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Hélène Cadou

Dans la poursuite du dialogue

Hélène Cadou s’est éteinte le samedi 21 juin, à l’aube de l’été. D’aucuns diront qu’elle a rejoint René-Guy. Elle, y croyait. Nous, nous lui souhaitons. En tous cas, ceux qui l’ont rencontrée, comme j’en ai eu la chance il y a quelques années, ne peuvent oublier son sourire. Ceux qui l’ont lue, ceux qui ont entendu ses poèmes mis en musique et chantés par Martine Caplanne ou Môrice Benin, entre autres, la garderont au cœur.



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Hélène Cadou par Vincent Jacques

« Je me nourris de la lumière / et ne veux plus être pour toi / que ton poids d’ombre sur la terre » écrivait Hélène dans « Le bonheur du jour » , recueil publié en 1956, cinq ans après la mort de René-Guy Cadou, son jeune époux emporté à 31 ans par la maladie.
Hélène, l’inspiratrice d’ « Hélène ou le règne végétal » a tellement défendu et porté la poésie de son mari en poursuivant dans la sérénité le dialogue avec son amour qu’on en oublie trop souvent son œuvre. Elle est pourtant belle, dense, et jamais aussi profonde que dans la simplicité dans laquelle elle s’épanouit le plus souvent.

« Le bonheur du jour »

Bruno Doucey a réédité récemment en un seul volume ses deux premiers recueils, « Le bonheur du jour » suivi de « Cantate des nuits intérieures ». Il faut les lire. Même « si la vie se referme avant d’être accomplie », comme ce fut le cas pour René-Guy, et même s’il faut connaître « les nuits intérieures », on y retrouve partout un éloge du monde, avec « le pain des justes sur la table », et une sorte de confiance de celle qui n’a jamais cessé de chanter « l’amour léger comme une passerelle ».

(110 pages. 14 euros.)



Deux autres lectures

Je reprends ci-dessous deux notes de lectures que j’avais publiées dans « La Dépêche du Midi » dans les années « 90 » sur deux recueils d’Hélène.

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Hélène et René-Guy Cadou

« Retour à l’été »

René-Guy Cadou, poète de l’amour, auteur notamment d’ « Hélène ou le règne végétal » , est mort en 1951, âgé d’à peine plus de 30 ans. Son épouse, elle aussi poète, a poursuivi avec lui pendant 40 ans un long dialogue au fil de recueils très émouvants. Le dernier, « Retour à l’été » , l’est peut-être plus encore puisqu’il évoque le retour d’Hélène à Louisfert, dans cette école où elle vécut avec lui et qui est devenue cet été « demeure de R-G. Cadou », musée consacré au poète co-fondateur de "l’École de Rochefort".
Hélène, qui continue à dire oui au monde et, même, « oui à l’ardoise / où tout s’effacera », ne cesse de quêter sur les lieux du bonheur une présence pour elle toujours vivante, évoquant la lumière de ces jours « à laver les fenêtres », une « enfance d’âme », une voix « qui donnait sens au jour ». Avec beaucoup de pudeur et de foi dans la jeunesse du monde et l’éternité de l’amour. « Tu me disais / que la vie était belle / sur ma bouche / Et je te suivis / au fond du jardin / comme au fond des temps / où notre alliance / cueillait le soleil. »

(Hélène Cadou, "Retour à l’été". 112 p. Presses universitaires de Nancy. Éditions Serpenoises.)

« Le Livre perdu »

Même si, parfois, ses mots « sont mis en croix / comme des branches mortes », Hélène Cadou ne s’éloigne jamais de cet émerveillement qui la fait écrire : « C’est la lumière / que je nourris / la vie que j’apprivoise / en l’épelant à la source. » Recueil après recueil, sa poésie limpide chante ainsi le monde, offert bien que fuyant : « Prendre l’air / ou prendre la plume / quand la vie / va toujours trop vite ? / On n’aura su que l’alphabet / de la terre et de ses usages. » Attitude modeste qui reconnaît que « l’espoir le plus fou / serait de tout nommer » et qui ne renonce pourtant jamais à célébrer la vie et ce règne végétal auquel son mari, René-Guy Cadou – dont le souvenir toujours vivace irrigue les livres d’Hélène – l’avait à jamais associée dans un des ses plus fameux recueils. La mélancolie qui affleure, ni la mémoire revisitée de ce qui a disparu (« En ce matin / comment croire / qu’il y eut avant nous / d’anciennes pluies / de vieux soleils / de jeunes hommes / au cœur fou ») n’étouffent cette joie profonde d’être et de sentir que « pour une feuille qui bouge / le monde entier respire ».

