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Michel Baglin

« De chair et de mots »,
une anthologie personnelle

Quelques lectures....

Anthologie poétique personnelle, « De chair et de mots » a paru aux éditions du Castor Astral en mars 2012. Elle couvre un parcours de 40 ans, depuis « Déambulatoire » jusqu’aux « Pages tournées » (Fondamente), en passant par « les Mains nues » (L’Age d’Homme), « L’Obscur vertige des vivants » (Le Dé Bleu), « L’Alcool des vents » (Le Cherche Midi et Rhubarbe) ou « Les Chants du regard » (Privat éd.). Une suite d’inédits, « Embruns de femme », clôt ce volume de 112 pages, vendu 13 euros.
Plusieurs articles lui ont été déjà consacrés dont ceux de Jacqueline Saint-Jean, Max Alhau, Roland Nadaus et Jacmo, reproduits ci-dessous. Et quelques autres, accessibles en liens.



Parce que « nous sommes des êtres de chair et de mots », ainsi qu’il le répète, Michel Baglin a toujours cru que « le chant exige et la langue et la peau ». Cette anthologie couvrant un parcours de bientôt 40 ans, comme la suite d’inédits qui la clôt, témoigne de cette recherche d’équilibre, quand « le langage qui nous sépare du monde, secrètement nous y ramène ».
Pas de fuite ici : on fait « allégeance à la lumière, à la terre, à la pluie, au navire en partance, à la fontaine claire comme à l’alcool des nuits ». Si l’adolescent chimérique qui ouvre ce recueil exprime le désordre lyrique du jeune âge, progressivement l’objet de la poésie se détourne du paysage intérieur pour lui préférer le monde. Jusqu’à cette suite de textes qui approchent les lois de la physique pour les métaphoriser, tandis qu’avec le Marcheur, une sorte de métaphysique de l’absurde flirte avec l’approche concrète, charnelle, des chemins de montagne ou des rues de la ville. Il s’agit toujours par l’évocation matérielle et sensible de « gagner l’ici-bas » pour parvenir à « descendre dans le paysage ».
La poésie devient alors célébration panthéiste, moyen de reprendre pied sur une « terre pleine » et d’accroitre sa présence à soi, aux autres, au monde. Sans sacrifier cette lucidité qui force à « n’oublier jamais cet abîme au-dessous des ailes qu’on s’invente », et cependant plus riche de l’échange intime et fraternel avec autrui, « par la justesse des mots redevenu le même ».



Un article de Jacqueline Saint-Jean dans Spered Gouez (18)

Romancier, nouvelliste, essayiste, critique, Michel Baglin nous offre ici une traversée de son œuvre poétique. Toute anthologie se fait à la fois portrait et parcours, retour sur soi, interrogation sur son chemin d’écriture. Rétrospective amorcée en 2007 dans « Les pages tournées » , confrontées à « l’adolescent chimérique » de 1974. Et en 2009, dans l’afflux de mémoire de « L’alcool des vents » qui « rend grâce » à tout ce qui fonde une vie.
On retrouve l’univers du poète, la banlieue, le quotidien des rues et des bars, les gares et locos de l’enfance, les errances buissonnières du marcheur, ses escales contemplatives. Éloge de la lenteur. Car ici, en arrêt sur image, la profondeur du regard magnifie les êtres et les choses les plus humbles. Par l’image et le songe. « Chants du regard », où la rencontre avec Dieuzaide coule de source : tel ce village où une « femme accoudée à sa fenêtre veille ce pétrin de la lumière où lève la pâte du désir ». Rêveries d’un « promeneur solidaire », qui attend « le poème aux mains tendues », s’accoude, « frère de comptoir », éclaire les travailleurs de l’aube, illumine la ruelle d’un mirage de passante. Que le livre s’achève sur l’invocation merveilleuse d’ « Embruns de femme » entrevue, rêvée, fabulée, signe une œuvre toujours tournée vers le mystère de l’autre.
Mais on voit mieux ici, au cœur de l’écriture, s’ouvrir ce vertige qui creuse les évidences et les mots. « L’obscur vertige des vivants » , « Nous verticaux incertains / qu’une perte d’équilibre ébranle », entre deux infinis. Vertige proche de l’ivresse, « alcool des vents » qui fouette le souffle et le désir. Vertige qui nous fait marcher, avancer, ainsi la poésie qui nous « jette en avant », dit Henri Bauchau.
Au fil des pages, ambivalent, le besoin des mots s’interroge, articule l’anthologie. Car la langue nous pétrit, nous enfante, « la syntaxe nous vertèbre ». Et si « la parole porte en elle le soupçon comme un enfant », le poème central affirme magnifiquement ses pouvoirs : nous ouvrir, nous incarner « chair des mots pulpe des mémoires », nous « agrandir des autres », « s’approcher de l’obscur de nous-mêmes ».
Multiforme, prose ou vers, poème vertical, ample verset de « L’alcool des vents » , prose rythmée, anaphore incantatoire d’ « Embruns de femme » , l’écriture de Michel Baglin conjugue force et tendresse, science et songe, « gravité » terrienne et grâce aérienne, « naissance d ’une aile aux épaules de l’hiver ».
Toujours musicale, un air de blues ou de cantique profane, elle a parfois pour moi la résonance du saxophone, venue du corps et du souffle, où vibrent ivresse et blessure, et « cet abîme au dessous des ailes qu’on s’invente ».
Oui, « De chair et de mots » , une telle célébration de la vie qui brûle et s’invente, se fête et se partage, ne peut que « réveiller en chacun le poète qui s’est tu ».

