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Revue Chiendents 38

« Editeurs : Bons à tirer »



Le signataire de ces lignes occupe (et a occupé) différentes places dans la chaîne du livre : il est poète et essayiste édités, il est critique ou chroniqueur et il a même été un temps éditeur. Aussi a-t-il lu avec attention cette livraison de Chiendents qui regroupe 7 points de vue de quelques acteurs non conventionnels du livre : si je mets de côté André Dupneu (que je ne connais que par la chanson « À jeun » de Jacques Brel où Dupneu est chef du contentieux !), quatre sont auteur et éditeur, et deux auteur et lecteur.
Tous semblent exercer ou avoir exercé une activité professionnelle (souvent dans l’enseignement, depuis le primaire jusqu’à l’université). Cet ancrage professionnel explique peut-être les points de vue qui peuvent se caractériser par une position commune ou transversale : la défense de la petite édition et de la librairie indépendante en même temps qu’une certaine condamnation de l’auteur souvent jugé comme nombriliste, pour dire vite.
La palme revient à André Dupneu pour le côté provocateur de sa « lettre » : les auteurs toucheraient 8% de droits sur le prix public de vente de leurs livres. Certes, cela est sans doute vrai pour les lauréats du Goncourt ou ceux qui sont publiés par l’édition industrielle (contrôlée de plus en plus par les banques ou les investisseurs institutionnels !). Mais les auteurs publiés chez les petits éditeurs ne touchent en général rien, même si leurs contrats prévoient le paiement de droits… Aussi peut-on comprendre leurs récriminations à l’égard de leurs éditeurs.
Une belle figure de libraire (trop rare) est mise en avant par Jean-Luc Nativelle ; mais d’autres auteurs de ce dossier ne manquent pas de rappeler que les libraires (certains !), trop souvent, ne paient pas les éditeurs pour les livres qu’ils ont vendus quand ils acceptent d’en prendre en dépôt. Gérard Cherbonnier signale que les petits éditeurs sont souvent en difficulté financière et qu’ils financent cette activité par les revenus tirés d’une profession dont on ne sait plus si elle est la première ou la seconde !
Seul ce même Gérard Cherbonnier situe le problème de l’édition dans le cadre politique et économique du capitalisme actuel : il lie le développement du livre numérique à « la vente de liseuses ou autres écrans importés d’Asie au profit de multinationales exploitant le dumping social des pays dits émergents » et au « dispositif d’aliénation et de soumission à l’hégémonie d’un marché virtuel mondialisé pour asseoir une pensée unique et servile » mis en place par les politiques (démocratiquement élus !) et les financiers. On ne peut mieux dire. On comprend alors que si on met entre parenthèses les petits qui veulent jouer le jeu des gros et les arnaqueurs du compte d’auteur, l’édition telle que la pratiquent les petits est une forme de résistance où le militantisme a toute sa place. Mais résistance et militantisme sont des gros mots par les temps qui courent quand ils ne sont pas frappés de ringardise.
Au total ce dossier de Chiendents est une pièce à ranger dans un dossier où se trouvent déjà « Le Racket de l’Édition », les publications du CALCRE et de L’Oie plate…

Lucien Wasselin



Chiendents n° 38
« Éditeurs : Bons à tirer ».

36 pages, 4 €. (10 n° au choix parmi les disponibles : 20€ + 5€ de port à l’adresse suivante : Éditions du Petit Véhicule. 20, rue du Coudray. 44000 Nantes).



vendredi 5 décembre 2014, par Lucien Wasselin

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