une vocation le fait de vouloir devenir écrivain. Il parle de « foi » et de « passion capable d’inoculer de la ferveur ». Ainsi montre-t-il que tout ce qu’il vit et découvre peut devenir matière à écriture, aussi banal cela soit-il, « tout devait faire encre ».
Le second degré c’est le travail lui-même, et la volonté impérieuse de produire un livre, dans le sens d’en achever l’écriture pour, au bout du compte, le tenir en main, comme une précipitation des choses, obtenir l’objet fini. Mais avant cela, malgré l’impatience et l’impétuosité, il faut se « mesurer à ce qui résiste dans la langue ». Michel Baglin relate ses différentes expériences de lecture, les livres déclencheurs, les auteurs phares qui l’ont forgé, au cours de sa jeunesse et de son adolescence, puisqu’au travers de son apprentissage d’auteur, on suit une chronologie forcément autobiographique. Et il me plait de constater que la plupart des noms cités seraient les mêmes en ce qui me concerne ; j’ajoute que nous sommes de la même année, et qu’à des kilomètres de distance, avec des caractéristiques sociales très diverses, nous avons subi de semblables influences majeures, et que ce n’est certainement pas le hasard non plus, si nous nous retrouvons beaucoup plus tard avec des préoccupations littéraires très semblables. Alors Brassens et Ferré, Sartre et Camus, Char et Jaccottet, Hemingway et Koestler… pour faire des paires complémentaires ou contrastées… Après les printemps révolte et 68, Michel écrit : « Il me faudrait quelques années encore pour apprendre à écrire non plus « contre », ni « pour », mais « avec ». Et parmi la liste qui suit, il y a « les autres ». Et par conséquent l’importance accordée à l’empathie. « Si, à quinze ans, on s’est cru différent, à cinquante, on se reconnaît dans tous les congénères qu’on croise dans les rues… ».
Ce livre est précieux, parce que comme chaque fois l’auteur est d’une profonde honnêteté et qu’il relate sans fard son expérience d’écriture, et qu’à l’honnêteté s’allie la lucidité. Donc Michel Baglin ne se paie pas d’illusion, il analyse simplement son parcours. Enfin, quand il aborde la poésie, ses qualités critiques montrent leur efficacité : « la poésie à mes yeux n’est pas un genre, mais une tension imposée à la parole » ou encore « l’expression poétique passe par le corps et la mémoire sensible »… On comprend mieux la nécessité d’intégrer dans ce volume les deux recueils publiés antérieurement chez le même éditeur. Ils permettent de mesurer le travail sur le terrain. Parler de l’écriture, oui, mais donner à lire aussi. Que ce soit cette gare, lieu de passage par excellence, soudain figée dans son abandon gigantesque ou ce journal du marcheur en Cerdagne, on ressent l’éclairage littéraire qu’on peut trouver face à cette envie de détourer le fonctionnement de l’écrivain.
Cet ensemble, avec Les pages tournées chez Fondamente, livre vraiment les clés indispensables pour saisir l’auteur et le poète et appréhender parfaitement sa stature. »

Marie-Josée Christien dans (...)

Marie-Josée Christien dans dans Spered Gouez n° 17
Ne pas pouvoir présenter ce livre dans ma chronique du n°16 avait été pour moi un crève-cœur, tant il reste aujourd’hui encore l’une de mes lectures les plus remarquées et les plus présentes de ces dernières années. Chemins d’encre est en effet un miracle d’équilibre entre l’essai et le récit autobiographique. Michel Baglin livre un ensemble sensible et lumineux en six parties où courts récits, anecdotes et réflexions se mêlent avec fluidité aux souvenirs et fragments d’autobiographie. L’adhésion au rythme de son texte est immédiate : comment ne pas tomber sous le charme de son évocation du petit train jaune et des paysages de Cerdagne ? Entre doute et gourmandise, Michel Baglin suit les mouvements et les méandres de la mémoire et questionne son attrait pour les livres découvert très tôt, après avoir reçu en cadeau un livre d’Hemingway. Il constate que « les livres lus, aimés, écrits, projetés, jamais finis, jamais oubliés » aident à comprendre le monde. Les livres l’ont à jamais forgé.
Bien que trouvant à juste titre que les raisons de lire sont plus évidentes que celles d’écrire, lire est pour lui inséparable d’écrire : « la lecture et l’écriture, c’est ce qui ouvre les mains et les chemins ». Pour l’amoureux des trains et des paysages, écrire est nécessaire pour faire le point dans sa vie, pour vivre, simplement. Tout ce qui l’entoure devient matière d’encre. « Je ne suis jamais aussi présent au monde que lorsque je songe à écrire » témoigne Michel Baglin, témoignage dans lequel je me reconnais. Tout comme lorsqu’il réserve à la poésie sa préférence. « La poésie n’est pas un genre, affirme-t-il, mais une tension imposée à la parole », une parole qui passe par le corps et les sens, où comptent le souffle, le sensible, l’émotion. C’est pourquoi marcher et écrire sont pour lui des chemins parallèles.
Jubilantes pages lorsqu’il évoque Camus qui « avec sa prose de poète, (l’) avait rendu à la pesanteur et à la passion de la littérature » : « Sensualité à la rescousse du sens, je me sentais réconcilié ».
Évoquant son parcours de vie, il fait ce constat : « tout au long des chemins d’encre, la sensibilité s’accroît, le regard s’aiguise, les sens s’affirment, les gestes se délient, la présence à soi, aux autres, devient plus intense. » Lisant et relisant Chemins d’encre, ma lecture suit à son humble niveau un cheminement identique, s’approfondit, s’intensifie. Un livre précieux qui réconcilie la réflexion et le plaisir de lire.

