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Lionel Ray

« De ciel et d’ombre »

Une lecture de Max Alhau

Dans son recueil « De ciel et d’ombre », Lionel Ray se livre à une quête parfois douloureuse au cours de laquelle la mémoire traque le passé, impitoyable, une mémoire qui reflète le tragique de toute destinée vouée au temps.



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(Lionel Ray : De ciel et d’ombre, dessins de Julius Balthazar, Al Manar, 16 €)

L’univers de Lionel Ray ne se départit jamais de celui que nous connaissons, que nous fréquentons et l’écriture, précise, somptueuse, donne à chacun de ses poèmes son éclat particulier.
Avec « De ciel et d’ombre », c’est à la fois le poème et la vie qui sont associés : « Rien ne ressemble plus à ma vie que le poème/ Il connaît l’impossibilité d’être seul », écrit Lionel Ray. De fait on comprend que les mots sont comme le double du poète, son reflet et sa proximité : « Chaque mot / qui te ressemble / fait écho à ta vie, / miroir qui appelle / patient vigile / et retient l’image. »
Dès lors Lionel Ray se livre à une quête parfois douloureuse au cours de laquelle la mémoire traque le passé, impitoyable, une mémoire qui reflète le tragique de toute destinée vouée au temps : « Infiniment les cendres les décombres les ruines, / Ainsi se construit la mémoire ». Aussi est-ce souvent vers le passé que se tourne Lionel Ray, un passé où affleure la mélancolie, le sentiment d’une période hors de portée mais magnifiée par le verbe et qui retrouve toute sa fraîcheur, sa légèreté. Il suffit en effet de quelques mots pour redonner vie à ce temps : « On osait rire parmi les framboisiers / cueillir des mauves entre les pierres / remonter le temps en friche / jusqu’à la nourrice obscure des joies. »
A ce tableau léger, à ces moments de bonheur ou de bien-être succède le constat d’un présent assombri : « on est entré dans la pâleur frileuse / le jour avance maintenant / dans l’immobile voyage et l’aveuglement des morts. » C’est bien le présent qui s’impose désormais dans sa dureté, sa fragilité et Lionel Ray porte sur lui un regard lucide qui se veut parfois rassurant, paisible : « Aucune ombre / ne fait écran / tu es proche de toi / cherchant où / placer la voix... » Car le temps est l’ennemi qui nous guette à tout instant et dont l’avancée consacre la défaite de toute existence.

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Lionel Ray, juillet 2017 (Ph. Guy Bernot)

Dès lors l’écriture balise ce champ infini avec pudeur et délicatesse mais tout en mettant en relief ce parcours inexorable vers l’absence : « Le temps est un désert dans la nuit de chaque jour / Dans les miroirs où tout s’efface / Cette buée de note souffle / Et, si peu visibles, nos traces... » et dans un long poème en prose intitulé « Le temps. » Lionel Ray traque celui-ci avec force, en définit les pouvoirs sans que jamais l’écriture ne s’enlise dans une plate réalité : toujours la justesse des mots, leur pouvoir l’emportent sur une sombre réalité : « Et il y a du temps encore / au large des saisons et toujours / le Temps qui nous consume / et ne cesse pas. » Qu’il suffise alors pour rendre le voyage plus léger de s’en remettre aux mots, calque de la vie, double éphémère comme elle et à qui Lionel Ray a donné droit d’asile : « Les mots sont pensés / comme on les prononce, / c’est un métier / comme de vivre / au plus près de soi. »
Ce métier, Lionel Ray l’assume depuis longtemps et ce livre comme les précédents en témoigne avec ferveur.

Max Alhau



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mercredi 15 octobre 2014, par Max Alhau

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Bio-bibliographie

Né en 1935 à Mantes-la Ville (Yvelines) Robert Lorho est agrégé de lettres modernes, professeur honoraire de chaire supérieure. Il enseigna la littérature française à Paris en classes de « khâgne ».
Il a d’abord publié sous ce nom 3 recueils de poèmes, dont "Légendaire" aux éditions Seghers qui lui valut le prix Guillaume Apollinaire en 1965.
Robert Lorho prend le pseudonyme de Lionel Ray en 1970 à l’occasion de la publication de nouveaux poèmes présentés par Aragon dans Les Lettres françaises. Plus de vingt livres seront ensuite publiés (poésie, essais critiques, critique d’art)

Pour l’ensemble de son œuvre poétique, Lionel Ray est lauréat du prix Goncourt de Poésie en 1995 et du grand prix de poésie de la Société des Gens de Lettres (printemps 2001).

Lionel Ray est membre de l’académie européenne de poésie et du comité de la revue Europe. Il a été président de l’académie Mallarmé, membre du comité directeur de la revue Action poétique (1973-2000) et du journal mensuel Aujourd’hui poème (1998 à 2007)

Ses oeuvres

aux éditions Gallimard :
Les Métamorphoses du biographe (1971)
L’Interdit est mon opéra (1973)
Partout ici même (1978
)
Le Corps obscur (1981), prix Mallarmé
Nuages, nuit (1983), prix Méridien (Montpellier)
Le Nom perdu (1987)
Une Sorte de ciel (1990), prix Antonin Artaud
Comme un château défait (1993), prix Supervielle(1994)
Syllabes de sable (1996)
Pages d’ombre (2000), prix Guillevic (ville de Saint-Malo), prix Kowalski (ville de Lyon)
Matière de nuit suivi de Éloge de l’éphémère (2004)
L’Invention des bibliothèques (2007)
Entre nuit et soleil ( 2010)

Comme un château défait et S yllabes de sable ont été réunis en un volume de la collection de poche Poésie/Gallimard en 2004.

chez d’autres éditeurs :
Lettre ouverte à Aragon sur le bon usage de la réalité (Editeurs Français Réunis, collection « Petite sirène »,1971)
Arthur Rimbaud (Seghers, « Poètes d’aujourd’hui », 1976, ré-édition mise à jour en 2001)
Approches du lieu (Ipomée, collection « Tadorne », 1986)
Le Dessin est une mémoire (autour de l’œuvre graphique d’Alain Le Yaouanc, livre-objet, éditions de La Licorne, Poitiers, 1996)
Joaquin Ferrer ou L’Imaginaire absolu (monographie, éditions Palantines, Quimper, 2001. 22x28cm, 192p.,130 illustrations.)
Aragon (Seghers, « Poètes d’aujourd’hui », 2002)
Le Procès de la vieille dame, éloge de la poésie, essais (Editions de La Différence), grand prix de la critique 2008
Lettres imaginaires, vers et proses, éditions Henry-Les Ecrits du Nord, 2010
De ciel et d’ombre , dessins de Julius Balthazar, Al Manar, 2014



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