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Jacqueline Saint-Jean

« Chemins de bord » suivi de « Visages mouvants »

Le prix Max-Pol Fouchet 1999 a été attribué à Jacqueline Saint-Jean pour un recueil publié par Le Castor Astral. Cette Bretonne d’origine vit à Tarbes, au pied des Pyrénées, mer et montagne nourrissant ainsi son imaginaire de leurs « Chemins de bord ».

Le bord ici s’entend bien sûr comme rivage, côte, marge peut-être, limite mal définie entre deux univers, mais renvoie aussi au livre de bord d’un voyage, d’un « louvoyage » entre des paysages marins et les images plus ou moins fantasmagoriques qu’ils suscitent, ou réveillent.

« Inscrit dans cette écriture côtière en proie à l’érosion, on en suit la ligne brisée.
Chronique trouée d’éclats de visages, tessons de voix blessées, éclipses et naufrages. »


Le recueil met ainsi en place un jeu de résonances à la frontière (en bordure) du présent et du passé, du réel et de l’imaginaire. Là où « la distance tend ses miroitements ». Où, peut-être « on cherche son visage ancien ». Avec deux versants : le légendaire du « temps conté » et le paysage intérieur que la mémoire travaille. On explore « le grimoire des marées », avec des métaphores qui cherchent « à rebours », en « tâtonnant à l’envers » des paysages et des mots. De ceux « où dorment les vieux séismes ». A la lisière toujours, car
« Tout retourne à ce personnage gris qui arpente l’estran, toujours entre deux rives. »
La deuxième partie du recueil (en fait antérieure), Visages mouvants , procède de la même démarche, de la même écoute accordée à la « rumeur phréatique », à tout ce qui sourd de la part obscure de soi-même, de la mémoire, résurgences, débris de rêves. Mais ce « battement de présences, silhouettes, visages, proches ou entrevus, souvent féminins » est comme domestiqué par une forme rigoureuse, celle des neuvains, et tendu par l’interpellation à la deuxième personne :
« Je dis tu à ce qui se tait
à ce qui appelle à ce qui m’échappe. »

On y côtoie donc des êtres fantomatiques, une forme d’absence, ou de présence qui se dérobe.
« Quelqu’un se tenait dans le noir
frère friable murmurant
dans la gravitation secrète des images. »


De fait, le recueil illustre parfaitement la phrase d’Octavio Paz placée en exergue : la poésie y est « résurrection des présences, histoire transfigurée en vérité de temps sans date ».

Michel Baglin





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mardi 15 septembre 2009, par Michel Baglin

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Jacqueline Saint-Jean
« Chemins de bord » suivi de « Visages mouvants »
.
Castor Astral.
Préface de Vahé Godel.
114 pages

Portrait
de Jacqueline Saint-Jean

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