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Odile Caradec

« En belle terre noire »

Le dernier recueil en date d’Odile Caradec est publié par les Editions En Forêt et illustré, comme bien des précédents, par Claudine Goux. Poèmes inédits ou repris de livres antérieurs composent sur le thème de la vieillesse et de la mort, paradoxalement, un hymne à la vie.



Le dernier recueil d’Odile Caradec, « En belle terre noire » , est composé de poèmes inédits, mais aussi de poèmes repris de divers recueils antérieurs. Avec pour thème, la vieillesse et l’approche de la mort. Rien de moins lugubre que ce livre cependant : Odile Caradec met une telle énergie dans sa plume, son écriture est d’une si belle et franche vitalité, qu’elle semble pouvoir tout dire sans désespérer son lecteur, pris sous le charme de la justesse du ton et des images.
Toujours très présente au monde, aux bêtes familières « étonnées qu’on les aime », à la pluie « merveilleuse », aux arbres « les amis les plus silencieux de la terre », l’âme bien vivante, elle évoque le corps, celui qui ne suit plus toujours, et ce froid qu’on ne laisse pas gagner.

« Couchée dans mon lit dessous ma grosse couette rouge
Je m’apprête à prendre mon vol
Moi, une mortelle, je ne pèse pas lourd dans l’espace et le temps
Cependant mon organisation interne est une merveille
Mon cœur fait entrer en vibration toutes les fibres de mon corps
Quand je me love dans l’infiniment grand
Mon poème s’élargit… »


Partant du concret, de la chair et quelquefois de la douleur, le poème s’élève pour s’achever sur ce vers : « Je suis un vitrail dans la nuit ». La poésie d’Odile Caradec sait comme dans cet exemple balancer du trivial à l’expression puissante de l’inquiétude et du sentiment cosmique, avec simplicité, élégance et humour souvent. « Du joug de la beauté me voici délivrée / j’ai enfin le droit d’avoir un gros ventre / impossible à domestiquer… »
Elle qui chaque matin « câline (son) violoncelle » (elle est musicienne), sait trouver « la chaîne de joie », dans les « joyeusetés de la vie » mais aussi « dans l’obscur, dans le sombre, dans le terreau, les feuilles, le sang noir », sait « cueillir force et joie » alentour des stèles, et attend sans peur de rejoindre « la grande vie cosmique ». Son recueil est d’un bel appétit, une vraie leçon de vie qui s’achève dans l’apothéose d’une crémation. C’est ainsi : « Les poèmes se font du muscle dans la terre des cimetières / en même temps se sont étoiles / tourbillons de matière ».

Je voudrais terminer cette évocation sur un poème que j’aime depuis bien longtemps et que j’avais recopié jadis, « Epitaphe à poète » :

Tu avais un visage dont le masque
Commençait à bouger sur les pages
Tu te décollais de toi-même
On te voyait marcher dans tes poèmes

Tu te penchais sur la lectrice apprivoisée
La rose sur ton poing serré

Faucon de ta vie cette rose


Michel Baglin




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Les mots les plus goûteux (portrait)

« Le sang, cavalier rouge »

« Le ciel, le cœur »

dimanche 22 novembre 2009, par Michel Baglin

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Odile Caradec
« En belle terre noire »
Edition bilingue français/allemand
Illustration de Claudine Goux
Editiosn En Forêt / verlag Im Wald
(Doennihg 6. D 93485 Rimbach
176 pages. 15 euros

Odile Caradec

Née à Brest en 1925, Odile Caradec a passé son enfance à Camaret, où elle a côtoyé Saint-Pol-Roux. Elle a quitté sa Bretagne pour devenir documentaliste pendant de longues années au lycée Camille-Guérin de Poitiers. Elle est également violoncelliste.

Bibliographie

Masses tourbillonnantes, illustrations de Pierre de Chevilly, éd. Océanes, 2007
Chats, dames, étincelles, bilingue français-allemand, illustrations Claudine Goux, éditions en Forêt, 2005
Cymbales lointaines, éditinter, 2003
Silence, volubilis !, éditinter, 2002
Les Moines solaires, Éd. associatives Clapàs, 2002
De création en crémation, éditions L’Amateur, 2001
Chant d’ostéoporose, éditinter, 2000
Bretagne aux étoiles, La Porte, 2000
Vaches, automobiles, violoncelles, avec 32 illustrations couleur, édit. bilingue français-allemand ; traduit par édit.en Forêt, Rimbach, Allemagne.
Jusqu’à la garde, gravures sur bois Alfred Pohl, chez Thomas Reche, Passau, 1997
L’Âge Phosphorescent, Fondamente, 1996
Citron rouge, Le Dé Bleu, 1996, Prix Charles Vildrac de la SGDL, 1996
Santal et clavier pourpre, édit. de L’Arbre à Paroles, 1994
La Nuit, velours côtelé, Le Nadir, 1988
Les Barbes transparentes, Le Dé bleu, 1981
Reprise des vides, édit. Le Verbe et l’Empreinte, 1981
Le Tricorne d’eau douce, chez l’auteur, 1977
Le Collant intégral, édit.St Germain-des-Prés, 1975
À Vélo,immortels, éditions St Germain-des-Prés, 1974
L’Épitaphe évolutive d’un chauve, Fagne, 1972
Potirons sur le toit, Traces,1972
Nef lune, Traces, 1969
Odile Caradec a été retenue dans diverses anthologies et histoires de la poésie contemporaine, dont : "La Poésie du XXe siècle" de Robert Sabatier, tome 3, "L’Érotisme dans la poésie féminine" de Pierre Béarn, Jean-Jacques Pauvert, 1993, "La Fête de la vie", anthologie de poèmes français contemporains, choix et traductions édit. en Forêt, 1992




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