Michel Baglin

En chansons

C’est par la chanson que m’est venu le goût des mots. A travers Brassens d’abord, qui a bercé mon enfance, Ferré plus tard. Et bien d’autres depuis !

J’évoque ces découvertes et ces émotions dans un livre, « Chemins d’encre », qui a paru chez Rhubarbe éditions en 2009 et vient d’être réédité.



Plusieurs chanteurs m’interprètent

L’alliance de la musique et du texte m’ayant toujours paru relever d’un art achevé et souvent bouleversant, j’ai très tôt tenté d’écrire des « paroles » qui ne se prétendaient pas poèmes, mais tentaient de se prêter à l’alchimie de la mise en musique. Sur certains de ces mots, des notes ont été posées en effet, il y a plus de 40 ans par un ami musicien, Claude Rannou, mais les enregistrements ont été perdus depuis ! Je donne donc quelques uns de ces textes ci-dessous.

En revanche, j’ai eu la chance que Martine Caplanne compose sur deux de ces textes qu’elle a interprétés souvent lors de ses récitals et enregistrés.

Martine Caplanne : "Pour ou contre" et "Dérive"

Martine Caplanne, sur qui un dossier à été réalisé dans Texture (lire l’article ici) a mis superbement en musique René-Guy Cadou (et Hélène Cadou), Supervielle, Guy d’Arcangues, mais aussi Yves Heurté ; (auquel elle a consacré un CD intitulé « Bois de mer »), Jean-Claude Touzeil, Jean-Pierre Metge, Claude Saguet, Jean l’Anselme et quelques autres. On peut écouter les deux textes, transformés en chansons par Martine,en cliquant ci-dessous :

Dérive

MP3 - 2.6 Mo
Dérive
Paroles : Michel Baglin. Musique et chant : Martine Caplanne

Lire ci-dessous le texte de la chanson "Dérive"

Je crois en toi comme aux (...)

Je crois en toi comme aux sourires,
comme un oiseau croit en ses ailes,
mon doux partir, mon revenir,
mon voyage hors des citadelles.
Mon herbe chaude, ma nuitée,
dans les bars où je fais escale,
parmi nos rêves malmenés,
je bois ton verre et ta fringale.
J’ouvre ton corps en ma fenêtre,
tes seins sont nus comme un voilier ;
ils continuent de m’apparaître
quand la marée s’est retirée.
Quand tout bascule et vient sombrer
dans les marais du quotidien,
cet ordinaire emprisonné
entre la mer et la putain,
entre le rire et la méprise,
entre le tank et la poupée,
au lieu commun de la bêtise,
chacun venant s’y abîmer.
Je crois en toi comme en l’émeute
ouvrant des brèches aux possibles,
comme aux audaces qui rameutent
les encres noires de l’indicible.
Ta poésie me fait errant,
en ton amour je suis dérive.
Je crois en toi comme un enfant
croit en ses jeux, qui lui survivent.


Pour ou contre

MP3 - 3.2 Mo
Pour ou contre
Paroles : Michel Baglin. Musique et chant : Martine Caplanne

Voir le clip réalisé par Martine

Lire ci-dessous le texte de la chanson "Pour ou contre"

J’écris pour rendre enfin à (...)

J’écris pour rendre enfin à tous ceux qui l’ont fait,
à ces jeux gouvernés, à ce ghetto des squares,
un vieux gamin fantoche, idiot et dérisoire,
le fantôme entêté d’un clown insatisfait.
J’écris pour tenir tête au silence établi,
pour rallumer des mots éteints par l’habitude
et les garder vivants face à cette hébétude
qui pétrifie le cœur et qui nous désunit.
J’écris pour mieux aimer, poème aux mains tendues,
et j’invite chacun au creux de sa mémoire
à raviver sa soif pour lui donner à boire
à la source ameutée des sensations perdues.
J’écris pour demeurer devant la porte ouverte
et renaître nomade en sachant discerner
en tout feu une escale, en tout lieu un sentier
et en chaque être ému une parole offerte.