Jacqueline Saint-Jean



Un article de Max Alhau dans Diérèse

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Max Alhau

« De chair et de mots » constitue l’anthologie personnelle de Michel Baglin et s’étend de 1974 à 2010. C’est dire que le lecteur peut suivre un parcours qui n’a cessé d’évoluer, même si l’essentiel reste d’affirmer la vitalité de l’écriture et de la poésie en particulier.
Chez Michel Baglin se détachent divers thèmes comme alternent bien souvent vers et prose. Ce livre est nourri des réflexions du poète, observateur de ses semblables, soucieux de rendre par les mots ce que le regard embrasse : des paysages urbains à ceux plus étendus offerts par la nature. La nostalgie l’emporte souvent qui est celle d’un temps passé, même si le poète en connaît la vanité : « Pourquoi ces retours, pour qui ? / Se peut-il qu’aujourd’hui encore quelqu’un /demande réparation ? » Aussi le regard de Michel Baglin se porte-t-il sur ses semblables, sur ce qui constitue les fondements mêmes de la vie qu’il ne cesse de célébrer. Au fil des poèmes s’imposent les interrogations sur la destinée, sur nous qui laissons peu de traces : « Une vie, ce qu’il en reste, / cette traînée d’images / dans les mémoires amies / s’évaporant avec les ans. »
Dans ces constats, aucune amertume, peut-être, répétons-le, de la nostalgie, mais surtout un sens de la fraternité dont les mots sont le ferment. Aussi peut-il écrire dans un élan de ferveur et de sincérité : « Je rends grâce aux encres et aux papiers pour les passages qu’ils ouvrent ente les lignes, / l’orgueil qu’ils donnent à la lucidité, la joie qu’ils mettent au partage, / et pour l’humilité fraternelle que tout lecteur connaît quand il s’agrandit de l’autre, / par la justesse des mots redevenu le même. »
Dès lors, comment le poète qu’est Michel Baglin ne célèbrerait-il pas la terre, son étendue, ses paysages, lui le marcheur que les mots entrainent au gré des pas accomplis ? Et n’est-ce pas aussi la définition de l’écriture qu’il donne quand il déclare « Qu’on vient par hasard, qu’on avance par petits bonds, qu’on vieillit à force d’hésitations, de reculs et de décisions prises en dernière extrémité. » Car pour Michel Baglin, la vie et la poésie font toujours cause commune, avancent au même rythme, l’une et l’autre animées d’une même ardeur. Cette fraternité de langage, cette route que tout poète s’efforce de suivre caractérisent bien sa démarche. Comment ne pas faire sienne aussi cette remarque au sujet du poème : « quand le langage qui nous sépare du monde, secrètement, nous y ramène » ?
Lorsque Michel Baglin s’adonne à la prose, il se tourne alors vers des sujets que son regard a appréhendés et il faut lire avec attention les poèmes qu’il a écrits dans un recueil précédent : « Les Chants du regard » , à partir de photos de Jean Dieuzaide. Les instants saisis, les scènes mises en mots affirment l’acuité du regard du poète. On peut alors parler de « lumière sensible : gorgée de mots. ».
De chair et de mots, ce sont bien les deux guides que suit depuis longtemps Michel Baglin et son parcours d’homme et de poète ne cesse pas d’entraîner à sa suite le lecteur devenu lui aussi célébrant de cette terre dont les mots ne parviendront jamais à épuiser la richesse.

