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Michel Baglin

« Entre les lignes »

Réédition d’un récit sur des trains de vie

Les éditions Le Bruit des autres ont décidé de rééditer mon récit, publié initialement à La Table Ronde (2002), qui m’avait valu de nombreuses critiques favorables et qui était depuis longtemps épuisé. La nouvelle édition bénéficie d’une préface de Didier Pobel.
Jacques Ibanès l’a (re)lu, il en parle ci-dessous.



Michel Baglin est du pays des trains. Dans le soubassement de sa mémoire affective, apparaissent immanquablement les images premières du paradis perdu : celle des cousins de Sartrouville, gardes-barrières de leur état, auxquels il rendait visite deux fois l’an, celle du père et du grand-père « allant chercher à la gare de Joinville le tonneau de vin qu’ils avaient commandé dans le Gard », celle de l’oncle Samuel, lampiste à la Rochelle vivant dans la « luxueuse austérité » d’une maison de bois à trois pas du dépôt SNCF. Là « des machines à vapeur y dormaient, d’autres se gorgeaient sous la manche à eau, d’autres encore, dans leurs voiles de fumées se préparaient à monter haut le pied jusqu’à la gare pour se mettre en tête des convois. »

A cette hoirie, ajoutons un héros du dehors, entré dans la chronique du roman familial : Anselme le mécanicien rebelle « dans un monde où, il est vrai, au temps de la traction vapeur, les mécaniciens appartenaient à une sorte d’aristocratie. »

Ajoutons encore les trains-jouets, réduits à l’échelle HO avec leur matériel roulant « attelant à la queue leu-leu les wagons-lits, les voitures postales, les fourgons » la cohorte d’un espace rêvé, « les maquettes de maisons, les passages à niveau, les répliques d’arbres et les poudres de couleurs permettant de reproduire herbe, ballast et asphalte ».

Ajoutons enfin la découverte, juste avant celle des « mystères de l’univers féminin », des livres qui permettaient toutes les évasions. Particulièrement un ouvrage au titre oublié dont une illustration saisissait le passage d’un train à crémaillère en montagne : « Grâce à l’illustration de mon livre de classe, je sais aujourd’hui que j’ai eu la chance de partager encore cet imaginaire collectif où les trains bringuebalaient à l’aventure, où les bouts de lignes flirtaient avec l’inconnu, l’inexploré. »

Alors, tous les éléments d’une épopée, d’une sorte de chevalerie capable de nourrir les rêves d’une vie sont réunis. Pourra débuter la danse des voies ferrées à la trame complexe comme dans les tableaux de Pollock. On y perçoit les crissements des roues sur les rails, les odeurs d’huile et de mâchefer et les cris des hommes dans la nuit.

Et la danse des lignes d’écriture, à mettre en branle les souvenances d’un temps où les machines, bêtes humaines à la Zola, possédaient une trogne, balisaient leur passage d’un épais nuage de fumée et crachaient des escarbilles à flamber les forêts.

Oui, chez les Baglin, les trains sont vraiment affaire de famille. Le frère a fini par devenir un vrai cheminot et le narrateur lui-même, durant un temps, s’est fait vendeur ambulant sur les lignes de Nice, Genève, Quimper, Hendaye... Vous l’avez forcément croisé un jour, manœuvrant avec difficulté son wagonnet chargé de sandwichs et de boissons, traité quelquefois comme un larbin par certains habitués des « premières ».
Et fini ce livre lumineux de ferveur et de fidélité aux rêves tenaces de l’enfance, vous confronterez forcément le paradis retrouvé de Michel Baglin avec le vôtre : ils se ressemblent un peu.

Jacques Ibanès



Ils en parlent aussi :


Jacqueline Saint-Jean dans Brèves

Lire ou relire « Entre les lignes  » est un régal. Lignes des voies, lignes de fuite, lignes de vie, lignes d’écriture.
C’est d’abord un regard d’enfant subjugué, entre fascination et frayeur, par l’univers des trains, son « terrain d’aventure et de rêve ». Une langue précise et puissante fait revivre ces grosses locos fumantes, « monstres dans le ventre desquels l’air, l’eau et le feu menaient un combat d’enfer », le « tonnerre des machines » et le « rougeoiement des chaudières ». L’enfant curieux apprend à connaître manomètres, leviers, volants, bielles, cylindres, aiguillages, feu aveuglant du « gueulard ». Il observe les gestes, admire les cheminots, chauffeurs, conducteurs, garde-barrières, écoute leurs récits. Plus tard, il travaillera un an dans les trains. Ce gamin à la fois impatient et rêveur, détestant injonctions, brimades et sujétions, épris de sensations fortes et de liberté, et… pressé de sortir de l’enfance, on l’imagine, nez au vent à la portière, des escarbilles dans les yeux, ou le front à la vitre en veilleur d’inconnu. Tout cela ranimé avec nostalgie et distance souriante.
On perçoit peut-être comme une genèse de ce qui deviendra l’univers de l’écrivain, une grande « faim du réel » mêlée au rêve « dont le sens ultime n’est pas de fuir le monde mais d’y prendre pied », le goût des relations humaines chaleureuses, la fidélité aux origines, le besoin conjugué d’un univers circonscrit et de « l’espace vital sauvage ». Monde des trains « comme un poème » dit-il en ouverture, et on suit le fil de l’analogie : territoire d’émotions vives, de réseaux multiples, d’échos, image focale fondatrice de la petite place sous la neige, tissage réel imaginaire, solitude et partage, « chant lancinant des boggies », mythologie personnelle, questionnement sur la vie, l’espace et le temps, sensation de manque et aspiration à la vraie vie, appel de l’ailleurs et du mystère. Comme en poésie …
(revue Brèves n° 107 novembre 2015)

Didier Durandal dans (...)