Sam Telam : "Cette vie la porter"

Un autre musicien, Sam Telam, m’a fait la surprise de me mettre en musique. Je dis "surprise" car je n’étais pas au courant de son travail sur mon texte et c’est par un courriel qu’il me l’a fait découvrir, alors que je ne l’avais jamais rencontré. Il s’agit d’un poème déjà ancien - il fait partie de « L’Obscur vertige des vivants » publié par le Dé bleu en 1993 - , mais qui a connu un regain de fortune.
Après avoir été repris dans un manuel scolaire au Québec, le voilà qui me revient, par le Net, mis en musique et chanté par Sam Telam. Je suis ravi par cette version musicale, que j’aime beaucoup. La voici :

Cette vie, la porter

MP3 - 5.2 Mo

Lire ci-dessous le texte de la chanson "Cette vie..."

Cette vie, la porter...

Cette vie, la porter
jusqu’à l’incandescence
comme un bouquet fragile
d’étincelles sauvées
dont seul l’éclair fertile
aurait un peu de sens.
La porter comme un feu
au temps des hommes nus,
comme un noyau de braises
à transmettre à tous ceux
qui refont la genèse
en paradis perdu.
Cette vie, l’arpenter
d’un bon pas de marcheur
qui saurait cependant
qu’il peut se dérouter,
qu’il n’est ni lieu ni heure
pour arriver à temps.
L’arpenter ou flâner,
c’est selon la saison,
la manière qu’on a
de chercher l’horizon
et d’accorder son pas
au monde traversé.
Cette vie, l’enchanter
d’un sourire entrevu,
de ces bonheurs fortuits
du passant amusé
et des odeurs cueillies
par hasard dans la rue.
L’enchanter à l’envie,
à petits coups de cœur,
à petits coups de chance,
en quêtant l’âme sœur
ou la clarté d’enfance
dans un regard surpris.
Cette vie, l’inventer
contre l’usure des mots,
les lèvres trop prudentes,
les gestes étriqués
et les rêves falots
qui nous lient dans l’attente.
L’inventer à propos,
puisque le cœur réclame
un peu plus de vertige,
un peu plus d’états d’âme
et que le chant exige
et la langue et la peau.
Cette vie, la jouer
un peu de jazz au ventre
pour panser la blessure
et que l’eau du large entre
délayer la saumure
des sanglots ravalés.
La jouer triomphante,
s’il le fut contre nous
quand la peur nous défait,
mais n’oublier jamais
cet abîme au-dessous
des ailes qu’on s’invente.
Cette vie l’éclairer
à la danse des flammes
sur une hanche nue,
aux feux de camp des femmes,
à l’étoile allumée
sur un visage ému.
L’éclairer d’allégeances
faites à la lumière,
à la terre, à la pluie,
au navire en partance,
à la fontaine claire
comme à l’alcool des nuits.
Cette vie, l’agrandir
par le corps réveillé,
l’infini paysage
qui nourrit le désir
de trouver un passage
et de reprendre pied.
L’agrandir par la mer,
par la vague et par l’aile,
par la voile et le vent.
L’inventer fraternelles
par les yeux grands ouverts
qui nous font plus présents.
Cette vie, la fêter
en allant jusqu’au bout
dans la paix et la fièvre,
ayant su la risquer
en se tenant debout
et la caresse aux lèvres.
La fêter en secret
en lui offrant son temps
et croire désapprendre
la peine et les regrets
en leur abandonnant
les jours tombés en cendre.


Sam Telam : "S’absenter"


Voir la vidéo

Un mot de Sam

"A la lecture du poème " S’absenter" de Michel Baglin (page 36 de son recueil "Un présent qui s’ absente" ) un sentiment de "saudade" s’ est fait jour en moi, avec cet indicible espoir qui fait de la "saudade" des lusophones un remède à la mélancolie tout comme une nourriture spirituelle à partager.
Immédiatement, s’est imposée une forme de musique symphonique commençant par un motif très simple de pizzicati et de contrebasse, une représentation du temps qui s’écoule ? Une clepsydre éphémère destinée à se cacher sous les assauts des bois, des cuivres et de la barcarolle des violoncelles pendant que les violons et alti semblent immobiliser la pensée du poète.

"Habiter l’ici-bas est une lourde tache
Pour qui est en exil dans sa propre maison
Et pour qui a le cœur et la tête en partance
Les pieds foulant le sol, les yeux sur l’horizon" <
br/>

Toutes celles et ceux qui ont cherché et cherchent encore le lopin de terre qui les accueillera pour transmuter leurs peines et sanglots en une vibrante ode à la vie, entendront cet appel à se "re-con-naître", en clair à "naître encore avec" l’Autre.
Voir ci-dessous pour l’écouter.

