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Michel Houellebecq

« Configuration du dernier rivage »

UNE LECTURE DE FRANÇOISE SIRI

Dans la configuration de ce dernier ouvrage, Michel Houellebecq laisse apparaître une une voix mystique plus affirmée qu’à l’accoutumée.



« Nous habitons l’absence » écrit le poète. Ce vers de six syllabes, où son et sens fusionnent, condense notre époque : notre monde dévasté, nos semblants de vie et notre désertion de la transcendance. Le vers aurait pu être écrit par Rimbaud, en écho à « La vraie vie est ailleurs ». Chez les contemporains, ça aurait pu être du Guy Goffette. C’est du Michel Houellebecq, extrait du recueil paru le 17 avril, « Configuration du dernier rivage » (Flammarion).

Et c’est là, peut-être, ce qui caractérise ce recueil, qui paraît plus de dix ans après le précédent, « Renaissance » (1999) : on retrouve l’univers habituel de l’auteur, mais le thème de la mort et la voix mystique y ont pris davantage d’amplitude, avec une écriture nouvelle, une forme plus épurée et brève. Ainsi, dès l’ouverture :

« Par la mort du plus pur
Toute joie est invalidée
La poitrine est comme évidée,
Et l’œil en tout connaît l’obscur.

Il faut quelques secondes
Pour effacer un monde. »

« Disparue la croyance
Qui permet d’édifier
D’être et de sanctifier
Nous habitons l’absence.

Puis la vue disparaît
Des êtres les plus proches. »


Bonnefoy dit qu’aujourd’hui les morts sont plus vivants que les vivants –lucidité égale chez Houellebecq :

Dans la contradiction qui remplit nos matins
Nous respirons, c’est vrai, et le ciel est paisible ;
Mais nous ne croyons plus que la vie soit possible,
Nous n’avons plus vraiment l’impression d’être humains.


On reconnaît dans ce dernier extrait l’alexandrin cher à l’auteur. « Configuration du dernier rivage » est composé de poèmes à la fois très récents (comme les deux premiers cités) et d’autres beaucoup plus anciens : le recueil apparaît donc comme une exploration de formes très différentes, unies par la thématique du titre. L’ouvrage se tient ainsi au carrefour de plusieurs directions : l’être humain est sur le dernier rivage, mais le poète a encore des recueils à publier. En attendant, ce recueil fera découvrir au lecteur des facettes insoupçonnées de l’auteur tantôt dénonciateur des travers de notre société (« Le système est organisé/ Pour la reproduction du même,/ Le darwinisme avalisé/ Crée la banalité suprême »), tantôt mystique, tantôt chansonnier, tantôt intimiste, doux, sentimental.

Françoise Siri



Lire aussi :

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« Configuration du dernier rivage »





jeudi 25 avril 2013, par Françoise Siri

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Michel Houellebecq :
« Configuration du dernier rivage »


Flammarion,
102 p., 15 euros.



Michel Houellebecq

Michel Houellebecq naît le 26 février 1958 à La Réunion.

Sa carrière littéraire commence dès l’âge de vingt ans, âge auquel il commence à fréquenter différents cercles poétiques. En 1985, il rencontre Michel Bulteau, directeur de la Nouvelle Revue de Paris, qui, le premier, publie ses poèmes ; c’est le début d’une amitié indéfectible. Ce dernier lui propose également de participer à la collection des Infréquentables qu’il a créée aux éditions du Rocher. C’est ainsi que Michel Houellebecq publie en 1991 la biographie de Howard P. Lovecraft, « Contre le monde, contre la vie ». La même année paraît « Rester vivant » aux éditions de la Différence, puis chez le même éditeur, en 1992, le premier recueil de poèmes : « La Poursuite du bonheur » , qui obtient le prix Tristan Tzara. De nombreuses publications suivront. Parmi les principaux titres, son premier roman « Extension du domaine de la lutte » , puis « Les Particules élémentaires » le feront connaître d’un large public. Avec « La Carte et le Territoire » , Michel Houellebecq reçoit le prix Goncourt en 2010.



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