Alain Jean-André dans Chroniqu

Alain Jean-André dans Chroniques de la Luxiotte
Sous le titre "Parcours d’un enfant du siècle"...
« On l’avait déjà constaté avec de brefs livres publiés chez le même éditeur, comme Les pas contés, Carnets de Cerdagne : Michel Baglin établit vite des liens entre sa vie et l’écriture, la marche et la venue des mots. Cette fois, dans un volume de plus de 200 pages, qui mêle publications antérieures et autres textes, il a monté, avec des récits, des réflexions, des pages de carnets, un livre de mémoires littéraires qui lui permet de revenir sur un parcours.... »
Pour lire la suite,rendez-vous ici.

Jean Chatard dans Diérèse (...)

Jean Chatard dans Diérèse
Les « Chemins d’encre » sont ici empruntés par Michel Baglin pour affirmer son appartenance à la fratrie des écrivains, poètes et romanciers de tous ordres. Il s’agit là d’un témoignage en lequel bien des poètes se reconnaîtront. Tout est prétexte à enrichir le créateur que, peu à peu, des rencontres littéraires confortent dans sa conception de la création. C’est d’abord le livre d’Ernest Hemingway « Le vieil homme et la mer » que l’adolescent Baglin reçoit comme un cadeau et qui s’avère être un révélateur exemplaire des aspirations du tout jeune homme qui prend conscience petit à petit de sa relation privilégiée avec les mots. D’ailleurs, ils sont tous là les porteurs de magie ! Ceux qui nous invitent à la grande aventure ! Brassens et Vian mais également Arthur Koestler, André Gide, Albert Camus, Claude Roy et tant d’autres qui jalonnent ces « Chemins d’encre » avec leur fougue et leur talent, qui servirent d’exemple à celui qui devint journaliste, ami de la nature et de la vérité, puis écrivain.
« La lecture et l’écriture, c’est ce qui ouvre les mains et les chemins. » ... ainsi s’achève ce magnifique ouvrage dont les chapitres rassemblent quelques morceaux choisis de l’un des meilleurs d’entre nous.

Henri Heurtebize dans Multiple

Henri Heurtebize dans Multiples
Michel Baglin vient d’écrire un livre nécessaire, à lui-même d’abord (pour y voir plus clair), au lecteur ensuite pour qu’il sache que l’écrivain ne peut « être un tricheur » (p. 146). Michel Baglin ne cache ni ses limites, ni ses tâtonnements ni ses doutes. Il ne cache pas non plus son goût pour la vie (avoir « de l’appétit surtout, un bel appétit du monde », p. 145). Et quelle franchise ! « Alors, qu’est-ce que tu cherches avec tes poèmes et tes histoires ? A te rendre intéressant ? — Peut-être, oui, tout simplement. Exister dans le regard des autres, en y lisant si possible un peu d’admiration... Un peu d’envie, aussi » (p.21)
C’est enfin un livre nécessaire à l’époque, qu’elle sache combien la lecture est importante : « tout au long des chemins d’encre, la sensibilité s’accroît, le regard s’aiguise, les sens s’affinent, les gestes se délient, la présence à soi, aux autres, devient plus intense » (p. 159).
Ce livre est encore et surtout nécessaire pour suivre son parcours d’écrivain, car Michel n’est pas seulement poète, mais romancier, essayiste. Pourquoi écrire ? se demande t-il ? Pour étaler son moi ? - Non ! répond-il dans une belle formule : « Je ne sais pas si le moi est haïssable, mais c’est un petit pays » (p. 157). Alors, pourquoi ? « Écrire, ce n’est pas promettre Le livre, mais la présence à ce qui nous habite et nous entoure » (p. 200)

Roland Nadaus dans KioSQ (...)