MP3 - 6 Mo

Lire le texte

S’absenter

1
Qu’on regarde au dehors, le dedans vous reprend.
On voudrait être au monde, on ne sait qu’échapper.
Et tous ceux-là qu’on croise et voudrait arrêter
ont le pas trop rapide et sont pris par l’élan.

Qui parle des lointains évoque une autre vie.
Et c’est pour mieux tromper ce sentiment de n’être
qu’en exil ici-bas, un voyageur peut-être
mais qui ne pèse pas et reste sans appui.

Nous avons des manies de vivants qui s’absentent,
qui pour prendre enfin pied s’accrochent à des leurres
en faisant reculer l’horizon qu’ils s’inventent.

Partir est toujours une façon d’être là,
lever l’ancre encore un rêve de pesanteur,
et c’est pour aller plus loin qu’on ne s’en va pas.

2

Partir est toujours une façon d’être là,
on le sait par les trains, les bateaux et les pas,
le cœur en alarme et le regard accroché
à ce port qui s’éloigne, à l’amarre d’un quai.

Mais rester à demeure est aussi ambigu :
demeurer en rêvant à des pays perdus
au fin fond de l’enfance et de la vie flouée
est un moyen naïf d’encore s’absenter.

On marche comme on s’arrime à la terre, on va
pour appartenir au chemin, trouver sa place
dans le paysage incertain. On tourne en rond

en quête de la présence, d’un gué, d’un pont.
Que l’on s’arrête alors le monde devient plat
et soi-même on se perd en recouvrant ses traces.

3
On marche comme on s’arrime à la terre, on va
pour ne pas s’enliser dans la vase d’un port,
pour ne pas devenir le jouet d’un décor,
s’oublier tout à fait en ne pensant qu’à soi.

La vie est là, l’insaisissable vie, devant.
Faite de faims comblées, de soif et de fontaines,
de fatigue et de sueur dans une journée pleine
qu’on ne saura pourtant habiter qu’en passant.

Du sable entre les doigts, le cœur payant comptant,
et ne pouvant savoir si l’on aura le temps,
on marche comme on s’arrime à la terre, on va

où l’on croit que jamais on ne pourra mourir.
Et l’on mourra quand même en chemin, qui de froid,
qui du mal qu’il portait en soi et croyait fuir.

4

Où l’on croit que jamais on ne pourra mourir
attendent comme ailleurs un ciel trop grand, l’amère
beauté du monde, et l’insaisissable univers
à portée de main, que l’on croit pouvoir saisir.

Mais on ne saisit rien, qu’on le chante ou qu’on prie,
ou qu’on tente d’étreindre avec des mots trop lâches
le terrain qu’en marchant on aura cru conquis.
Habiter l’ici bas est une lourde tâche

pour qui est en exil dans sa propre maison
et pour qui a le cœur et la tête en partance,
les pieds foulant le sol, les yeux sur l’horizon.

Qu’on crée des routes, des œuvres ou des voyages,
on ne connaîtra qu’une incertaine présence
s’ils ne nous mènent pas au cœur du paysage.

5

Qu’on crée des routes, des œuvres ou des voyages
la vie est là, l’insaisissable vie, devant,
jamais atteinte, jamais étreinte, sauvage,
se refusant à nous et promise pourtant.

On l’approche parfois émerveillé d’être ici
dans l’instant d’un amour, un élan d’amitié,
une ville inconnue ouverte à nos envies,
l’harmonie qui sourit quand la note est trouvée.

Mais le présent n’est pas un courant où mouiller
Des projets nous requièrent et des morts nous hantent
bien qu’on veuille être au monde on va lui échapper,

du sable entre les doigts, le cœur payant comptant,
retrouvant les manies du vivant qui s’absente,
qui regarde au dehors, que le dedans reprend.


Alex Bargas : "La star qui passe"

Avec Alex, les choses on été différentes puisqu’il a d’abord composé la musique et me l’a livrée pour que je lui propose un texte. D’autres sont d’ailleurs en préparation, mais pas encore enregistrés.