Didier Durandal dans Chemins de fer
Dans cet essai plein de poésie, l’auteur ressuscite quelques « grandes images » qui ont marqué son enfance, et qui semblent l’avoir longtemps poursuivi. Toutes sont liées, de près ou de loin, au chemin de fer : le séjour chez des amis garde-barrières à Sartrouville, la maison¬nette de bois du lampiste rochelais et la découverte des machines de Bongraine, au bord de l’océan, les mortelles soirées solognotes rachetées par le passage tardif d’un autorail du BA, l’expérience sociale de vendeur ambulant à bord des grands trains des Alpes et de la Côte d’Azur. Ces « retours sur image », contés avec simplicité et fraîcheur, nous rappellent aussi les premiers soucis de l’enfance : le long tunnel que peut représenter l’école après les jours bénis des vacances, l’union des parents qui se lézarde avec le temps. L’auteur, qui au départ nous a tressé un bien joli portrait du « pays des trains » — riche en bonheurs d’écriture — s’interroge à l’arrivée sur cette promesse rare et peut-être rêvée que nous a fait le chemin de fer : partir, aller au bout des rails. « J’ai oublié longtemps que les trains, avant d’arriver, quittaient des gares d’attache. Et que partir n’allait pas sans déchirements, ni sans s’éloigner de soi. » Un précieux petit livre.
Didier Durandal Chemins de fer n°555 décembre 2015

Max Alhau dans Europe (...)

Max Alhau dans Europe
Les lignes dont il est question, ce sont les lignes de ce qu’on appelait naguère le chemin de fer. C’est sa passion, sa nostalgie pour ce moyen de transport que Michel Baglin évoque dans ces pages qui, en dehors de toute chronologie, constituent un retour vers un monde perdu, , celui des locomotives à vapeur, des parcours à vitesse réduite et celui de l’enfance. Avant lui Zola, Valery Larbaud, Jacques Réda, ont mis en valeur l’’univers particulier des trains, des gares. Michel Baglin, dit, dès l’abord, la passion qu’il a vouée, tout enfant, à ces locomotives envers lesquelles il entretenait fascination et peur. Mais il ne se contente pas de célébrer le chemin de fer, il entraîne le lecteur dans un univers désormais révolu qui l’a émerveillé dès son plus jeune âge. Pourtant rien ne le prédisposait à subir cette attirance, rien ni personne, sauf des cousins, gardes-barrières à Sartrouville en région parisienne. Dans ces pages l’écriture du poète fait corps avec « l’esprit d’enfance » qui l’anime, avec un bonheur sans partage autant qu’avec une terreur indicible : « Et le tonnerre des machines dont je vais entrevoir en un éclair le rougeoiement des chaudières, me foudroiera, me laissant interdit sous une retombée d’escarbilles », écrit-il.
Au fil du temps, des étapes dans la vie, l’émerveillement du jeune Michel Baglin ne cesse de croître et les évocations de prendre corps. Il faut comprendre et partager l’engouement de l’enfant en face des monstres que sont les locomotives à vapeur, cette « énorme machinerie d’acier, cette puissance ramassée derrière un groin noir ».
Plus tard les découvertes confirment l’intérêt de Michel Baglin envers le chemin de fer. Il communique sa joie quand un mécano, collègue d’un de ses oncles, lui propose, ainsi qu’a son frère, de monter à bord d’une locomotive et de la faire rouler. Il faut lire ce passage pour découvrir ce qu’est l’émerveillement d’un enfant qui soudain réalise un de ses souhaits les plus chers. Bien d’autres souvenirs, drôles ou émouvants, traversent ce récit qui est une sorte de roman d’apprentissage, celui d’un jeune garçon qui s’adonne au rêve par le biais de la réalité. Des personnages pittoresques, une société où règne la solidarité, c’est aussi ce qui surgit au cours de ce voyage dans le temps : on n’oubliera pas la figure attachante d’Anselme, un mécanicien, sa loyauté, son sens de la justice. Pas davantage le lecteur ne sera insensible à ce jeune garçon un temps exilé en Sologne avec ses parents et qui doit affronter l’hostilité de ses camarades de classe : seul son intérêt pour le chemin de fer lui permettra de surmonter sa tristesse. Devenu adulte, après ses études, Michel Baglin fera une autre expérience du rail : vendeur ambulant, il savourera les haltes « au milieu du faisceau des voies. » mais se heurtera, lors de ses passages dans les wagons, à la suffisance des voyageurs de « première classe », sans que son attirance, sa goût pour le rail soient écornés. Plus tard l’écriture saura rendre compte de ce voyage, de cette traversée du temps qui ne s’opère pas sans crainte ni souffrance.
Entre les lignes, paru en 2002 à la Table Ronde et réédité en 2015, est le récit d’une passion pour un chemin de fer relégué avec nostalgie dans une mémoire toujours prête à resurgir et à témoigner de ce qui n’est plus.
Europe n° 1041-42 janv-fev 2016