Max Alhau . Article paru dans la revue Diérèse Juin 2012



Un article de Jacmo dans Décharge

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Jacques Morin, alias Jacmo

Dorénavant, publier l’anthologie de ses recueils au Castor Astral, c’est sans doute atteindre le must d’une œuvre poétique. Ainsi Michel Baglin, dont on va pouvoir mesurer d’un seul tenant l’écriture de 1974 à aujourd’hui. S’il est une œuvre lyrique dont je me sens proche, c’est bien celle de l’animateur du site revue-Texture. « L’angoisse est froide et lourde, comme une dalle dans la poitrine ». Ouverture : « L’adolescent chimérique » , titre qui tape juste, avec cette question fondamentale : « ...pour habiter sa révolte, faut-il renoncer à bâtir sa demeure ? » et tout est dit, placé. Il emploie déjà un tu qui s’adresse moins au lecteur qu’à lui-même, comme une adresse intime à l’envoyeur, mais il a besoin du rebond du lecteur sur le mur : il emploie aussi bien un il qui est aussi lui-même, une manière de se mettre un peu en décalage, cette fois, c’est plutôt le poète, l’écrivain qu’il prend à témoin, de l’intérieur. « Il n’aura jamais tué que du temps mort. Avec des mots de survivant ». Il utilise encore un on un peu plus général. où il se retrouve encore, mais en temps qu’homme pour le coup et le lecteur y est convié fraternellement. « Sait-on jamais ce qu’on veut dire. sait-on seulement ce qu’on a dit ? »
Accroches diverses, styles multiples. La prose dans laquelle il excelle, où son sobre lyrisme développe une saine générosité, mais aussi une prosodie variée, poèmes ramassés et vers courts ou textes roulants et alexandrins. Michel Baglin n’a pas de forme favorite, celle qui roule spontanément sous sa plume correspond tout bonnement à la meilleure manière de présenter ce qu’il a à dire.

Les deux mots du titre marquent les thèmes lourds de son écriture, et, au-delà, de son existence. La vie, la poésie : un être d’encre. « Le bonheur peut-être est misérable ». Michel Baglin veut chanter l’ordinaire, le banal, aussi bien les instants quelconques qui ensoleillent le quotidien que les souffrances laborieuses : « le poème est la mise en chair du divorce ». Il sait aussi à partir du regard réunir la marche et l’écriture, scruter dans le ciel notre bagage physique fait de genèse et de destin, remuer ciel et terre de sa plume dorée, et enfin psalmodier toutes les beautés du monde, une à une enchantée, dans un chapelet de versets et de ferveur. « Je rends grâce au poète en nous qu’une simple vague fascine ». Avec Michel, la poésie est enfin faite par tous, depuis le temps que Lautréamont l’a promis ! Chacun se reconnaît dans ses phrases, dans ses vers, Michel Baglin, de chair et de mots, comme tous les hommes qu’il croise et sacre de sa poésie lumineuse.

(Jacmo. Revue Décharge 154 juin 2012)



D’autres articles


Pascale Arguedas sur Calou, l’ivre de lecture Ici.

Georges Cathalo sur Ici & là (site de la Maison de la poésie de St Quentin en Yvelines) Clic

Jean-Marie Perret sur Bleu de Paille Lire

Brigitte Maillard sur Monde en poésie Là.

Bernard Perroy dans Les Cahiers de la rue Ventura, n°18, déc. 2012. repris sur son site. Ici.

Jean Pichet Comme le dit (...)

