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Max Alhau

« En bref et au jour le jour »

Une double lecture de L. Wasselin et M. Baglin

Yves Perrine s’est spécialisé dans l’édition de minces plaquettes au format réduit : 14,5 x 10 cm environ… Max Alhau vient de publier dans cette collection hors normes « En bref et au jour le jour ».



L’approche héraclitéenne est nette : « Les eaux, le temps, un même courant les emporte auquel nous non plus ne pouvons résister… » qui fait écho au « Jamais deux fois dans le même fleuve tu ne te baigneras » de l’auteur des Fragments… Mais, de façon plus évidente, Max Alhau ressasse à sa façon ses impressions de marcheur car la découverte du paysage est prégnante : « C’est l’autre versant de la montagne, invisible, qui suscite nos espoirs, avive notre imagination : nulle déconvenue dans cette quête impossible » ou « Sois rassuré, la vallée s’ouvre sur une autre vallée et les montagnes alentour ne sont là que pour te protéger ».
Max Alhau est traversé par un questionnement métaphysique de tous les instants : « Pierres, seuls témoins de notre possible éternité » ou « Tu iras jusqu’au terme de ton itinéraire et même au-delà, dans ces zones blanches que consignent les cartes » ou encore « De passage en passage, c’est ainsi que tu auras vécu ». C’est que la marche (la traversée du paysage) et la métaphysique sont intimement liées ! Car la métaphysique naît de notre confrontation à l’infini qui s’incarne dans la nature si diversifiée… C’est une leçon de modestie que véhicule la poésie de Max Alhau : « N’oublie pas que ta durée s’inscrit déjà dans ton absence », leçon d’écriture aussi : « Mais ces mots, trace-les d’abord dans l’air ou à même le vent : ils reviendront vers toi chargés d’encre pour de nouvelles partances ». Derrière la leçon d’écriture se cache une règle de vie : « Ne pas faire allégeance à la peur, s’engouffrer dans les mots comme on boirait une eau fraîche, peut-être est-ce aussi résister, refuser l’innommable ».
Tout cela ne pouvait aller sans une vive liberté d’écriture. D’où cette forme atypique, cet amoncellement de notions, d’impressions, de phrases, de fragments de prose arrachés au réel… Une vie bien remplie (tant par la marche que par l’écriture) : « Ne regrette rien : les sentiers, l’été, un clair matin, les premières neiges et tant d’autres choses : tout cela t’a été accordé et l’oubli fera heureusement le reste », ce qui ne va pas sans un certain air désabusé avec ce « voyageur jamais parti mais revenu de tout ».

Lucien Wasselin


Max Alhau a choisi la brièveté pour s’exprimer ces derniers mois et c’est « En bref et au jour le jour » qu’il a inscrit quotidiennement sur ses tablettes un aphorisme, une note, une pensée, voire une interrogation comme celle-ci : « Une fois à terre, le fruit se souvient-il de l’arbre ? ».
Ce recueil d’observations et de questionnements est publié en un petit livret par « La Porte » (Yves Perrine. 215 rue Moïse Bodhuin. 02000 Laon) au prix de 3.8 euros de livret (abonnement à 6 numéros, 21 euros).
Les paysages, le silence, un certain vertige face au monde et au temps - « N’oublie pas que ta durée s’inscrit déjà dans ton absence » - y sont très présents. La tonalité y est souvent mélancolique : « L’oiseau habite son vol mais sont chant est sa demeure. Nous autre résidons dans notre silence, en contrebas de rêves inachevés. »
Pourtant, il y a toujours un appétit, ou une soif que le désir aiguise : « Ce n’est pas au désert que s’accroit la soif mais aux abords des rivages, auprès des sources qui déversent leur trop-plein d’eau sous le regard halluciné du voyageur ».

Michel Baglin



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samedi 11 juillet 2015

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Max Alhau

Max Alhau est né le 29 décembre 1936 à Paris.
A u cours de son service militaire, il rencontre Gérard Le Gouic).
Reprend des études de lettres à Paris puis à Toulouse, Licence, D.E.S. consacré à Alain Borne sous la direction de Michel Décaudin. C.A.P.E.S. de Lettres modernes.
Il enseigne dans la banlieue parisienne puis au C.N.E.D. de Rennes. En 1982, sous la direction de Michel Décaudin, thèse de doctorat : Gabriel Audisio, un écrivain méditerranéen.
Son temps se partage entre voyages, écriture, traductions de l’espagnol de quelques poètes et participation à plusieurs revues, dont Texture.



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