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Spered Gouez n° 22

« Éloge de la frontière »

Lectures de Michel Baglin et lucien Wasselin

La revue, qui fête ses 25 ans d’existence, a axé son numéro annuel sur le thème « Éloge de la frontière ». Un éloge, on en conviendra, qui ne fait pas consensus à l’heure où l’on enterre les débats sous les anathèmes et où les bienpensants vous excommunient pour moins que ça !



Ici, tout se développe en nuances sous la houlette de Marie-Josée Christien et avec une vingtaine d’auteurs à la démarche authentique. La frontière s’entend au sens large et concerne tous des domaines de la vie, elle est géopolitique, mais aussi sociale, mentale et intime, car ontologique. « Elle est la condition, la reconnaissance et l’emblème de l’altérité », affirme M-J. Christien qui précise : « La frontière dont nous faisons ici l’éloge est un lieu de rencontre et une ligne de généreux partage ».

Pas de fermeture, donc, mais un enrichissement par les découvertes des différences et de l’ailleurs, dont Jean-Luc Le Cleac’h célèbre les multiples facettes quotidiennes, des timbres aux monnaies. L’idée de frontières se décline partout (la France de la vigne et la France du blé, les régions aux toits de tuiles et aux toits d’ardoise, le passage des terres froides aux chaudes marqué par le chant des cigales) et par des coutures discrètes et mouvantes. Dès la coquille d’œuf ou le cocon, « toute gestation s’entoure » rappelle Jacqueline Saint-Jean et Adeline Baldacchino, qui a longtemps désiré l’effacement des frontières, reconnait que « l’on n’est jamais ni rien / ni tout mais juste ce peu / de chose qui transhume toujours / par le chas de l’aiguille par / l’insensible frontière de l’instant ».
De la clôture des jardiniers au carton qui sépare les sans-abris, des intimités se protègent, explique avec des photos et des textes forts Gilles Cervera, qui évoque aussi la peau, et toutes les interfaces, sans oublier « la délimitation des mots  ».
La frontière pose aussi les problèmes de l’identité (« Où commencé-je ? / Où finis-je ? » demande Sanda Voïca) et de l’intimité, de la transparence dont on nous fait injonction aujourd’hui, tendant ainsi à abolir l’intime au profit de l’interchangeable. « Si je manque de transparence : c’est que je milite pour la préservation / d’une espèce : de fragilité interne / que je tiens à entretenir », revendique Jean-Marc Gougeon. Ce qui n’exclut nullement d’être amené souvent, grâce à l’amour et à l’amitié notamment, « à redéfinir des contours de qui je suis ». Mais en sachant préserver un espace : « Si se dévoilait à d’autres l’intimité de notre échange, ce serait affirmer que chacun est partout chez lui », précise Brigitte Maillard, qui cite Régis Debray, approchant la frontière « comme une peau, capable de respirer, donc d’organiser des échanges avec le milieu » et affirmant : « Là où il n’y a pas de frontière il y a des murs ».
La frontière est un horizon réel et imaginaire qui nous invite à le rattraper, à le transgresser. C’est un peu ce que répètent tous ces textes : « Toute vie a ses frontières, plus ou moins lâches, plus ou moins mouvantes » (Marilyse Leroux) et « vivre est tout notre infini » comme le rappelle Pierre Perrin.
Je ne serais pas étonné que ce numéro fasse date.

Je ne cache pas non plus mon plaisir d’avoir été invité dans ce beau numéro pour l’entretien central (Tamm Kreiz) mené par Marie-Josée, qui me présente au préalable.
Comme à chaque livraison, de très fouillées et nombreuses notes de lectures de plusieurs contributeurs (Guy Allix, Jean Bescond, Claude Bailleul, Bruno Geneste, Patrice Perron, Jacqueline Saint-Jean, Gérard Cléry, Luc Vidal) et des chroniques (Jean-Luc Pouliquen, Eve Lerner, Jean-Marie Gilory) enrichissent ce numéro anniversaire.

Michel Baglin



Lucien Wasselin l’a lu

Il faut attendre la page 87 pour lire le premier poème (dû à Jean-Louis Clarac) dans cette livraison : c’est dire, car les 86 pages précédentes sont consacrées à des chroniques, des notes de lecture, des articles divers, l’attention que porte Spered Gouez à la poésie qui se fait, qui se donne à lire. Si l’éditorial, signé par Marie-Josée Christien, célèbre le 25 ème anniversaire de la revue, il est suivi d’un entretien entre Kush (l’animateur du Cloud House) et Ève Lerner qui se révèle ainsi pour connaître parfaitement la poésie contemporaine des USA… Malheureusement, cet entretien se termine par un appel aux dons pour sauver les archives ! À l’heure où les gens ont de moins en moins d’argent, où ce dernier règne sans partage, est le nerf de la guerre, alors que la corruption s’étale impunément, sous toutes ses formes, alors que la vie est de plus en plus difficile pour le plus grand nombre et ça me coûte de dire ces choses ! Jean-Marie Gilory signe un bel hommage à Yves Cosson disparu en 2012. « Les Bestioleries poétiques  » de Georges Cathalo (Les Carnets du Dessert de Lune éditeur) ont droit à trois notes de lecture de Marie-Josée Christien, de Gérard Cléry et de Guy Allix qui ne manquent pas de dire beaucoup de bien du paysage poétique que dresse Cathalo dans ses aphorismes : c’est réjouissant. Il faut encore signaler les chroniques de Christien et d’Allix… Et l’entretien que la première mène avec Michel Baglin qui joue le jeu franchement…

La seconde partie de la revue se présente comme une anthologie thématique relative à L’Éloge de la frontière. Belle diversité des voix rassemblées… Mes préférences, qui ne valent que ce qu’elles sont, vont à Jean-Claude Bailleul pour sa double évocation de l’Artois et de la Bretagne, deux régions auxquelles je suis attaché, à Pierre Perrin pour sa façon de dire l’existence et son vers ample, à Marilyse Leroux pour la brièveté du vers (dans le premier de ses poèmes) qui capte l’essentiel… Mais rien ne laisse indifférent dans cette anthologie. Spered Gouez prouve, encore une fois, que les revues sont nécessaires à la vie de la poésie.

Lucien Wasselin

(Spered Gouez n° 22, 148 pages, 16 €. Ajouter 2,50 € pour le port, sur commande chez Marie-Josée Christien, 7 allée Nathalie Lemel. 29000 Quimper ; chèque à l’ordre d’EGIN)



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jeudi 10 novembre 2016, par Lucien Wasselin, Michel Baglin

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