Roland Nadaus dans KioSQ n°70
Pourquoi lire ? Pourquoi écrire ? D’où vient l’amour des livres ? Et celui de la littérature ? « Si la lecture est somme toute pour moi un plaisir assez limpide, écrire a toujours été une affaire obscure », répond Michel ¬Baglin dans ses « Chemins d’encre », recueil de promenades littéraires et de souvenirs : enfance, reportages, lectures... Ancien journaliste, poète, romancier, chroniqueur, revuiste (aujourd’hui sur Internet) il nous livre ici une sorte de rhapsodie intérieure en six ballades nostalgiques, six odes à l’écrit et à la lecture. C’est fluide, intelligent, sensible, humble et en même temps plein de cette fierté humaniste que notre société du spectacle et du cynisme, à l’image de ses politiciens, ne cesse d’écraser chaque jour. Lire Michel Baglin, c’est respirer la bonne encre des mots vrais — loin des discours aussi pompeux et prétentieux que vains.

Lucien Wasselin C’est un (...)

Lucien Wasselin
C’est un livre inclassable que « Chemins d’encre » de Michel Baglin : six textes entre l’essai et le récit autobiographique qui ont en commun, au-delà des souvenirs évoqués, de parler de l’écriture. Six textes dont deux furent publiés dans un passé récent sous forme de plaquette (Lettre de Canfranc et Les Pas contés). Si dans ma lecture, à l’époque, de la Lettre de Canfranc, je m’étais surtout intéressé au lieu - et avais donc quelque peu négligé ce que disait Baglin à propos de l’écriture -, dans Les Pas contés, j’avais noté que la démarche de l’écrivain était semblable à celle du marcheur et que l’acte de nommer les choses ou les lieux était d’importance : « Être dans le réel n’est pas si simple », même si la lecture n’était pas simple. Mais voilà, avec ces six textes qu’on lit dans la foulée, elle devient lumineuse : leur réunion fait apparaître clairement le sujet traité par Baglin, sujet que résume admirablement le titre du livre, « Chemins d’encre ». Michel Baglin ne parle finalement que de l’écriture, du désir d’écrire et de ce qui y fait obstacle même si cela reste ancré dans un réel vécu plus ou moins prosaïque : celui de la vie quotidienne, celui de la découverte du paysage, celui de la marche ou de la randonnée.
La question se décline à l’infini : qu’est-ce qu’écrire ? pourquoi écrit-on ? qu’est-ce qu’un écrivain ? pourquoi veut-on devenir écrivain ? quelle part de fantasme dans tout cela ? et le réel ? Question qui appelle des réponses multiples gravitant toujours autour du même centre : le réel.
Sa réflexion commence avec la lecture : quel effet produit un livre sur son lecteur ? Et Baglin, puisant dans son enfance (Le Vieil homme et la mer), répond que toute lecture est apprentissage mais, au-delà, il interroge la société, le fonctionnement de l’édition, la place de la lecture dans la vie et il a cette remarque qui traversera sous des formes diverses l’ensemble du livre : « Je ne suis jamais aussi présent au monde que lorsque je songe à écrire. »
Mais l’écriture elle-même peut revêtir différents aspects : entre celle du journaliste et celle du poète, il existe une multitude de formes. Baglin sait de quoi il parle puisqu’il est journaliste, poète, nouvelliste, romancier, essayiste : cette diversité d’expériences reflète sans doute ce désir qu’il trouve dans son enfance d’être écrivain. La poésie, justement... Les mots qui se confrontent au réel permettent de dire l’étrange beauté des ruines et des lieux abandonnés (Lettre de Canfranc) mais surtout de dire l’abîme du temps qui s’ouvre devant le regard. Là s’éclaire la singularité de l’écriture poétique : là où le journaliste n’a qu’à décrire (s’il se refuse à la manipulation idéologique), l’écrivain se sent au moins interpellé. Évoquant la poésie de Max Alhau, Baglin écrit que les proses poétiques de ce dernier conduisent « au plus près du monde, à travers une certaine ascèse pour accueillir la terre ».
Sans doute Michel Baglin a-t-il trouvé ici la réponse à sa question initiale. Les livres mettent le monde à portée de mots, les encres ouvrent des chemins. Écrire, c’est écrire sa présence au monde. La poésie, dès lors, est « une tension imposée à la parole ». Le ressort de l’écriture est le manque qui nous pousse à être dans le réel. J’aime, fermant ce livre qui est peut-être une autobiographie morcelée, donnée à lire dans le désordre, à me souvenir de ce passage : « On se bat avec les mots pour aller au monde et le posséder, à tout le moins ne plus s’en croire exproprié. Tenter de le partager pour mieux l’habiter ».

