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Arthur Koestler

« Croisade sans croix »

Quelle dette imaginaire paie donc Peter par son engagement ? En s’efforçant d’y répondre, le héros de ce roman désamorce les mobiles très personnels qui poussent à se battre pour une cause…



Arthur Koestler, témoin et acteur des conflits du XXème siècle, n’a eu de cesse d’interroger les grandes idéologies, notamment celle du communisme à laquelle il a adhéré un temps, puis qu’il a dénoncée avec force dans « Le Zéro et l’infini ».
Avec « Croisade sans croix », publié en 1943, c’est plus précisément l’engagement individuel qu’il questionne. Son héros, le jeune Hongrois Peter Slavek, a fui son pays où il a connu la torture et la prison en raison de ses activités communistes. Débarqué clandestinement dans le port d’un pays neutre, il ne rêve que de s’engager dans les forces alliées pour poursuivre la lutte, alors que d’autres réfugiés lui conseillent de partir comme eux pour l’Amérique. Mais il tombe amoureux d’une jeune française, Odette, qui, elle, s’embarque pour les USA. Le coup est rude et il en ressort victime d’une crise psychologique qui engendre une paralysie de la jambe droite. Sonia, une psychanalyste qui l’héberge, pour le guérir le pousse alors dans ses derniers retranchements en l’amenant à s’interroger sur les raisons d’un engagement qui n’était déjà plus sans désillusions (il est conscient des dérives de l’idéal communiste). Par ailleurs, il rencontre Bernard, un militant nazi avec lequel il a des discussions qui lui confirment que l’engagement pour une cause relève aussi de motivations très personnelles et obscures.

Points d’interrogation


Face aux totalitarismes, Sonia incarne le goût de la vie, du présent, et ne cesse de fustiger l’obscur sentiment de culpabilité qui explique au moins pour partie l’engagement de Peter. « Peu importait qu’il fût un héros du Prolétariat ou un martyr de l’église chrétienne, l’indice important, c’était ce goût suspect du martyre. » Dès lors, pour Peter, « des points impérieux d’exclamations s’étaient courbés en points d’interrogation ».
Sa remise en cause l’amène à penser que « ce n’est pas la théorie qui modèle le caractère du rebelle de bonne famille, mais son caractère qui le rend réceptif aux théories rebelles ». Il décide finalement de prendre le bateau pour rejoindre Odette, il semble « guéri » de l’engagement.
Mais Koestler met aussi en question cette psychologie des profondeurs qui prétendrait presque expliquer l’histoire et ses avatars en la reliant aux seuls débats intérieurs de chacun, voire à des névroses. Peter a beau être revenu de ses illusions, « déniaisé » en quelque sorte, il n’en rêve pas moins à un monde meilleur et persiste à penser le combat contre le fascisme nécessaire. Une force obscure continue de le travailler intérieurement et, au dernier moment, il cède à l’appel de cette cause difficilement explicable qui le pousse vers une « croisade sans croix » : il quitte alors le bateau pour aller s’engager dans les forces alliées.
La question des valeurs morales et de l’engagement reste entière à la fin d’un roman où l’Ancien Testament est parfois évoqué. Mais c’est toujours les drames existentiels qui priment, quand le héros implore un dieu auquel il ne croit pas : « Ne me fais plus goûter le jus amer de ces fruits défendus, la connaissance du bien et du mal qui mène l’homme au sacrifice et à la destruction de lui-même ».

Michel Baglin



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lundi 17 juillet 2017, par Michel Baglin

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Arthur Koestler


Arthur Koestler, est né le 5 septembre 1905 à Budapest et mort le 1er mars 1983 à Londres, Romancier, journaliste et essayiste hongrois, il fut naturalisé britannique.
Abandonnant ses études (école polytechnique de Vienne, puis philosophie et littérature) à 20 ans, il part en Palestine comme ouvrier agricole.
En 1931, il adhère au Parti communiste, (il effectue des séjours en Urss) et le quitte en 1938. C’est à cette date qu’il part en Espagne couvrir la Guerre Civile pour un journal britannique et est arrêté puis condamné à mort par les franquistes. Il est néanmoins échangé contre un prisonnier espagnol et raconte cet épisode dans « Un Testament espagnol » qui lui vaut une grande notoriété.
Mais c’est avec la publication en 1940 de « Darkness at noon  » traduit en français en 1945 sous le titre « Le Zéro et l’Infini », qu’il acquiert une renommée internationale et s’attire les foudres de certains "intellectuels de gauche".
Il a publié de nombreux autres romans et essais, notamment des « Réflexions sur la peine capitale  », en collaboration avec Albert Camus.
Atteint de la maladie de Parkinson et de leucémie, il a mis fin à ses jours en 1983, avec son épouse Cynthia.



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