Jean Pichet
Comme le dit l’auteur lui-même, « les poèmes proposés dans cet ensemble sont extraits de  » recueils dont la chronologie a été quelque peu bousculée, comme pour signaler que le temps du poète (et de l’homme qui veille en lui) n’est pas le temps des horloges et des calendriers. C’est ainsi que les trois premiers écrits « proposés » sont de l’an 2007, et qu’ils sont suivis d’un initialement publié en 1976.
« De chair et de mots », qui intitule cette anthologie, est un poème sans fioritures, aphoristique, paradoxal, dans lequel Michel Baglin tente de saisir ce qui fait de nous, créatures biologiques, des êtres à part dans la création — qu’un pouvoir mystérieux, celui des mots, habite. Les mots, entités capricieuses, souverainement ironiques, auxquelles nous sommes unis pour le meilleur et pour le pire.
"Les mots nous blessent / - et leur blessure / nous invente" C’est dire que nous sommes à la fois bien réels et, quelque part, irréels, fictifs. Les mots nous blessent-ils toujours ? Non, mais sont-ils alors toujours inventifs... Quoi qu’il en soit, nous sommes en déséquilibre - plus exactement, nous avançons comme en équilibre au-dessus d’un abîme.
Nous sommes divisés, le monde lui-même est un puzzle en vrac - et nous cherchons « le poème qui unifie ». Qui nous rend ou, du moins, nous permet d’approcher la « plénitude du réel » (le livre s’achève sur ces mots) - le paradis perdu... Ce long poème-titre est donc, en principe, le poème-clé de l’ouvrage. Celui qui en indique l’esprit, le sens. Mais il me semble, comparé à la majorité des autres textes, poèmes ou prose, un peu sec, abstrait. Là où Michel Baglin est vraiment « bon », c’est lorsqu’il parle, toujours d’une manière posée, des paysages qu’il a parcourus, des lieux qui lui sont chers — les gares, les herbes folles, increvables, entre les rails — lorsqu’il dit son amour des choses simples, des éléments, des petites gens, des bêtes familières. Lorsqu’il « rend grâce ». Être là, prendre son temps, goûter à tout et le partager, s’agrandir, et, du même coup, agrandir l’autre, se déployer, comme l’épervier du pêcheur (p. 89). Vivre de chair et de mots, puisque nous sommes ainsi faits.

Jean Pichet. Les cahiers de la rue Ventura (2013)

Lucien Wasselin

Je n’ai jamais méprisé les anthologies personnelles : pour preuve, j’ai dans ma bibliothèque, depuis sa parution en 1963, celle consacrée à Paul Eluard sobrement intitulée Poèmes, parue dans la collection du Livre de Poche. Je l’ouvre régulièrement pour retrouver tel ou tel poème qui m’a marqué alors que depuis cette date, j’ai accumulé beaucoup de titres de Paul Eluard au gré des occasions (je me souviens en particulier d’un ouvrage rescapé du désastre : l’Hommage aux Martyrs et aux Combattants du Ghetto de Varsovie, un poème d’Eluard - Tout est sauvé - accompagnant 31 dessins de Maurice Mendjizki, imprimé à Paris en 1950) ou de mes goûts, voire des rééditions. Il ne me reste plus aujourd’hui qu’à me procurer les Œuvres Complètes dans la Pléiade ! Aussi, bien qu’ayant lu depuis 1986 nombre de livres de Michel Baglin, est-ce avec intérêt que j’ai ouvert De chair et de mots.
Cette anthologie ne suit pas vraiment l’ordre chronologique comme il est d’usage dans une telle entreprise. Elle s’ouvre sur des pages extraites d’un recueil paru en 2007 alors que Michel Baglin publie depuis 1974 (date à laquelle est paru Déambulatoire chez Chambelland). Et elle se termine par une série d’inédits (Faux départs) et de quasi-inédits (Embruns de femmes) parus partiellement dans un ouvrage collectif en 2010. Entre ces deux bornes, la chronologie est quelque peu malmenée... C’est que l’objet de ce livre n’est pas de laisser une trace (narcissique ?) de la succession des publications mais bien plutôt de mettre en évidence la cohérence d’une œuvre qui, comme le dit la 4ème de couverture, témoigne de la recherche d’un équilibre entre la langue et l’être qui la parle, quand « le langage qui nous sépare du monde, secrètement nous y ramène ».
Ce retour au monde par la mise en mots se donne à lire de diverses façons : par la tentation du quotidien, par la place accordée au monde du travail si exclu des belles lettres, par l’obscur vertige qui nous saisit face à la vie, par les souvenirs d’enfance... Il serait vain de vouloir tout traduire dans une note de lecture : il faut lire De chair et de mots. Mais le passeur qu’est le critique peut se permettre quelques digressions. Michel Baglin évite le prosaïsme que ce soit dans sa peinture du quotidien ou dans celle du monde du travail. Si son poème est bien ancré dans le réel, il s’en échappe toujours avec une flaque de lumière, une voile inventée qui s’ouvrent sur ce qui nous dépasse, sur ce qui fait écrire les poètes ou qui fait croire les hommes au bonheur ici et maintenant. Même si le sentiment du tragique est présent dans quelques fragments de prose (« la vie pressentie et jamais étreinte »), même si la part d’obscur qui se cache au fond de nous est bien là, il y a toujours quelque chose de « gagné [...] sur cette nuit profonde qu’on devine entre les traces et les lueurs ». Cette part de réel gagnée sur l’horreur économique que les maîtres du moment nous imposent se dit aussi dans ces vers : « à ce voyage en panne dans les pas salariés » ou « ce digne entêtement à vouloir être / indien, / toujours / toi qui avais peur des buffles / et pas de terre à défendre ». Avec Michel Baglin, le lecteur n’en finit pas d’entendre « les essieux résonner sous le marteau / des mécanos » ou de voir « ... l’éclat huileux des bielles et les hommes en bleu de chauffe / enveloppés de vapeur ». Baglin rappelle ici que si les formes de l’exploitation changent, l’exploitation reste toujours la même dans ce monde.
Mais Michel Baglin se confronte aussi, en même temps, à l’obscurité qui nous fait face. Le marcheur, présent dans bien des pages, est la métaphore du poète : on sait que Michel Baglin est un grand marcheur, la marche est pour lui l’occasion d’affiner sa perception du monde, de réfléchir, de s’interroger et d’interroger le lecteur. La science est aussi l’occasion pour le poète de se questionner sur le mystère de notre présence au monde. Certains poèmes de L’Obscur vertige des vivants offrent une vision matérialiste du monde, mais d’un matérialisme complexe et intelligent parce que l’homme pense et parle... Et c’est cette vision qui donne son titre à l’anthologie...
Avec Michel Baglin, on ne désespère pas de la poésie tant chaque poème, chaque strophe ou chaque paragraphe pèsent leur poids d’humanité. De chair et de mots...

