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François de Cornière

Décharge n° 161 ou Hommage
à Sophie & François

Lucien Wasselin se souvient

Dans le numéro 161 de la revue Décharge, François de Cornière consacre une suite de poèmes à la disparition de son épouse Sophie.



Je n’ai pas pour habitude de parler des revues auxquelles je suis abonné que je reçois, sauf exception... Parler aujourd’hui du n° 161 de Décharge fait partie de ces exceptions parce que j’y lis les poèmes de François de Cornière consacrés à la disparition de son épouse Sophie.
Aussi loin que mes souvenirs remontent (c’était au début des années quatre-vingt, au Théâtre de Caen), je revois François et peut-être cette dernière : les souvenirs deviennent, avec le temps, incertains ! Plus tard, je la sus malade (comment ? de la part de François ? en quelles circonstances ? ou indirectement ? la mémoire me fait défaut…) et, les années passant, François de Cornière qui m’avait souvent offert amicalement ses livres devint silencieux. Un silence qu’il ne rompit qu’en juillet 2010 pour me signaler la mort de Jean Rivet ; il me disait dans sa lettre combien Jean se sentait proche de moi ou des mots semblables, je ne sais plus, je n’ai pas le courage de rechercher cette lettre que j’ai soigneusement rangée… (Jean Rivet qui m’écrivait en juin 2009 dans la dédicace du second tome de « Dépôt de bilan » qu’ « il m’avait souvent rencontré dans son chemin et parfois dans le crépuscule d’une gare… »)
Je ne sais plus si j’ai répondu à François, ni quoi… Aujourd’hui je lis le n° 161 de Décharge et j’apprends la disparition de celle qu’il a aimée et avec qui il partagé sa vie. Quand je lisais les recueils qu’il m’envoyait, je devinais une famille (et tant pis si le mot est maintenant galvaudé) et je m’arrêtais par pudeur devant ce groupe d’humains qui s’aimaient. C’est tout naturellement que je ne cherchai point à en savoir plus quand le silence s’établit, tout au plus savais-je le combat de Sophie de Cornière contre la maladie. Je n’étais pas un intime, je ne voulus que respecter cette élégante discrétion. Mais en ce jour de mars 2014 que je lis ses poèmes de Nageur du petit matin (IV), je peux imaginer ce qu’il en coûta à François de Cornière de peine, de douleur, de souffrance…
Les mots, malgré leur diversité, manquent cruellement. Je retrouve cette poésie que j’avais aimée dès le début ; je me souviens de ces vers, ou plutôt je les retrouve : « les mots sont comme les pierres / contre la faux cachées / qui arrêtent l’élan / et meurtrissent la lame / qu’on ramenait à soi / dans les hautes herbes jaunes / où l’on retrouve un jour / un canif tombé d’une poche / qu’on reconnaît bien / mais qui ne veut plus s’ouvrir ». C’est toujours la même sourde inquiétude qui vient ronger le fragile bonheur de vivre. Mais voilà, ce qui se dit dans ces récents poèmes, c’est le bonheur qui s’est définitivement brisé, laissant la place à un vide que rien ne pourra combler. Aussi faut-il les lire, ces poèmes. Moi qui ne sais pas nager, je dois dire ici que j’ai souvent rencontré François et Sophie de Cornière au creux d’une vague… Malgré le silence et la distance.

Lucien Wasselin.


Lire aussi :

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« Nageur du petit matin »

« Ces moments-là »

Décharge n° 161 ou Hommage à Sophie & François

Hommage à Pierre Autin-Grenier par F. de Cornière



vendredi 28 mars 2014, par Lucien Wasselin

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Décharge, 161



Le numéro : 8 €.
(Abonnement à 4 n° : 28 €).
Chèque à l’ordre des Palefreniers du rêve (CCP 5 632 52 U ; Dijon).
Commande à l’adresse suivante : Jacques Morin : 4, rue de la Boucherie. 89240 Égleny.



Merci Lucien
Je ne m’amuse guère en général à mettre mon grain de sel dans les articles des autres, mais je veux dire ici combien je suis heureux d’accueillir ce bel hommage de Lucien, que je remercie. Je pourrais le contresigner, et des deux mains !
J’ai connu moi aussi François et Sophie à l’occasion des Rencontres de Caen, et à la même époque. J’ai senti comme Lucien combien ils étaient unis et, devant la maladie de Sophie et leur lutte, je me suis astreint à respecter ce qu’il nomme avec justesse leur « élégante discrétion ». La mort de Sophie m’a touché, j’ai eu François depuis au téléphone. Ses poèmes bouleversants me rassurent, car je crois qu’il peut y puiser la force de supporter l’absence. Je le souhaite vivement.

Michel Baglin



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