Accueil > Auteurs > LEROUX Marilyse > D’un livre l’autre 2019

Marilyse Leroux

D’un livre l’autre 2019

Marilyse Leroux, née à Vannes en 1955, éditée depuis les années 80 en revues, recueils et anthologies, elle écrit principalement de la poésie, mais aussi des nouvelles. Elle est également critique et Texture est heureuse de publier ses articles.



Louise Dupré, Anouk Van Renterghem : « Carnet Ocre »



L’Atelier des Noyers, né en Bourgogne en 2008, propose des livres d’artistes associant étroitement poésie et œuvre graphique. Une rencontre sensible entre un poète, un artiste et une éditrice passionnée : Claire Delbard. Laissons cette dernière présenter elle-même ses ouvrages : « Depuis la rentrée 2016, l’Atelier des Noyers propose à des créateurs (auteurs et illustrateurs) de relever le défi de jouer ensemble la partition de l’émotion de la première rencontre : autour d’un texte ou d’un univers graphique. La collection démarre avec trois univers : Carnets de philosophie avec Grandir, Carnets de Vie avec Novembre, Carnets de Couleurs avec Carnet de Bleus. En 2017 sont nés les Carnets de Nature, et Draps d’étreintes a inauguré en fin d’année un autre format, car certaines œuvres plastiques imposent une verticalité, même si notre marque de fabrique reste le petit format à l’italienne. »
« Carnet ocre » de la poète québécoise Louise Dupré s’inscrit, comme son titre l’indique, dans la collection Carnets des couleurs. Un livre émouvant de mémoire et de deuil, de vie et d’espoir, à l’écriture épurée qui touche au cœur. L’ocre, dans toutes ses nuances de brun, de rouge et de jaune, colore une double approche, éternelle et personnelle. Matière et matérialité du mot, la poète vit en effet la terre/couleur dans sa chair, son espace intérieur autant que dans sa réalité géologique, historique et linguistique.
L’ocre, c’est d’abord celle de la terre qu’il faut creuser pour retrouver l’âme des morts, « ocre dur, coupable », matière brute innocente des traces qu’elle laisse derrière elle, ocre des pierres à polir jour après jour malgré « la faute impardonnable », ocre des poteries, des fossiles que l’on caresse pour amadouer sa douleur… C’est aussi la couleur immémoriale des peintures rupestres, « l’ocre des images millénaires / qui ont pu malgré tout traverser / les murs de la honte ».
Loin des cavernes, des fosses et des terres brûlées de l’Histoire, l’ocre offre aussi ses lumières qui emportent le regard et éclatent en leurres bienveillants capables de nous sauver de nous-mêmes. C’est la force des roches qui ont subi l’épreuve du feu. Une « sagesse », une « foi vive » que la poète recherche « à travers les trous du temps ». Elle supplie la terre de lui transmettre sa force de vie avant de l’engloutir « dans le tremblement / de son silence ». De l’opacité à la lumière, de l’effroi à l’oubli, le voyage n’est pas terminé, même si le mot « ocre » est « un vocable clos », même si l’avenir est « enfoui sous nos pieds » entre « les ombres jaunies / jetées sur les cimetières » et les mystères celés sous les dalles. Il faut descendre toujours plus profond, continuer de creuser la terre à mains nues, cette matière vivante qui est la nôtre depuis la nuit des temps. Certes « la terre reprend tout / ce qu’elle a donné » mais, ombres ou clartés, nous lui appartenons indéfectiblement.
Anouk Van Renterghem , jeune artiste bruxelloise qui a déjà illustré pour l’Atelier des Noyers les recueils « Novembre » et « Au gré du gris des jours », accompagne magnifiquement ce chemin de vie au cœur de la matière couleur. Ses silhouettes humaines, minérales, végétales, réalisées au pastel sec, sont en marche. Fortes et fragiles à la fois, elles avancent vaille que vaille dans la poussière des villes, leurs architectures grandioses ou dérisoires, parmi les racines des forêts dont elles semblent le naturel prolongement. Envol, danse, colère, interrogation, tendresse, offrande, douleur…, les images de l’artiste répondent au texte de Louise Dupré avec subtilité et délicatesse dans une variation de tons empruntés à l’art des premiers hommes. Osmoses et contrepoints, elles font voyager les mots du poème dans une « langue commune » ouverte à la lumière. Malgré tout.

(Louise Dupré, Anouk Van Renterghem : « Carnet Ocre » L’Atelier des Noyers, avril 2018, 52 pages, 10 euros. Site à consulter : https://www.atelierdesnoyers.fr )
Marilyse Leroux



Lire aussi :

« Grand A, petit m »

« Le temps d’ici »

Les notes critiques de Marilyse Leroux 2019

Les notes critiques de Marilyse Leroux 2018

Les notes critiques de Marilyse Leroux 2017

Les notes critiques de Marilyse Leroux 2016



vendredi 11 janvier 2019, par Marilyse Leroux

Remonter en haut de la page



Marilyse Leroux

Marilyse Leroux est une poète et écrivain français, née en 1955 à Vannes, en Bretagne. Éditée depuis les années 80 en revues, recueils et anthologies, elle écrit des poèmes en vers et en prose, des chansons d’inspiration diverse, des nouvelles, des récits humoristiques, des jeux de langage, l’écriture pour elle ne connaissant pas de frontières.
Elle est membre de Donner à voir depuis 1986 et de l’Association des Écrivains Bretons. Elle anime depuis 1976 des ateliers d’écriture en poésie et en prose auprès de jeunes et d’adultes.
Ses poèmes ont été publiés dans plusieurs revues et anthologies (Donner à voir, Spered Gouez, Retroviseur, Décharge, Interventions à Haute Voix…) On peut retrouver ses nouvelles sur le site d’Harfang, dans les revues Kahel, Carré, etc.

Principaux recueils :

« Grand A, petit, m », nouvelles, (Stéphane Batigne éditeur, 2016).
« Le Bigre Bang, les Mystères de la Création », co-écrit avec Alain Kewes,(éditions Gros Textes, Les Tilleuls du Square, 2015).
« Blanc bleu », nouvelle, (Editions Rhubarbe, 2014). .
« Le temps d’ici » (Editions Rhubarbe, février 2013), extraits publiés dans Poètes de Bretagne, La Table Ronde 2008)
« Manoli, ciel et feu », inédit , automne 2011.
« Quelques roses pour ton jardin », (Atelier de Groutel 2011, collection « Choisi »).
« Le fil des jours » (Donner à Voir 2007)
« Grains de lumière » (L’épi de seigle, 1999)
« Herbes » (Donner à Voir, 1995)

Certains de ses poèmes ont été traduits en allemand par Rüdiger Fischer dans l’anthologie « Le temps de vivre, 21 poètes de Bretagne », éditions En forêt, Allemagne 2010.


-2019 Revue Texture Contact | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0