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Alex Bargas a mis en musique et chante "La star qui passe"

Alex est un sacré musicien, comme on pourra en juger ici, et ne manque pas de swing. Il a composé la musique avec Marc Zmiknovsky. Chant et chœurs : Alex Bargas. Guitares : Marc Zmiknovsky.Arrangements et programmations : David Bergère.


Un clip vidéo vient d’être réalisé (Fenoprod), pour le voir, cliquer ici.

La Star qui passe

MP3 - 2.6 Mo
La Star qui passe
Musique et chant : Alex Bargas

Lire ci-dessous le texte de la chanson "La star qui passe"

La Star qui passe

T’es une star qui a l’cœur en partance et l’envie de bien faire.
C’est chez nous que tu viens soigner ton image et... la misère.
Mais si l’Afrique t’accueille
Comme un frère, comme un ami,
La télé t’a à l’œil, et du coup nous oublie...
Dans tes bagages il y’a de tout, des promesses surtout.
Du riz, des puits, mais toi parti, plus rien ne vient pour nous.
Et l’Afrique, elle, elle attend
Que tu traverses l’écran
Pour apporter l’espoir prends le temps de nous voir.
Ooh T’es la star qui passe, un bout de rêve,
qui n’ remplit pas les estomacs
mais fait tourner les caméras...
Les bras ouverts, l’Afrique en crève.

Pour bien aider faut des mains nues autant que du pognon.
Les ventres creux du monde entier te le répéteront
Que le bon, le meilleur blé
est celui qu’on peut semer.
Ton cinéma nous tue comme la pub te pollue.
Ooh T’es la star qui passe, un bout de rêve,
qui ne remplit pas les estomacs
mais fait tourner les caméras...
Les bras ouverts, l’Afrique en crève.

Bonne étoile, ce s’rait bien,
qu’tu montres le chemin
sur la toile
au micro.
On a besoin d’eau
de dignité aussi,
fais-en donc bon usage.
Comme on a besoin de puits
on a soif de partage.
Ooh T’es la star qui passe, un bout de rêve,
qui ne remplit pas les estomacs
mais fait tourner les caméras...
Les bras ouverts, l’Afrique en crève.


« A table ! » et « Les bouquins » en musique

Jacques Ibanés a mis en musique et chanté de nombreux poètes, de Cadou à Apollinaire en passant par Louise Labé, Norge, Max-Pol Fouchet, Giono, beaucoup d’autres encore et même Camus…
J’ai la chance d’être du nombre avec notamment, « A table ! » , inspiré d’une photographie de Jean Dieuzaide et extrait de mon album « Les Chants du regard » (édition Privat). On peut l’écouter en cliquant ci-dessous.

MP3 - 2.8 Mo
A Table !
Mis en musique et chanté par Jacques Ibanès

lire les textes ci-dessous

A table ! Pas de nappe, (...)

A table !
Pas de nappe, que du bois, du qui râpe sous les doigts.
Pas d’épate, l’ordinaire, c’est deux pattes pour couvert.
L’abattis de poulet est fourbi pour l’effet.
La malice dit merci,
le service est compris.

Dans l’assiette de bon grès, une arête sans apprêt.
C’est rustique et complet, diététique à souhait,
symétrique pour tout dire, esthétique pour finir.
La malice dit merci,
le service est compris.

Dans l’assiette de bon grès, une arête sans apprêt.
Est piteuse la pitance, mais heureuse l’élégance.
Un festin pour les yeux comme un clin d’œil miteux.
La malice dit merci,
le service est compris.

Le banquet ironique est un mets squelettique
composé pour nourrir l’affamé d’un sourire
et l’exclu d’un beau geste de repu pour ses restes.
La malice dit merci,
le service est compris.


Les bouquins

Il chante également « Les bouquins » , qu’il a mis en musique.

MP3 - 3 Mo

Les bouqins Ils sont là, (...)

Les bouqins

Ils sont là, alignés, refermés, cuirassés,
grands auteurs prisonniers, destins étiquetés,
bien reliés, momifiés, cloisonnés par étages,
achevés, bus et lus et relus et hors d’âge...

Ils sont là, en rayons, en cités, locataires
d’HLM, d’étagères, de casiers littéraires,
poussiéreux, consignés, obligés du loisir,
qui s’entassent et s’ennuient pour notre bon plaisir.

