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Michel Baglin

« Dieu se moque des lèche-bottes »

Une farce théâtrale

Sous le déguisement d’un sdf, le Créateur a décidé de procéder à un état des lieux de ses œuvres. Comme il aime les fortes têtes et les rebelles et déteste les lèche-bottes, le voilà dialoguant tour à tour avec un joli panel de créatures de chair et d’esprit : vieille femme, banquier, prostituée, religieuse, Astropithèque, curieuse Synthèse de la bêtise, sans oublier l’incontournable Pierrot, son bras droit.



Dieu est presque aussi fatigué des idolâtres que de ces imbéciles qui prétendent parler, interdire et régenter le pauvre monde en son nom. A l’occasion d’une visite sur Terre où il se glisse dans la peau d’un sdf pour mieux percevoir le triste spectacle du monde, il s’échauffe le sang et finit par s’écrier qu’il n’a nul besoin qu’on lui cire les pompes !

Parce que le sacré des uns n’est pas celui des autres et parce que le respect est dû à la personne, pas à ses crédos ou à ses utopies, ou à toutes ses lubies, il exhorte les Terriens à modérer leur enthousiasme religieux. Et à se rebeller, puisqu’il les a voulus libres !

Tout cela en vrai farceur qu’il est, avec humour, mais sans mâcher ses mots ni… son Verbe !



Michel Baglin : « Dieu se moque des lèche-bottes »

( 120 pages. 12 €. ISBN 978-2-35652-101-9.
Le bruit des autres éd. (15 rue Jean-Baptiste Carpeaux 87100 Limoges. lebruitdesautres@orange.fr )/]



Ce qu’il en disent :

Jacques Ibanès

Michel Baglin : « Dieu se moque des lèche-bottes ». Et pourtant…Dieu existe bel et bien : Michel Baglin le met carrément en scène dans une farce théâtrale en 4 actes contre les bigots et tartuffes de toutes obédiences.
Sous le déguisement d’un sdf, le Créateur a décidé de procéder à un état des lieux de ses œuvres. Comme il aime les fortes têtes et les rebelles et déteste les lèche-bottes, le voilà dialoguant tour à tour avec un joli panel de créatures de chair et d’esprit : vieille femme, banquier, prostituée, religieuse, Roman, Astropithèque, Synthèse, sans oublier l’incontournable Pierrot, son bras droit.
Il est question de tout ce qui agite notre monde : la Bourse, la pub, le Big Bang, l’éternité, les ayatollahs, « tous ces gugusses qui veulent faire le bonheur des gens malgré eux, les barbus, les bigots, les bien-pensants de gauche comme de droite, les censeurs, les hygiénistes… »
La prostituée est la plus éloquente pour dresser un tableau assez juste de la marche du monde : « La planète qui gerbe et n’en peut plus, la mer qu’on gave de saloperies, le désert qui avance et l’air qui pue. Le climat qui déraille, les réfugiées qui fuient la faim, la sècheresse, les massacres et qui n’en finissent plus d’arriver nulle part, les mômes qu’on exploite, les femmes qu’on tabasse. On n’a que l’embarras du choix ! »
Dieu qui a le sens de l’humour, a aussi sa petite idée sur la religion : « On appelle ça l’esprit d’équipe : on rassemble des hommes, oui, mais contre. Contre un autre groupe, un autre camp, une autre tribu. ».
Et en plus il est clairvoyant : « Je me méfie de ceux qui croient m’avoir trouvé, pas de ceux qui me cherchent ». Avant de conclure avec une certaine justesse que dans ce monde qu’il a créé, « c’est le bordel ! »
Voilà une pièce gouleyante, à la liberté de ton et aux allures rabelaisiennes, la première de Michel Baglin. Il serait judicieux de la mettre en scène de toute urgence, tant elle est d’actualité…

Jacques Morin ( Revue Décharge 162)

Michel Baglin : non content d’être poète depuis lurette, essayiste, romancier, nouvelliste, critique, animateur du site Texture, n’en jetez plus !... — si / devient à présent auteur d’une pièce de théâtre ! Je ne suis guère habilité pour rendre compte de ce genre à présent, mais cette « farce théâtrale » comme il est sous-titré, se lit sans peine. On a le découpage qu’il faut en quatre actes, les personnages qui conviennent et très peu d’indications de mise en scène. Il est même noté en didascalies initiales : « la pièce peut- être montée par 4 comédiens », avec la coquille du trait d’union assez révélatrice où il ne faudrait pas trop pousser le Michel pour qu’il fasse aussi metteur en scène.
On est dans un théâtre à la Sartre ou à la Camus, où les personnages sont des archétypes qui confrontent leurs idées. Théâtre philosophique, ou métaphysique. Le titre donne assez bien la tendance profonde. Religion(s) et liberté. Et Dieu dans tout ça ? Les points de vue se croisent et s’opposent. L’auteur, démiurge par excellence, donne toute sa mesure de mots et d’humour, maniant diaboliquement les dialogues. C’est carré et profond, sans provocation et mériterait d’être lu par un tas de gens bornés et obtus, ceci dit en pure perte. Mais Michel Baglin montre sa maîtrise dans le ping-pong des paroles et cette expérience sera sans doute suivie d’autres sous peu.