Odile d’Harnois Sur son (...)

Odile d’Harnois
Sur son beau site "Lectures au cœur". Voir ici.


Les premières lignes….

« Allons bon ! Qu’est-ce (...)

« Allons bon ! Qu’est-ce que tu vas encore nous chercher là ! » s’exclama ma mère. Et elle se mit aussitôt à rire en qualifiant ma demande de « nouvelle marotte ». Certes, la mode n’était pas encore à la gastronomie japonaise et les préférences alimentaires des gamins, quelque soit l’époque, les poussent rarement vers de telles extrémités : du poisson cru !
« Même pas un peu mariné ou cuit dans le citron ? » insista-t-elle.
Non ! Il s’agissait d’être à la hauteur, sans tricher. A la hauteur du vieux Santiago et de l’enfant.
Elle pouvait s’étonner, ma mère, se moquer aussi, sans doute, mais guère refuser de m’entendre. Parce que Le Vieil Homme et la Mer, c’était elle qui me l’avait collé dans les mains en m’affirmant : « Celui-là va te plaire ! » Alors si, maintenant, pour ressembler à mes héros, je voulais manger du poisson cru, elle ne pouvait s’en prendre qu’à elle ! Et s’estimer heureuse que je n’aie pas poussé le mimétisme plus loin, parce que le vieil homme mangeait aussi des œufs de tortues en mai afin d’être fort en septembre, au moment de la pêche au gros, et il buvait pareillement de l’huile de foie de requin… Je compris d’ailleurs assez vite que je pouvais me féliciter moi-même de cette modération : la sardine crue à laquelle je fus confronté lorsque ma mère rentra du marché ne me parut pas fameuse, alors, les œufs et l’huile là-dessus…
Il n’empêche qu’elle ne s’était pas trompée en me tendant ce livre : Hemingway n’allait plus me lâcher durant des années. Nick Adams, son alter ego enfant, personnage essentiel de beaucoup de ses nouvelles, allait m’entraîner Là-haut dans le Michigan où il suivait son père à la pêche et chez les Indiens Ojibways. A son exemple, j’allais essayer de me tanner le cuir et tenter de regarder le soleil en face. Dormir à la belle étoile, marcher pieds nus sur les cailloux, se tremper dans un torrent froid seraient bientôt des moyens de se rapprocher de ce Nick Adams, lui-même à la recherche de son âme de trappeur, et d’un Hemingway en quête d’un rêve américain d’avant la faute.
Le sort en était jeté, certaines choses, dont mon appréhension du monde, allaient en être marquées à jamais. Dès lors, quand je chercherais à renouer avec mon innocence dans une randonnée en montagne, une marche en forêt ou près d’un lac, les images que je projetterais sur le paysage, et les sensations que j’en retirerais, resteraient celles auxquelles m’a initié Nick Adams, poignantes comme la nostalgie d’un monde incorruptible, d’un paradis perdu.
J’avais lu des romans d’aventure avant Le Vieil Homme et la Mer ; mais pour m’avoir passionné, tenu en haleine, aucun cependant ne m’avait encore donné cette impression de me concerner pour de bon. Intimement. J’aurais voulu ce coup-là être le vieux et l’enfant qui aide le vieux – en fait, j’aurais voulu être le créateur de ces personnages et de leurs combats – de même que je rêverais par la suite de vivre les aventures de Nick Adams et de pouvoir les raconter.
Je le sais aujourd’hui, c’était une chance : j’abordais la littérature comme un chemin ouvrant sur l’univers. Quand les livres offraient à d’autres des moments de distraction, ils me proposaient un apprentissage. J’y sentais battre le sang du monde.
Leurs mots, leurs phrases, leurs pages creusaient des passages dans ce que j’avais cru être un décor, celui, banal, de ma vie, de toute vie ordinaire. Les livres, maintenant, m’offraient le réel. Et c’était un réel fabuleux. Un réel habitable.
Même si le poisson cru restait un peu dur à avaler...



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samedi 3 décembre 2016, par Michel Baglin

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