(112 p. Rougerie éd.)
Michel Baglin



Lire aussi :

"Poésie la vie entière" (portrait)

Martine Caplanne chante Cadou

Paul Dirmeikis chante Cadou

Hélène Cadou, dans la poursuite du dialogue



jeudi 3 juillet 2014, par Michel Baglin

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Hélène Cadou

Hélène Laurent naît à Mesquer, en Loire-Atlantique, en 1922. Après des études de philosophie, elle rencontre le poète René Guy Cadou dont le recueil « Les Brancardiers de l’aube », publié en 1937 par Jean Digot, l’a profondément bouleversée. Elle l’épouse en 1946 et vit avec lui des années de grand bonheur à Louisfert.
A la mort de René Guy en 1951, elle se consacre à son tour à l’écriture poétique, publie ses premiers recueils aux éditions Seghers, devient bibliothécaire à Orléans, en 1951 (adjointe de Georges Bataille jusqu’à sa mort). Très investie dans la vie culturelle, elle a été Présidente de la préfiguration de la Maison de la Culture d’Orléans, puis de celle-ci, de 67 à 75.
Après les premiers recueils de 56 et 58, elle n’a commencé à publier qu’en 1977 ("Les Pèlerins chercheurs de trèfle", "L’Innominée") puis en 81, et de manière continue depuis.
En retraite depuis 1987, elle est revenue à Nantes pour créer le "Centre René Guy Cadou" et à Louisfert pour créer la Demeure du poète, en 1993.
Celle qui inspira à René Guy Cadou quelques-uns des plus beaux poèmes d’amour de la littérature française est aussi une grande voix de la poésie.



Bibliographie

Trois poèmes, P.A. Benoît, 1949
Le bonheur du jour, Seghers, 1956
Cantate des nuits intérieures, Seghers, 1958
Les pèlerins chercheurs de trèfle, Rougerie, 1977
En ce visage, l’avenir, J. Brémond, 1977 (réed. 1984)
Miroirs sans mémoire, Rougerie, 1979
Le jour donne le signal, Le Pavé, 1981
Une ville pour le vent qui passe, Rougerie, 1981
Longues pluies d’Occident, Rougerie, 1983
L’Innominée, J. Brémond, 1983
Poèmes du temps retrouvé, Rougerie, 1985
Demeures, Rougerie, 1989
Mise à jour, Librairie Bleue, 1989
L’instant du givre, R. Bonargent, Châteauroux, 1993
Retour à l’été, Maison de Poésie / Éditions Serpenoise / Presses Universitaires de Nancy, 1993
La mémoire de l’eau, Rougerie, 1993
Le pays blanc d’Hélène Cadou, avec des photographies de Christian Renaut, Jean-Marie Pierre, 1996
Le livre perdu, Rougerie, 1997
C’était hier et c’est demain, Préface de Philippe Delerm, Éditions du Rocher, 2000
De la poussière et de la grâce, Rougerie, 2000
Si nous allions vers les plages, Rougerie, 2003
Une vie entière : René Guy Cadou, la mort, la poésie, Éditions du Rocher, 2003
Le Prince des lisières, Rougerie, 2007
Le Bonheur du jour, suivi de Cantate des nuits intérieures, réédition de ses premiers recueils, préface de Jean Rouaud. Éditions Bruno Doucey, 2012



Œuvres croisées

Luc Vidal directeur des éditions du Petit véhicule, écrit :
Après la sortie de la Revue 303 – Cadou, Bérimont et l’école de Rochefort ( avec le Conseil régional des pays de Loire), la réalisation du film René Guy Cadou ou les visages de solitude avec Emilien Awada ( Cinergie Production & TéléNantes), une émission sur France Culture consacrée à Cadou (émission de Sophie Nauleau, ça rime à quoi ?) et dernièrement le cahier d’étude des poètes de l’Ecole de Rochefort-sur-Loire n°4 : « René Guy & Hélène Cadou poésie et éternité » (Université permanente de Nantes avec Georges Fargeas) les éditions du Petit véhicule continuent à travailler pour les œuvres croisées de René Guy et Hélène Cadou. Le pays bleu de René Guy ouvre sa frontière au pays blanc d’Hélène (lisez ce pays chez Rougerie éditeur et Brémont pour l’essentiel). Les deux poèmes vivent l’amble désormais au-delà des lisières. Avec Môrice Benin nous avons réalisé trois Compact disc sur Cadou....



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