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Pierre Dhainaut

De l’écoute à la célébration

Après le surréalisme, et toujours en marche vers « ce que l’on n’arrive pas à circonscrire », Pierre Dhainaut construit une œuvre forte et riche d’une bonne trentaine de recueils, où l’écoute précède la parole, où « être présent » et « agrandir » sont au bout de la quête poétique.
Quelques lectures.

« Une parole indispensable / ne voile rien de ses balbutiements, ne se tourmente pas / de nous survivre, exalte l’ombre, y trouve / un second souffle et collabore à l’invisible / avec le bruit véhément du feuillage », écrit Pierre Dhainaut dans « Paroles dans l’approche » (L’Arrière-pays éd.), fidèle à une poétique qui entend saisir sans contraindre, à laquelle il ne demande que de lui accorder un « droit de passage » sur une Terre profuse et généreuse, mais demeurant inaccessible.
Avec une soif inextinguible de s’accorder au monde, Dhainaut l’approche en ayant garde d’effaroucher le mystère, par la vertu d’une parole qui cherche, sur le mode de l’interrogation, à vivifier et à renouer.
Ainsi, cette « langue attentive / qui réunit le large à la mémoire / et le mystère à la respiration d’une heure matinale » est d’abord écoute de la vie inépuisable, des paysages, des visages. Même face au deuil, elle témoigne encore d’une confiance, d’une quête de sens, qu’elle nourrit. « Aucun enfant n’admet de portes closes / ou de lampes éteintes : avant de s’endormir / aucun ne se passe de chants, il puise la force / de toute sa vie. »

Du surréalisme à la célébration

D’abord profondément marqué par le surréalisme, comme le fut Jean Malrieu, la rencontre de Pierre Dhainaut avec ce dernier a réorienté sa poésie. Il évoque son compagnonnage avec un des poètes les plus originaux de sa génération, qui sut tirer parti du surréalisme sans renier sa sensualité ni se couper du monde réel, en un témoignage d’une grande sensibilité, « Jean Malrieu, la parole donnée » qu’il a signé avec Yvon Le Men (voir ici ). Peu à peu, son œuvre, faite de poèmes tantôt brefs et tantôt amples, est devenue en même temps qu’une interrogation spirituelle, une forme de célébration du monde.
La mer, cette mer qu’il voit de sa fenêtre quand sa femme Jacqueline et lui eurent trouvé un appartement face à l’océan, à Dunkerque, y tient une grande place. Dans un entretien avec Patricia Castex-Menier publié par Paroles d’Aube éd., il raconte : « Quand notre relation au rivage fut quotidienne, notre temps devint le temps des marées, de leur rumeur ou de leur silence, de leur puissance ou de leur apaisement. Avec les tempêtes, les embruns frappaient les vitres, la maison s’emplissait de sable jusque dans ses profondeurs. »

Le « poète de la présence »

Pierre Dhainaut a été à jamais marqué jeune par les paysages de la mer du Nord, et les évoque en maints poèmes. C’est notamment la cas d’une livraison des éditions Encres vives qui ont consacré il y a quelques années le 46e numéro de leur collection « Lieu » aux « Trois rivages nommés » . Trois lieux du Nord puisqu’il s’agit du polder des Moëres, du cap Blanc-Nez et de la Baie de Somme. Paysages familiers au poète, mais qu’une fréquentation renouvelée n’épuise pas car, grâce à eux affirme Dhainaut, « j’ai compris que notre naissance ne s’achève pas, notre naissance au monde comme au langage ».
Ses approches ne sont pas des tableaux – les poèmes « ne définissent pas, ils décantent » – mais essaient d’« entrer en connivence » pour rencontrer ce qui vivifie un lieu, « comprendre le langage des roseaux », les correspondances secrètes (« Sans les cris de mouettes / la craie ne serait pas si blanche »), ce qu’il nourrit en lui d’attentes et de mémoire, car il s’agit aussi de « pays de rémanence » : de paysages intérieurs qui irriguent le regard comme l’écriture.
Georges Guillain a qualifié Dhainaut de « poète de la présence ». Et d’ajouter : « Marche, écoute, rencontre sont autant de mots clefs pour baliser ce parcours. Sans que rien d’autre ne soit promis qu’un accroissement d’être. » C’est ce qui m’a toujours séduit dans la poésie de Dhainaut, qui écrivait dans « Mise en arbre d’échos » (Motus éd.) : « Ne cherche ¨aucune issue, / contente doit de respirer. / Être présent, / rendre présent le seuil / ou le bord des falaises. ». Inscrite sereinement dans « l’inachevé », et au-delà du « devoir de louanges », cette poésie est une leçon pour « transmettre / agrandir le matin. »

