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Guénane

« En rade 3. Brèves de cale »

Guénane a habitué ses lecteurs au roman, au recueil de poèmes et à la mince plaquette de poésie… Mais elle a habitué ce même lecteur aux voyages (car elle est une grande voyageuse) et à sa chère Bretagne.



Si le nouvel opus de Guénane, « En rade 3 » , sous titré « Brèves de cale », désarçonne par le genre auquel il appartient, il réjouira ses aficionados par l’exploration d’une certaine Bretagne qui se donne à lire.
Quelques mots sur le genre s’imposent. Tout d’abord, ce n’est pas une nouveauté dans l’œuvre de Guénane puisqu’il s’agit du tome 3… Ensuite le sous-titre évoque irrésistiblement les « brèves de comptoir » ; mais le mot comptoir évoque, tout aussi irrésistiblement, le bistrot, le bar dont le « rade » est un synonyme argotique. Tandis que la « cale » désigne le plan incliné, dans un port, qui sert à mettre à l’eau (ou au sec) les bateaux, ainsi qu’à débarquer leurs cargaisons… La cale est donc un lieu très vivant, convivial, à l’image du rade…

La structure de ces brèves est simple : le monde de la cale est fait de blagueurs (coup de griffe de Guénane, en passant, aux bloggers ?), pêcheurs, plaisanciers et passants, bateaux et 4x4. Une certaine forme de vérité et la frime… Les héros principaux sont les deux frères, Loulou et René, auxquels s’ajoutent, épisodiquement, le facteur et quelques anonymes de passage. René et Loulou sont les spécialistes du lapsus, des vannes, des plaisanteries bien grasses, de la langue qui fourche… Et Guénane, qui a l’art de la chute, ne se donne pas le beau rôle : elle se fait toujours (ou presque) moucher par l’un des deux frangins…
On est en Bretagne, la cale est le rendez-vous des professionnels (vrais ou amateurs) de la mer. C’est là que les pêcheurs racontent leurs exploits ou se plaignent de la dureté du métier. C’est une tranche de vie, un document grandeur nature sur la mer, et l’on en apprend de belles, ainsi sur la mue des crustacés ! Mais il y a aussi la page d’histoire qui n’est pas sans faire penser à ce roman (« La guerre secrète ») dans lequel Guénane fait la description du Lorient de son enfance. Une page d’histoire où Guénane apprend au lecteur que les trois villas réquisitionnées par Dönitz (qui y dirigea sa défense de la rade de Lorient et la base de sous-marins nazis de la presqu’île de Keroman) furent construites, en même temps que la cale, par le banquier Auguste Ouizille et portent encore le nom de « château des sardines »… Ce qui n’empêche pas Guénane de faire référence au regretté Jean L’Anselme (qui dynamita une certaine poésie) : « C’est ainsi qu’à force de fréquenter la cale les rires flambent car, comme écrivit mon vieil ami L’Anselme, les sens ça s’enflamme ! » Ce qui prouve que Guénane maîtrise la chute, la brève se terminant sur ces mots selon lesquels les trois villas (construites pour les trois filles d’Ouizille) sont surnommées par les esprits mal-pensants Kérozen (du nom de l’annexe du Cercle Naval qui en occupe le rez-de-chaussée), SP 95 et SP 98 ! Mais s’il y a des jeux de mots faciles à décoder comme « fait cale », il y a des allusions ou des affirmations sur les coutumes des autochtones, sur les spécificités de la pêche ou les discussions tenues sur cette dernière qui restent étrangères et incompréhensibles quand on n’est pas Breton de la côte ! Et ce livre est politiquement incorrect, vu ce qui est bu dans les chapelles : ce qui n’est pas pour me déplaire !

Mais Guénane maîtrise parfaitement le mot de la fin qu’elle renouvelle à la fin de chaque brève. Pour terminer l’une d’entre elles consacrée aux poissons d’élevage ou sauvages, ne fait-elle pas dire à l’un des blagueurs de la cale qui s’adresse à elle : « Vous, votre élevage a été raté mais vous n’êtes pas non plus une sauvage, on ne sait pas où vous mett’ ! ». Ce sera le mot de la fin.

Lucien Wasselin.



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jeudi 28 mai 2015, par Lucien Wasselin

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Guénane :
« En rade 3 » (« Brèves de cale »).

Editions Chemin faisant
(142 pages, 10 €.)



Guénane

Guénane, poète, nouvelliste et romancière, est née à Pontivy, au cœur de la Bretagne, et vit en rade de Lorient. Après des études de lettres à Rennes où elle a enseigné, elle a vécu en Amérique du Sud.
Guénane a publié quatorze recueils aux éditions Rougerie ; de « Résurgences », 1969, à « Un Rendez-vous avec la dune », 2014.
Parallèlement, en poésie, depuis 1999, elle a publié quatorze livrets chez La Porte, principalement sur les îles du Ponant dont huit sur l’île de Groix, mais aussi « Venise ruse », 2012, « L’Approche de Minorque », 2014 et collaboré à des livres d’artiste.
En prose, elle a publié des nouvelles, des récits, des romans : les quatre derniers, Le « Mot de la fin », 2010, « La Guerre secrète », 2011, « Dans la gorge du diable », 2013, « Demain 17 H Copacabana », 2014, sont parus aux éditions Apogée.

Pour découvrir l’intégralité des publications voir sa fiche wikipedia et son site.



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