Stéphane Beau. http://stephane-beau.blogspot.fr/

En mars dernier, Michel Baglin a publié, aux éditions Le Bruit des autres, une farce théâtrale mettant en scène Dieu dialoguant avec divers humains : Dieu se moque des lèche-bottes.
Le titre, pas très heureux je trouve, a failli me faire passer à côté de ce texte, et ça aurait été dommage. Car la pièce de Michel Baglin, très profonde et très philosophique va bien au delà de la farce. On y retrouve avec plaisir l’esprit lucide et rigolard des anars du XIXème siècle.
Cette pièce est un manifeste contre tous les dogmatismes et toutes les croyances qui empêchent les humains de vivre sereinement. Et ce genre de manifeste est toujours (hélas) utile.
Mais, plutôt que de me lancer dans une longue critique, j’ai juste envie ici de vous recopier quelques lignes du livre. Elles vous diront tout : si elles ne vous parlent pas, c’est foutu pour vous, passez votre chemin. Mais si vous y trouvez du sens, alors lancez-vous : achetez le bouquin, vous ne pourrez pas être déçus.
L’extrait suivant met en scène Roman, un écrivain que Dieu reçoit au Paradis, et Dieu lui-même.

Roman - Le jugement est un peu sévère ! Après tout, ces malheureux hommes, mes semblables, cherchent une réponse à leur désarroi...
Dieu – Dis-le : ils ont la trouille, mon garçon ! Et c’est pourquoi ils sont violents. Derrière toute violence il y a toujours la peur !
Roman – A qui la faute ?
Dieu – Attends, je n’ai pas dit que toute peur conduisait à la violence ! Gandhi aussi avait peur, et Jésus, et tant d’autres... Les uns sortent les couteaux, d’autres vont soigner les lépreux, toutes les réponses ne se valent pas !
(…)
Dieu – J’aime que mes créatures s’interrogent, pas qu’elles simplifient. Vos soi-disant bobos, vos soi-disant fachos partagent trop souvent la même bêtise, la même lâcheté, le même mépris des autres...
Roman – Vous n’aimez pas qu’on se veuille politiquement correct ?
Dieu – Je n’aime pas qu’on s’acharne à garder la tête dans le sable...
Roman – Vous renvoyez tout le monde dos-à-dos...
Dieu – Absolument pas ! Je renvoie chacun à ses responsabilités !

Allez, concluons par quelques petites pépites, histoire de convaincre définitivement les ultimes réticents :
« La radicalité est souvent moins politique que pathologique : une médecine de cheval que s’administreraient les désemparés... »
« Hélas, quand on est prêt à mourir pour une idée, généralement on est aussi prêt à tuer en son nom ».
« Je me méfie de ceux qui croient m’avoir trouvé, pas de ceux qui me cherchent ».

Andréa Génovese Belvedère n°35

Plus qu’une farce théâtrale, Dieu se moque des lèche-bottes de Michel Baglin (Le bruit des autres, éditeur), plus connu comme poète que dramaturge, est un conte philosophique voltairien sous la forme classique du dialogue.
Peu théâtral mais théâtralisable et par là même instrument utile de dénonciation du danger que représentent les religieux, par le seul fait même de se croire, comme je ne cesse moi-même de le dénoncer, représentants diplomatiques du Père Eternel.
Le début est un peu naïf, la descente de Dieu sur terre en explorateur des humeurs de ses créatures et son bec à bec avec Saint Pierre sont le propre de centaines de fabliaux napolitains, où souvent les écrivains et les auteurs dramatiques de cette ville ont puisé. Et les arguments font partie d’une littérature indignée et rageuse, qui s’en prend aussi aux soi-disant laïques, accommodants et au fond lâches.
Mais Baglin se garde bien d’être manichéen : la religion est une peste, mais libre à chacun de s’en remettre à l’une des trois-cent-cinquante mille deux-cent trente-sept (estimation relevant d’une étude faite par l’auteur de cette note pendant l’écriture de Schisme, une pièce mise en scène il y a une vingtaine d’année) sectes religieuses et hérésies annexes, avec dommages génocidaires et inquisitoriaux collatéraux depuis l’aube des temps.
Heureusement, il y a Dieu, dit Baglin : un bonhomme maladroit, anticlérical invétère et, ce n’est pas dit expressément, mais on a toute raison de le croire, qui depuis belle lurette interdit son Paradis à tous ceux qui cherchent à y entrer par l’intermédiaire de curés, imams, rabbins, gourous de toute espèce, et sacrés livres de sacrées bêtises apocryphes qu’on lui attribue.
Je force un peu, il faut lire cette pièce de Baglin comme une tentative de rappeler que la France a été le pays des Lumières. Et non pas de religieux parasitaires, et d’ici peu d’aumôniers embauchés au frais du contribuable (laïcité, j’écris ton nom ! pour paraphraser Eluard) pour diffuser des connasseries doctrinales dans les écoles, les prisons et ailleurs.