Michel Baglin



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dimanche 25 septembre 2011, par Michel Baglin

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Pierre Dhainaut

Pierre Dhainaut est né à Lille le 13 octobre 1935. Ce fils d’instituteur passe son enfance et son adolescence dans la ville ouvrière d’Armentières. Il s’installera quelques années plus tard (1957) à Dunkerque où il a enseigné et où il vit toujours.
D’abord proche des surréalistes (il a connu Breton et d’autres), il rencontre Jean Malrieu dans les années soixante et son influence sera déterminante sur son œuvre, qui s’ouvre en 1969 avec « Le Poème commencé » .
En 1971, il fait également la connaissance de Bernard Noël (il consacrera des études à ces deux poètes, ainsi qu’à Octavio Paz et Jean-Claude Renard).
Si le poète est discret, son œuvre est abondante, riche de plus de trente ouvrages publiés depuis 40 ans.
Il a reçu en 2009 le Prix de littérature francophone Jean Arp pour l’ensemble de son œuvre.

biographie

Sa biographie est abondante. Citons :

Le Poème commencé, Mercure de France, 1969.
Bulletin d’enneigement, Sud, 1974.
Efface, éveille, Seghers, 1974.
Jour contre jour, Oswald, 1975.
Coupes claires, Le Verbe et l’Empreinte, 1979.
Au plus bas mot, J.-M. Laffont, 1980.
Le Retour et le chant, Thierry Bouchard, 1980.
Le Regard, la nuit blanche, Vrac, 1981, et EST, 2006.
L’Âge du temps, Sud, 1984.
Terre des voix, Rougerie, 1985.
Pages d’écoute, Dominique Bedou, 1986.
Chemins d’Aubrac, éditions du Rouergue, 1987.
Fragments d’espace ou de matin, Hautécriture 1988.
Un livre d’air et de mémoire, Sud (Prix Antonin Artaud 1990).
Prières errantes, Éditions Arfuyen, 1990.
Le Don des souffles, Rougerie, 1991.
Mise en arbre d’échos, Motus 1991.
Fragments et louanges, Éditions Arfuyen, 1993.
Dans la lumière inachevée, Mercure de France, 1996.
Passage par le chœur, La Bartavelle, 1996.
Paroles dans l’approche, L’Arrière-pays, 1997.
À travers les commencements, Paroles d’Aube, 1999.
Introduction au large, Éditions Arfuyen, 2001.
Relèves de veilles (avec la collaboration de Jacques Clauzel), Alain Lucien Benoît, 2001.
Voix d’ensemble, Éditions des Deux-Siciles, 2002.
Entrées en échanges, Éditions Arfuyen, 2005.
Au-dehors, le secret, Voix d’encre, 2005.
Pluriel d’alliance, L’Arrière-Pays, 2005.
Dans la main du poème, Écrits du Nord, 2007.
Levées d’empreintes, Éditions Arfuyen, 2008.
Sur le vif prodigue, Éditions des Vanneaux, 2008.
Plus loin dans l’inachevé, Éditions Arfuyen, 2010 publié à l’occasion de la remise du Prix de littérature francophone Jean Arp.
La Nuit, la nuit entière, Æncrages & Co, 2011. Dessins de Nicolas Rozier.

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