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Marie Rouanet

« Enfantine » en six nouvelles

Et autres lectures...

En six nouvelles, Marie Rouanet évoque à travers les portraits de gosses malmenés, les cruautés et les duplicités de l’enfance.



Marie Rouanet a exploré et mis en scène, souvent avec gourmandise et une tendresse amusée, le monde de l’enfance. Mais les six nouvelles proposées ici (publiées en 2002 et reprises en Livre de Poche) sont cette fois autant de variations sur la cruauté, dans une narration simple, précise, sans fioritures ni faux-fuyants.
De la gamine rêveuse qui espère de la mort de sa mère une autre vie dans une autre maison et finit, déçue et dépitée, par déclarer « qu’elle est morte pour rien », à l’évocation finale d’une petite fille entrevue dans une brasserie et dont tout donne à penser qu’elle est maltraitée par son père, le monde peint par l’auteur de « Nous les filles » est toujours aussi charnel mais bien plus sombre que celui de nombre d’autres de ses livres. Le secret ténébreux des frères qui s’aiment et s’aliènent ou cet autre secret qui, à travers la « soupe d’épingles », sonne comme un remord chez la narratrice ayant dédaigné l’amitié d’une camarade souffre-douleur, font échos au martyre de trop de gosses dans le monde, qui souvent sont à la fois victimes et bourreaux. Ainsi en va-t-il de ces petits oiseaux dont les enfants s’adonnent en toute innocence à tordre le coup ou des souffrances et de la duplicité de la gamine perdue de « Rousse ». Ils sont autant d’éléments et d’épisodes qui jettent une lumière crue sur ce moment où l’égoïsme de l’adulte en devenir se conjugue avec l’absence de retenue de l’enfant, cet enfant qui répond simplement à la douleur d’être au monde par la souffrance qu’il inflige.

Michel Baglin



Année blanche

Cette « Année blanche » qui donne son titre à ce livre de Marie Rouanet paru chez Albin Michel en 2003 (mais que Marie vient de m’offrir) est celle où la mort frôla le couple qu’elle formait avec Yves Rouquette, celui-ci ayant eu soudain le cœur vacillant. Il ne s’agit pourtant pas d’une chronique de la maladie ni de la convalescence, mais des jours rendus par le fait à la conscience du miracle d’être vivant, même si c’est provisoirement.
Le style de Marie Rouanet excelle à rendre, d’une écriture bien pleine, toute la saveur, et parfois la rugosité, d’être au monde. Et toutes les anecdotes qui s’y rapportent. Cette année fut aussi celle des remémorations, non pas tant dans la nostalgie que dans le vertige. Elle eut en effet dans cette période à visualiser des films portant témoignage de la vie des villages du Languedoc dans la première moitié du XXe siècle et ces visages disparus la font méditer sur le temps, l’identité, comme elle le fait aussi en évoquant la physique et la place de l’homme dans l’univers, et sa prédilection sans ambiguïté pour la poésie du réel. Un régal !

MB



Des femmes

Quand une nouvelle maison d’édition voit le jour, on ne peut que se réjouir et la saluer. Saluons donc « L’art d’en face », une maison associative (7, rue de Varsovie. 11100 Narbonne) qui vient de naître.
Dans le berceau, trois titres, dont « Des femmes » signé Marie Rouanet qui est d’ailleurs la marraine de la maison d’édition et a porté l’aventure sur les fonts baptismaux le dimanche 27 septembre au Château de Rieux-Minervois.
Son livret réunit deux évocations de la vie paysanne, l’aparté des femmes après le repas du dépiquage et une fermière dépeçant un renard en se remémorant ses amours. L’écriture superbe de Marie Rouanet met les sens en éveil et rend avec malice toute la duplicité et la vitalité sensuelle des êtres dont elle raconte les riches heures. De vrais tableaux. A ne pas rater ! (38 pages. 8 euros).

MB



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vendredi 7 décembre 2012, par Michel Baglin

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Marie Rouanet

Marie Rouanet (Maria Roanet), est née en 1936, à Béziers d’un père mécanicien. Après l’École normale, elle écrit ses premiers récits en occitan tout en menant parallèlement une carrière de chanteuse et auteur compositeur en langue d’Oc. Elle devient en 1976 déléguée au patrimoine à la mairie de Béziers. C’est en 1990, qu’elle publie son grand succès, « Nous les filles » , où elle raconte son enfance.
Bien des ouvrages ont paru depuis, toujours remarqués. Notamment « La marche lente des glaciers », une réflexion sur le vieillissement, « Les Enfants du bagne » sur l’enfance maltraitée, ou plus récemment « Luxueuse austérité » . Elle a également consacré de succulents livres à la cuisine dont « Mémoires du gout » .
Elle réside aujourd’hui en Aveyron où elle vécut avec son mari, l’écrivain et poète Yves Rouquette, décédé en janvier 2015.







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