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Philippe Mathy

Entre l’appartenance et l’exil

« Pour peu que nous soyons réceptifs, tout ici-bas nous interpelle, requiert l’attention de nos sens. Mais plus nous sentons, plus nous tentons de vivre notre appartenance, et plus s’insinue en nous l’impression d’être exilés, comme si le monde lui-même nous confiait qu’il n’est pas de ce monde. » Cette ambivalence est au cœur de la poésie de Philippe Mathy. Après les mots de louange de « Un automne au creux des bras », le poète belge célèbre Rome avec « Barque à Rome », son dernier recueil qu’a lu Max Alhau.



« Barque à Rome »


Dans Barque à Rome , le poète Philippe Mathy a rassemblé trois carnets relatifs à différents séjours tant en Algérie, qu’à Rome, dans le cadre de deux résidences d’auteur à l’Academia Belge en juillet 1999 et en juillet 2002. Dans les notes algériennes, Le sable et l’olivier , déjà publiées en 1984, voyons-là comme une suite de petites proses impressionnistes qui sont autant une célébration de la vie qu’une approche du désert et dans lesquelles la réflexions côtoie l’aphorisme. Différents sont les deux autres carnets romains. Dans ceux-ci Philippe Mathy, qui manie l’écriture avec art, transcrit à la fois ses impressions lors de ses promenades dans la Ville éternelle mais encore élargit sa vision par ses réflexions. Il y a d’admirables pages sur des visites de lieux historiques au cours desquelles il communique au lecteur l’émotion ressentie devant telle ou telle œuvre d’art, ainsi des mosaïques de l’église Santa Maria Maggiore, mais parfois Philippe Mathy se laisse aller à la simple évocation d’une promenade et c’est encore l’émotion qui le gagne.
Pourtant il ne peut se détourner de la littérature qui enrichit ses visites. Bien souvent, et surtout au cours du second séjour, des lectures sont là qui l’accompagnent : Yves Bonnefoy, Pascal Quignard et des poètes lyriques anciens comme Tibulle,Properce ou Ovide. Le regard de Philippe Mathy est toujours soutenu par des mots et ce qu’il transcrit dans ces carnets c’est avant tout le désir de saisir les choses autant que les êtres. Parfois il s’attarde sur une passante, ou sur un jardin et bien souvent des propos d’ordre métaphysique prolongent sa vision. Ces notes disent la fugacité du temps que suggèrent ces lieux chargés d’histoire mais transcrivent aussi la mélancolie éprouvée à la suite d’un retour sur des endroits déjà fréquentés. Philippe Mathy s’avance à écrire que « les bonheurs nés de l’inattendu se font plus rares. »
Il faut suivre l’auteur dans ses promenades pour découvrir avec un plaisir toujours constant ces proses issues de regards portés ça et là, de réflexions, de rencontres inattendues. Loin d’être le journal d’un voyageur, ces Carnets sont la traduction d’instants privilégiés qui jamais n’excluent l’émotion, le goût pour les découvertes humaines et esthétiques.

Max Alhau


(« Barque à Rome ». L’herbe qui tremble éd. 186 pages, 15€)



« Un automne au creux des bras »



« Que les mots de la louange naissent en toi les jours de froid, de pluie ou de douleur ; ils te conduiront vers le soleil de la douceur », écrit Philippe Mathy, poète belge, dans son recueil, « Un automne au creux des bras » . Et ce sont bien « les mots de la louange » qui éclairent le plus souvent ces pages. Ne précise t-il pas, un peu plus loin : « J’écris : je cherche un sentier pour atteindre le col, passer dans une autre vallée » ?
En dépit de la mélancolie de l’automne, du « fol éparpillement » d’une vie, du vide qui gagne sous nos pas, la lumière est toujours là, dans un monde traversé à « pas lents », où « tout réclame le feu d’un regard ». Lumière pour enlacer et réchauffer. Lumière de la confiance, peut-être. « Malgré tout écrire encore » figure un peu la devise du poète, avec ce désir : « Aider la beauté à traverser le monde, jusque dans ses laideurs ».
Ainsi en va-t-il encore dans la dernière partie du recueil, « La maison d’absence », consacrée à de vielles pensionnaires achevant leur vie en ayant renoncé à en repriser « le tissu décati », dans un mutisme qui n’est pourtant pas le signe du renoncement. Car « l’âge n’y peut rien : là où persistent les braises, veille une jeunesse assoiffée. »
Ce recueil publié en 2009 par L’herbe qui tremble éd.(25 rue Pradier. 75019 Paris) a obtenu le prix Georges Perros.