Des vies s’y nouent entre les mots
qui à la nôtre font échos,
et dès qu’on ouvre en grand ces livres,
compagnons d’âme et de chevet,
on sait bientôt qu’entre les lignes,
en même temps qu’ils nous délivrent,
ce sont bien eux qui nous devinent
et nous confient tous nos secrets.


Ils sont las des doigts gras, du cœur froid des libraires,
des ciseaux du censeur qui les somme de se taire,
des cent pas tarifés, du tapin des vitrines,
tourniqués, malmenés, livrés à la rapine.

Sans rancune envers nous et sachant nous attendre
pour reprendre vie comme braise sous la cendre
et nous offrir le monde, un monde un peu sorcier
où les pages jamais ne sont vraiment tournées.

Refrain

Bouche trous de l’ennui, amoureux de passage,
coutumiers des nuits blanches, abonnés des voyages,
familiers des bûchers, écorchés des poètes,
ils font aussi salon, sont parfois de la fête.

Bien contents qu’on les vole, bienheureux qu’on les ouvre,
qu’on les dise à la page ou bien qu’on les découvre
avant d’être oubliés et passés au pilon
– cimetière des auteurs, revanche du chiffon.



Jacques Ibanés écrit également et interprète lors de ses récitals, accompagné de sa guitare et de l’accordéon de sa compagne Christiane Barthes, toutes celles et tous ceux qu’il aime, Brassens, Barbara, Brel, B Lapointe, Ferrat, Ferré, Trenet, F. Leclerc, etc. Pour en savoir plus sur ce chanteur-poète généreux, voir ici, ou aller sur son site : ici



« Salut à Rochefort » récité

Ce poème, "Salut à Rochefort", hommage aux poètes de "l’Ecole" de Rochefort, est extrait de mon recueil L’Obscur Vertige des vivants paru au dé bleu en 1994.
Jacques Ibanès, poète, chanteur et ami le récite sur une musique de Christiane Barthès interprétée à l’accordéon. J’ai réalisé la vidéo à partir d’un enregistrement de le lecture et des photos prises à Rochefort où j’étais invité pour des lectures. Ce clip est le premier réalisé par Texture vidéos.

Voir Ici la vidéo

Salut à Rochefort

Salut à Rochefort

C’était une cour de récréation,
une table amie, un verre de blanc.
L’école n’avait aucune leçon
grave ou sentencieuse à faire aux vivants.

Autour de Bouhier et de René-Guy,
Rousselot, Follain, Chaulot, Bérimont,
quelques brancardiers de la poésie
depuis Rochefort ont donné le ton.

On les reconnaît à ce qu’on les croit.
Et depuis ce temps, un peuple d’images
s’accorde à leurs chants, s’ajuste à leurs voix
qui vers le prochain trouvaient un passage.

Ils parlent en nous, poètes présents
qui dirent ce que nous vivons tout bas,
le bonheur inquiet, la peine des gens,
la rime espérée qu’on ne trouve pas.

Ceux-là pourtant, chaleureux et rebelles,
à qui les entend font la courte-échelle
pour franchir les murs dressés en soi-même,
fuir ce qui réduit l’homme au quotidien,

mériter la terre, aller aux fontaines
abreuver de paix les nouveaux matins.

Je pense à Cadou, René-Guy, Hélène,
au maître d’école aux yeux éblouis,
à l’amour qui par les mots se survit
et creuse une absence emplie de poèmes.

Si chacun dans leurs arrière-pays
marche sur sa trace et se reconnaît,
c’est qu’ils ont nos clefs, boivent à nos puits,
raniment nos feux de quelques mots vrais.

Et leurs chants sont à nos chants si fidèles,
leurs pas à nos pas si bien accordés,
qu’on ne sait trop d’eux ou de nous lesquels
inspirent et lesquels sont inspirés.

Leur poème au ventre et le cœur lesté
de soleils anciens, de nuits pressenties,
nous voici comme eux tout entiers livrés
au vertige obscur de tout ce qui vit.

Compagnons secrets de l’exil intime,
dans ce temps présent si peu présentable,
lequel d’entre nous n’aurait grise mine
si ne l’étayaient leurs voix secourables ?