Lucien Wasselin Europe

Jean-Luc Wauthier La poésie

Jean-Luc Wauthier
La poésie de Michel Baglin frappe d’abord par son poids d’humanité. A la fois sensible et intelligente, mais éloignée de tout intellectualisme et se gardant de confondre hermétisme et mystère, elle est, aussi, profondément originale.
Poète de la lumière et de la fraternité, Baglin toutefois n’est pas dupe des forces de l’ombre qui parcourent et imprègnent la nostalgie du quotidien ; il ressent la fuite du temps au sein de l’écriture même, cette encre qui s’efface.
Malgré ces forces nocturnes, le poète écrit dans un souci de langage simple, sans ornement mais non sans arrière-plans mystérieux. Poésie-journal de bord, au cœur de laquelle Baglin sait « qu’il doit renoncer à l’imposture des mots ancrés dans l’immobile et l’éternel ». Ainsi, le poème J’écris (page 25) va-t-il directement vers les « frères humains  » et apparaît-il comme un véritable manifeste à la fois poétique et social
« Le poème (... )
J’écris pour rendre enfin à tous ceux qui l’ont fait,
à ce jeu gouverné, à ce ghetto des squares,
un vieux gamin fantoche, idiot et dérisoire,
le fantôme entêté d’un clown insatisfait. »

Voici donc, réunis en une belle anthologie, les vers d’un poète à la fois simple et profond. Un poète qui, à la fois, pense le monde et - on me pardonnera le jeu de mots facile - qui panse les plaies du monde, dans l’humilité de la finitude qui l’habite. Un vrai poète et un poète vrai.
« Une vie, à peine un peu
d’écume dans son sillage,
guère plus de traces
que l’oiseau n’en laisse
dans l’air qu’il fend
Une vie, ce qu’il en reste,
cette traînée d’images
dans les mémoires amies
s’évaporant avec les ans
Une vie, une voile, un vol,
un grain de lumière
dans le sillons du vent. »

Jean-Luc Wauthier (Le Journal des Poètes)

Marie-Josée Christien On (...)