(108 pages. 12 euros. ISBN : 978-2-918220-00-8


Michel Baglin



Lire aussi :

Philippe Mathy : DOSSIER
Philippe Mathy : Entre l’appartenance et l’exil. Portrait. (Max Alhau & Michel Baglin) Lire
Philippe Mathy : « Veilleur d’instants » (Michel Baglin) Lire
Philippe Mathy : « Un automne au creux des bras » » (Michel Baglin) Lire
Philippe Mathy : « Sous la robe des saisons » » (Philippe Leuckx & Michel Baglin) Lire & (Jean-Luc Wauthier) Lire
Philippe Mathy : « Les soubresauts du temps » (Philippe Leuckx) Lire
Philippe Mathy : « Barque à Rome » (Max Alhau) Lire



dimanche 13 novembre 2011, par Michel Baglin

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Philippe Mathy

Né à Manono (Congo) le 17 juillet 1956, Philippe Mathy rejoint dès l’âge de 4 ans la Belgique. Il vit son enfance à Saint-Denis (Mons ), petit village entouré de bois et d’étangs. C’est là qu’il rencontre à l’âge de quinze ans le peintre et poète Yvon Vandycke. Celui-ci, visionnaire et tourmenté, lui ouvre les portes de la création contemporaine.
De 1976 à 1980, son père part travailler, habiter en Algérie. Possibilité de plusieurs voyages, expérience du désert. Le premier recueil, « Promesse d’île » salué par une préface de Norge, fut écrit pour une bonne part à Alger.
Mariage en 1980. Enseigne au Collège Notre-Dame de Tournai jusqu’en 2011. Trois filles : Aline (1981), Mathilde (1983), Charlotte (1985). En 1983, achat d’une maison - grand jardin, verger - à Guignies, petit village de la Picardie belge.
Philippe Mathy poursuit son chemin de poète, semé de quelques voyages, de rencontres amicales, et demeure passionné de peinture sans toutefois la pratiquer. Il a créé, en 1987, « Le front aux vitres », une galerie d’art installée dans sa propre maison. Il y a associe, à la présentation des peintures ou des sculptures, des lectures de poèmes accompagnées de musique.



Bibliographie sommaire

Philippe MATHY a publié notamment :
Promesse d’île (poèmes 1975-1978) préface de Norge,
Le sable et l’olivier notes algériennes, préface de J.M.G. Le Clézio, L’atelier des saisons (Cheyne, 1992, 1999),
Monter au monde, (Rougerie, 1994),
Invisible passant préface d’André Schmitz (Tétras Lyre, 1995),
Le temps qui bat (Le Taillis Pré, 1999),
Jardin sous les paupières (idem 2002),
Une eau simple (idem 2005),
Un automne au creux des bras, illustrations d’André Ruelle, (L’herbe qui tremble, 2009 - Prix Georges Perros),
Une barque (Tétras Lyre, 2010),
Barque à Rome, illustrations d’André Ruelle, (L’herbe qui tremble, 2011).

A consulter (SITES WEB)

- http://users.skynet.be/philippe.mathy

- http://lherbequitremble.fr/

« Philippe Mathy est un poète qu’on ne peut lire en dehors de soi. Depuis 1980, lui aussi attire notre regard vers l’infime, l’indéfinissable, le signifiant. L’auteur de « L’atelier des saisons » ou « Debout sur un brin d’herbe » ne cesse de déboucher nos oreilles, de desceller les écailles de nos yeux. Il nous attire, en cette fin d’été, vers ce que nous aimons définir avec lui comme étant non une visite de son jardin mais une Visitation. »

( Luc Norin, La Libre Belgique, vendredi 23 août 2002 )

« Mathy nous invite à parcourir avec lui ce jardin sublimé par l’alchimie poétique, à la recherche non pas du paradis perdu, de la chimère, de l’illusion ou de la rêverie qui parfois console et divertit. Le poète nous convie plutôt à la dépossession, à marcher avec foi vers ce qui nous clarifie, nous dépasse et nous fait exister. »

(Philippe Lekeuche Le Mensuel littéraire et poétique n° 305, octobre 2002 )

« C’est cette voix, « feu d’ombre dans la clarté du jour » que nous entendons immédiatement dans son œuvre. Elle s’approche de nous par « le frisson d’un automne » ou le parfum de cette fleur étrange que fait ouvrir le silence. Car le chant discret de Philippe Mathy tend au silence et continue à vibrer sur ses bords, feu caché dont on ressent la présence alors même qu’il paraît avoir disparu dans la nuit. »

Gérard Bocholier. RBL : 2-4/2009 pages 305-306

« On aura compris que Philippe Mathy laisse aux mots le soin d’éveiller à l’absolu, mais un absolu débarrassé de ses majuscules. A l’heure de la rentrée littéraire - embouteillage de vanités – il est doux de suivre les courbes de l’automne et de se mettre à la table du poète pour se désencombrer du réel, avant de goûter à la simplicité et à la générosité profonde ».

Alain Bertrand



Les lectures
de Max Alhau



Les lectures
de Michel Baglin



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