Aussi nu qu’on soit et mendiant l’amour
il nous reste encore à puiser en eux
et si nul ne peut prolonger le jour
qu’au moins leur parole éclaire nos yeux.

Extrait de« L’obscur Vertige des vivants »




D’autres "paroles" qui attendent musique...

Il fut un temps où j’écrivais des "paroles", parce qu’elles me semblaient plus directes - et donc plus "politiques" que des poèmes. En voici quelques unes, dont ce texte intitulé "L’ordre", écrit il y a une trentaine d’années et qui a fait l’objet d’une publication (confidentielle) il y a 20 ans.

L’Ordre

L’ordre...

C’est le mur mitoyen qui cache le voisin,
le sentiment confit quand il a pris le pli.
C’est l’idée nivelée à hauteur de télé
et l’enfant aussi sage que son livre d’images.
C’est la femme éternelle figée dans ses dentelles,
le masculin dressé à parler singulier,
la solitude servie à la croisée des lits
et l’hiver infligé à ma moitié d’été.
C’est la photo qu’on prend croyant flouer le temps,
le mot désenchanté qui meurt dans nos clichés
et la facilité accordée aux idées
qui réchauffent chacun au feu des lieux communs.
L’ordre...
C’est le trop de prudence qu’on oppose à la chance,
la porte refermée au nez de l’étranger
ou la foudre empêchée des émois mesurés.
C’est le monde qui naît dans le dos des benêts
quand ils le qualifient en riant d’utopie
et c’est le ridicule qui tue les incrédules
dès que la foi se veut gardienne du sérieux.
C’est le nom de poète quand on veut qu’il se prête
au jeu des réalistes pour qu’ils le discréditent
le clown qui ne sait pas qu’il est le fou du roi.
C’est le gitan chassé par la crédulité
et les ailes coupées d’un oiseau disgracié.
L’ordre...
C’est la putain giflée par la moralité
ou la virilité quand on frappe un « pédé »
et le vocabulaire quand on a laissé faire.
C’est le cancer qui naît où mordent les regrets
et le bon droit pour soi qui aligne les croix.
C’est la marche en avant par le détour des camps
et la nécessité d’avoir ses fusillés.
C’est la folle impatience à dresser les potences
et le signe de croix en haut du Golgotha
quand la foule en silence accepte la sentence.


Bois de justice

"Bois de justice" est un autre texte "engagé" (voir pourquoi colonne de droite) datant de la même époque.

Bois de justice

Ces gens dont la peur seule nourrit les colères,
dont la haine du métèque rehausse les couleurs,
de quel peuple ont-ils hérité la bannière,
enfants de la révolte ou fils de la Terreur ?
De celui que la fraternité inspira,
qui voulut que le droit fasse égaux les humains
ou de celui qui crut, guillotinant un roi,
que jamais les moyens n’auraient raison des fins ?
A mort ! Le cri résonne comme un refrain de rue,
l’appel qui perpétue en toute légalité
le massacre de l’homme par l’homme justicier.

Depuis, le couperet mille fois est tombé
pour un oui, pour un non, pour l’idée, pour un rien.
Citoyens qu’on ameute au seul mot d’étranger,
citoyens renchéris par la mort d’un vaurien,
ils tremblent pour leurs biens, le sang les innocente.
Pour toute philosophie, ils ont le coup pour coup
et pour mathématique une équation sanglante
qu’en tout lieu et tout temps un bon bourreau résout.
A mort ! Le cri résonne comme un refrain de rue,
l’appel qui perpétue en toute légalité
le massacre de l’homme par l’homme justicier.

Si souvent entre révolte et révolution
s’érigent les bois d’une justice exemplaire.
Et si souvent au nom des bonnes intentions,
les lendemains meilleurs font l’échafaud prospère.
Hier d’aucuns hurlaient contre l’abolition,
il était parmi eux des chrétiens pour aimer
la justice à ce point qu’une grâce tombée
leur parut offenser même un dieu de pardon.
A mort ! Le cri résonne comme un refrain de rue,
l’appel qui perpétue en toute légalité
le massacre de l’homme par l’homme justifié.


Artifices

Artifices

Ce soir la France veille. A la voir on dirait,
en groupes sur les ponts, les mains au parapet,
un peuple de marins saluant une escale
dans un port ébloui par les feux de Bengale.