Lucien Wasselin Recours au poème

Aucun genre littéraire ne laisse indifférent Michel Baglin : on connaissait le romancier, le nouvelliste, le poète, l’essayiste…, avec ce nouvel opus, Dieu se moque des lèche-bottes, on découvre l’auteur de théâtre puisque ce livre se donne pour une farce théâtrale.
Quatre actes, quatorze scènes… Le dialogue est enlevé, l’humour est bien présent, chaque personnage a son parler original malgré les noms très généraux pour désigner quelqu’un en particulier (le SdF, le banquier, la femme, la religieuse) quand il ne s’agit pas d’entités abstraites comme l’Astropithèque ou la Synthèse…. Mais, face à Dieu, pouvait-il en être autrement ?
Pas de didascalies : on sent que Michel Baglin est avant tout l’homme des mots car il privilégie le dialogue à travers lequel il donne vie à ses personnages. Très rapidement, et je ne veux rien dévoiler de l’intrigue, le SdF se révèle être Dieu qui est venu incognito sur Terre pour étudier les résultats de sa création ! Le blasphème et l’intolérance s’expriment librement, non sans humour. Mais, mine de rien, Michel Baglin remet en cause, tout en les tournant en dérision, toutes les prescriptions de la religion (une invention des hommes, inscrite dans l’histoire), les dogmes comme la réincarnation ou la mort. Et même le langage qui, avec ses mots, permet à l’homme de se poser des questions "métaphysiques" ; c’est jubilatoire.
Tout passe au crible de la fantaisie de Baglin : le suicide, l’euthanasie (on a parfois l’impression de lire un catalogue des questions dites "sociétales" !). Il est sans pitié pour tout ce qui opprime l’homme, ce qui l’amène à faire preuve de tolérance à l’égard de celle (la religieuse) qui a bénéficié des largesses du mécréant (voir II, 5 qui est le moment fort de la démonstration de Michel Baglin). Il fait dire à l’un de ses personnages : "La charité est généralement surfaite : une manière de payer son salut". Mais voilà, tout est dans l’adverbe généralement. Dieu apparaît comme un personnage sympathique, l’antipathie s’abattant sur les prêtres et autres fonctionnaires des religions.
Mais il est inutile de résumer cette farce. Il suffit de dire que Michel Baglin a une vision de poète des choses : n’affirme-t-il pas que "Personne n’est davantage en prise avec le monde que les poètes" ? Il sait faire la différence entre les croyants dignes de respect et les croyances qui méritent son ire…
Le chemin s’invente en marchant ; il n’y a pas de solution toute faite. Dieu, ce personnage plutôt libertaire, s’exclame vers la fin de la farce : "La suite vous appartient". Tout est dit.
Mise en ligne février 2015

Jean Chatard

Cette « farce théâtrale » met en scène Dieu et quelques uns de nos contemporains : un sdf, une vieille femme, un banquier, un clodo ainsi que quelques autres tels que l’Astropithèque, la Religieuse, la Synthèse, etc.
Sont remis en question ici les éléments d’une morale élastique qui hésite avec bonheur entre l’humour et la comédie de mœurs. L’humour de Michel Baglin accompagne les situations, et les répliques ne manquent ni de bon sens ni d’une certaine vérité caustique. On sourit parfois, on réfléchit souvent lorsque l’auteur présente des situations à la limite de la charge.
La pièce divertit et tout à la fois assène des vérités que chacun d’entre nous peut vérifier. On sent, à la lecture de ces pages, que Michel Baglin fut journaliste tant les analyses qu’il pratique par le biais du dialogue sonnent favorablement. Chacun d’entre nous y trouve sa part de vérité, sa part de rêve et de ferveurs, mais surtout assiste au spectacle assez surprenant (pour ne pas écrire plus) d’un Dieu quelque part anarchiste et le proclamant haut et fort. Situation cocasse s’il en est au bénéfice de l’intrigue basée en grande partie sur cette énormité.
Michel Baglin ne fait-il pas déclarer à « Dieu » : « l’avenir s’écrit au présent » ! Et cela devant un champ de ruines, sur notre bonne vieille Terre, ou au ciel, ou ailleurs. Peut-être. Peut-être pas. L’écriture de Michel Baglin est assez limpide et ses dialogues assez imagés pour faire goûter tout le sel de cette pièce qui divertit pleinement tout en faisant réfléchir à notre condition de terriens responsables.



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jeudi 1er décembre 2016, par Michel Baglin

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