Marie-Josée Christien
On retrouve réunis dans cette anthologie personnelle les textes fondamentaux de Michel Baglin à la « quête du poème ». La poésie est pour Michel Baglin synonyme de vie et indissociable du réel accordant notre monde intérieur à l’univers. De larges extraits de L’obscur vertige des vivants, dont un vers donne son titre à l’anthologie, sont repris dans ces pages, confirmant la place centrale de ce recueil parmi les écrits de l’auteur.
Par une approche réconciliée et stimulante avec le domaine des connaissances scientifiques, Michel Baglin, à la recherche du « poème qui unifie », nous replace, « nous, verticaux incertains », dans le monde qui nous entoure et nous invite à retrouver un peu de sens, « un peu d’ordre / dans le chaos ». Ses poèmes concis et intenses portent la vie « jusqu’à l’incandescence / comme un bouquet fragile / d’étincelles sauvées ». Avec « l’orgueil du feu », ils donnent à prendre conscience que « nous / de chair et de mots », ne pouvant « n’être qu’en passant », sommes partie prenante de l’univers par toutes les cellules qui nous composent.
Michel Baglin nous confirme dans cet ouvrage que « le réel ne condamne pas la poésie » mais au contraire « l’appelle comme le vent la voile lui donnant force ». Le poème devient alors « cette énergie / emprisonnée / dans la matière » qui interroge l’énigme de la vie « dans l’infini remuement / qui se perpétue / avec ou / sans nous ».

Marie-Josée Christien (Les Cahiers du Sens)



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Michel Baglin : « Dieu se moque des lèche-bottes » (Présentation & Critiques diverses) Lire
Michel Baglin : « La Part du diable et autres nouvelles noires » (critiques diverses) Lire
Michel Baglin : « De chair et de mots » (critiques multiples) Lire
Michel Baglin : « L’Alcool des vents » (critiques multiples) Lire
Michel Baglin : « La Balade de l’Escargot » (Présentation) Lire & (Jacqueline Saint-jean) Lire & (Gilles Sicard) Lire
Michel Baglin & Jean Dieuzaide : « Les Chants du regard » Lire
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lundi 28 novembre 2016, par Michel Baglin

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Michel Baglin
« De chair et de mots »


Le Castor Astral éd.
112 pages. 13 euros
ISBN 978-2-85920-887-5



Pol-Jeon Mervillon (alias Roland Nadaus)

Et puis saluons cette sobre et belle anthologie consacrée à Michel Baglin - journaliste, essayiste, écrivain, poète : « De chair et de mots ». Donc, des extraits de ses œuvres poétiques : un choix toujours difficile car pour le lecteur inconnu il peut résumer une œuvre, et donc la réduire.
Né en 1950, Toulousain, Michel Baglin, fondateur de la revue Texture (maintenant sur : http://revue-texture.fr), est un équilibriste toujours sur le fil du rasoir « entre langue et peau », entre lucidité et espérance : bref, un être fraternel, bras et cœur ouverts - et sans les poings fermés des sectaires. Au contraire, et dans une belle écriture « comme un cœur d’homme » (p. 67). En ce printemps, maintenant que sont passés les saints de glace, je t’envoie, petit Quentin de nos espoirs, un baiser d’encre et de lecture.

Paru dans "Le Petit Quentin". N° 276. juin 2012



Jean Chatard

Tout comme beaucoup de revuistes (Michel-François Lavaur avec « Traces », Jean-Pierre Lesieur avec « Comme en poésie » ou Jacques Morin avec « Décharge »), Michel Baglin reste lié au titre « Texture », très attachante revue qui laissa derrière elle un sillage des plus créatifs. A la manœuvre, Michel Baglin qui, par le biais du roman, de la nouvelle, du poème s’établit comme l’un des poètes les plus avisés d’aujourd’hui et c’est une excellente initiative que de le rassembler en une belle anthologie personnelle.
« De chair et de mots » est un tout traversé par l’inspiration d’un créateur dont le charme poétique compose avec la vie de chaque jour. Poète de l’amitié, poète des contacts (il fut journaliste longtemps), Michel Baglin épouse pleinement la réalité qui l’entoure. Le marcheur qu’il est devenu sait faire halte devant les paysages ou les hommes qui méritent attention. Le chemin qui est le sien n’est pas une route, ni une avenue mais une impasse, un sentier à peine défriché. Seulement perceptible aux connaisseurs.
C’est dire que Michel Baglin découvre pour nous un monde qui nous glisse entre les mains, entre les yeux. Un monde qui s’évapore dès que né, qui s’évapore pourtant gorgé de suc et de sève.

« Laisser venir au monde tout le réel qu’on porte
et qui mûrit quand on écoute
et s’accomplit si l’on consent. »


Dans ce livre, chaque mot est un battement de cœur.

Jean Chatard (Les Hommes sans épaules)



Sur France Culture

Sophie Nauleau m’a interviewé dans son émission "Ça rime à quoi" programmée sur les ondes de France Culture tous les dimanches à 20h. On peut écouter l’enregistrement diffusé le dimanche 23 septembre, où je parle notamment de mon anthologie, en cliquant ci-dessous.

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