Une fumée sans feu suffit à l’illusion
d’une foule occupée à sa révolution.
Et tout en s’amusant d’un passé qu’elle pille,
elle incendie la nuit, le dos à la Bastille.

Un prêtre artificier lui fait un arc-en-ciel
qui retombe en bouquets où butiner le miel
de ses jours bienheureux, de sa vie sans histoire
dont elle perd le fil sous des ponts de hasard.

Même si quelques-uns uns au bal font battre encore
l’été quatre-vingt-neuf dans la ferveur des corps,
les Quatorze-Juillet s’éteignent vers minuit
dans le pardon du prince et le confort des lits.

Quelque chose est perdue, comme un sens de l’histoire.
Le citoyen fatigue et ses yeux font miroir
quand il pressent enfin sous le ciel qu’on maquille
qu’il habite la nuit, le cœur en sa Bastille.


L’épouse

L’épouse

Pour cajoler tous ses reflets,
le regard sage des vitrines ;
à sa réserve se devine
le monde clos de ses regrets.

Sur les trottoirs elle dénoue
les petits pas de l’habitude
et pour tromper les certitudes
elle s’invente des marlous.

L’épouse aux yeux pillés,
aux émois asservis,
le femme desservie,
la fête désertée.

Elle s’imagine infidèle,
elle s’invente des amants,
croyant flamber sous leur talent
dans l’anonymat d’un hôtel.

L’amour pour elle est un refrain,
des dons de peurs, des dons de peau
et des chagrins, ces vieux badauds,
frêles vaisseaux dans les bassins.

Refrain

Elle croit savoir déjà l’histoire,
l’amuse cœur, la grande alarme,
les feux de mots, les jeux de larmes
et l’heure de passe sans mémoire.

C’est ce qu’on dit dans les chansons
des cœurs mourants, des cœurs parleurs :
y’a pas d’amour à la hauteur
des derniers feux de l’illusion.

Refrain

Y’a que ce désir incertain
de s’attacher au creux d’un lit
un des passants trop vite enfuis
qui restera sans lendemain.

Comme un badaud les pieds dans l’eau
dans les bassins des vieux chagrins,
son rêve est un homme prochain
qui tourne obstinément le dos.

Refrain

Et quand la crue des rues retombe
c’est à regret qu’elle revient
pour attraper le dernier train
vers sa banlieue du bout du monde.

Alors d’un geste mesuré
elle ramène son manteau
sur le timide bout de peau
qu’aucun homme n’a regardé


Certains poèmes publiés en recueil s’apparentent pour des raisons de métrique à des paroles et je confesse que j’aimerais les entendre mis en musique (avis aux amateurs !). Tel est le cas de cette "Fille-naufrage" issue de Déambulatoire, ou de "Les Escargots" (lire dans la colonne de droite) extraits du recueil-album Les Chants du regard, que j’ai consacré aux photographies de Jean Dieuzaide.

Fille-naufrage

Fille-naufrage Mal dans (...)


Fille-naufrage

Mal dans sa peau ce dilemme délirant,
cette fille dont tu n’atteins jamais le centre.
La chair du rire a couché près d’un ennui géant,
leur enfant ironique lui remonte jusqu’au ventre.
Tu dormais contre un rêve volatil,
recevant des coups d’aile dans la gueule
à veiller cette mort qui se distille
et se fait des enfants toute seule.
Qui te tend son sexe en matière de parole,
où tu cherches à t’y perdre un aveu.
Pas d’aveu. Rien. Pas même cette obole.
Et quand elle jouit c’est déjà un adieu.
Quand elle jouit c’est l’écartelée qui chavire,
c’est la béance d’un trop plein d’éphémère.
Toi tu crois laisser partir un navire
quand c’est un naufrage qui prend la mer.
Et tu la regardes te regardant sans rien dire,
un sourire accroché à la proue d’une détresse.
Ta main qui lui colle au délire
ne connaît plus la géométrie des caresses.
C’est déjà par la mémoire que tu la dessines
quand tu la vois inviolée dans son rêve.
Tu n’es plus là, tu n’es plus là, tu l’imagines
et, las du désir, c’est un souvenir fuyant qui se lève.
Qui se lève et va refermer la porte de l’armoire,
t’affichant sur la glace comme un silence encore.
Rien. Rien. Tu es là sans la voir,
c’est toi qui es resté dans le port.
Et l’enfant qui te fascine, cet enfant solitaire
qui shoote dans la cour sur des cailloux pensifs,
dessinant devant lui d’improbables croisières
qu’il suicide aussitôt sur d’invisibles récifs,
cet enfant que tu vois déchiffrant sa mémoire
et qui fuit dans des marais par trop imaginaires,
c’est le fils qu’elle te donne dans le noir
et que tu garderas pour toi dans tes cimetières.
Elle, elle ne garde rien, ni l’empreinte ni le souvenir.
Ses yeux graves dans les tiens elle s’en va en arrière.
Toi tu crois laisser partir un navire
et c’est un naufrage qui a pris la mer.

Extrait de « Déambulatoire »






mercredi 1er décembre 2010, par Michel Baglin

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Martine Caplanne au service des poètes

Cadou (René-Guy, mais aussi Hélène), Supervielle, Guy d’Arcangues, Yves Heurté, Touzeil et quelques autres... Martine Caplanne depuis des années a mis sa voix, sa création musicale, sa sensibilité et sa générosité au service de la poésie et des poètes. Voilà qui méritait bien un dossier sur le site de Texture ! Réalisé avec d’autant plus de plaisir que Martine est une amie de longue date et à laquelle j’ai consacré plusieurs articles, partiellement repris dans le dossier à découvrir ici.
Ouvrez grand vos oreilles, vous allez entendre la belle voix de Martine Caplanne alliée à celle de poètes contemporains. Veinards !

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Martine Caplanne aime les chats


Bois de justice

« L’Abolition », le téléfilm en deux parties de Jean-Daniel Verhaeghe qui est passé récemment sur France 2 et qui retrace le combat exemplaire de Badinter pour abolir la peine de mort, m’a replongé dans cette atmosphère épouvantable de l’époque où une foule haineuse de bienpensants hurlait « à mort » dans un consensus que les politiques n’osaient pas affronter.

J’étais révulsé face à la bonne conscience ajoutant au crime légal cette petite touche qui fait l’ordre moral tellement attrayant ! C’est à cette époque que j’ai écrit le texte ci-contre, "Bois de justice", pas vraiment poème, plutôt paroles de chanson (jamais mises en musique cependant, ni publiées).

Oui, hier encore « on coupait un homme en deux, vivant », dans le petit matin blême des justiciers. La page, heureusement, est tournée (et pour cela je ne regretterai jamais d’avoir voté Mitterrand en 1981 !), même s’il en est encore pour rêver (doux rêveurs !) d’un retour du couperet vengeur.
Alors, restons vigilants. Car même si l’on pouvait faire abstraction de l’horreur d’une exécution et de son caractère irréparable, il resterait à se battre contre la peine de mort moins pour sauver la mise de quelques assassins, que pour interdire à notre société de se donner le droit de vie et de mort sur ses citoyens.


Les escargots

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"Les escargots" de Jean Dieuzaide

Sur les dents, les escargots
semblent chercher leur chemin,
comme pour aller plus loin,
sur les dents du vieux râteau.


Est-ce la quête de l’eau
qui les a menés si haut,
en buvant leur énergie
sur les rouilles de l’ennui ?

N’est-ce pas plutôt le goût
de changer de vie, de place,
de poursuivre jusqu’au bout
sa folie dans les impasses ?

Sur les dents, les escargots
semblent chercher leur chemin,
comme pour aller plus loin,
sur les dents du vieux râteau.

Qu’importe, ils tendent le cou,
font des pointes de danseurs,
et découvrent tout à coup,
sur les antennes du leurre,

qu’à défaut de l’invisible,
sur un râteau à l’envers,
pourvu de cornes sensibles,
on rencontre la lumière.



Bruno Ruiz chante « l’Alcool des vents »

Pour les 8emes « Rencontres de la Garenne » qui se sont déroulées en septembre 2009 dans le petit village gersois de Montesquiou et dont j’étais l’invité, Bruno Ruiz, qui l’avait mis en musique a dit et chanté avec un beau lyrisme mon « Alcool des vents ». Spectacle qui fut repris par la suite à la Cave Poésie de Toulouse et dont on peut entendre des extraits sur le site des Poètes, sur Radio Occitanie, ici.



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"Chemins d’encre"



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