Jean Chatard dans A l’Index

Jean Chatard dans A l’Index
Ceux qui ont lu « Lettre de Canfranc », récit publié en 2005 par Rhubarbe, se souviennent de l’attachement que porte Michel Baglin aux gens et aux trains.
Avec « Entre les lignes », Michel Baglin récidive par le biais de l’anecdote à la fois somptueuse et quelque part cruelle. Il explique son amour pour les hommes et pour les trains. A la fois gouleyante et nostalgique, sa passion l’entraîne vers une biographie authentique qui ne triche pas avec la réalité..
L’histoire qui nous est contée ici est sa propre histoire. Les personnes y sont présentes, entières, accueillantes au petit garçon ébloui lorsque l’on lui confie, l’espace d’un instant, la manette d’accélération du train, ou bien encore lorsque s’ouvre devant lui le feu d’enfer qui entraînera la locomotive et ses wagons...
Dix, vingt anecdotes ferroviaires jalonnent ce récit qui n’oublie pas les petits instants fragiles de l’enfance retrouvée mais qui n’oublie pas non plus les instants de bonheur dans une famille simple de beauté vraie. Il y a l’épisode du pied du petit Baglin prisonnier de deux rails et « sauvé » de justesse comme dans un film d’aventures.
Certes, chaque chapitre possède son « noyau » d’émotion et d’intérêt linéaire mais ce qui prime dans cet ouvrage demeure la tendresse, la grande tendresse de Michel Baglin pour ses semblables et pour l’existence-même. Il sait, depuis toujours, que nos contemporains demeurent, malgré tout, nos frères d’amour et d’amitié.
Excellent observateur, fin journaliste, Michel Baglin nous invite au voyage rétrospectif, à l’enfance retrouvée, aux trésors de la mémoire. Et l’on se laisse porter par le plaisir, un plaisir partagé par ceux qui se laissent envahir et savent lire « Entre les lignes ». L’embarquement est immédiat..
Jean Chatard. (« A l’index » n°30.mai 2016)

Philippe-Enrico Attal dans

Philippe-Enrico Attal dans Historail
Michel Baglin n’est pas un amateur de chemins de fer. L’amateur, c’est celui qui y consacre du temps superflu et qui y pense quand le reste n’a plus d’importance. Lui est un amoureux professionnel, un de ceux qui sont nés avec ce petit quelque chose en plus, une sensibilité particulière à l’univers du rail. Dans son ouvrage, Entre les lignes, republié chez Le bruit des autres, il raconte comment dès le plus jeune âge il a reçu rien de moins qu’une « éducation ferroviaire », une ouverture progressive sur un univers entre réel et imaginaire. À chaque étape de sa jeune vie, le rail est là qui se rappelle avec bonheur à son souvenir. À moins que ce ne soit lui qui ne puisse s’empêcher de le voir partout. Bien sûr il y a le train électrique de son enfance comme pour beaucoup de petits garçons de son âge. Mais ses parents visitent aussi les cousins de Sartrouville qui sont en charge du passage à niveau, fascinante responsabilité qui suscite l’admiration et l’envie. Plus tard, c’est la tante de La Rochelle dont le mari Samuel, employé au dépôt vapeur, initie Michel et son jeune frère aux arcanes de son quotidien. Tout est prétexte à venir se frotter à cet univers fascinant qui intrigue autant qu’il attire le petit garçon. L’océan pourtant tout proche est délaissé, n’offrant qu’une pâle figure face aux Pacific et autres monstres de vapeur. Samuel évoque souvent Anselme, la figure emblématique du cheminot, celui qui n’hésite pas défier l’autorité quand elle est incarnée par des imbéciles. Anselme, c’est toute la profession des roulants, nobles et râleurs qui n’hésiteront pas aux heures graves de notre histoire à prendre les armes face à l’occupant. Autant de figures légendaires gravées dans la mémoire de l’enfant qui, devenu adulte, va fréquenter d’autres trains pour simplement gagner sa vie. Cet emploi pourtant peu réjouissant de vendeur ambulant de sandwichs ne l’empêche pas d’apprécier d’être au contact permanent de ces trains qu’il aime tant. La routine et le mépris de certains voyageurs de première classe laissent intact son amour immodéré de ces convois qui s’inscrivent tout naturellement dans le paysage de notre pays.
Philippe-Enrico Attal (Historail 36 janvier 2016)

Christian Scasso dans Le (...)

Christian Scasso dans Le Rail
Le hasard faisant quelquefois bien les choses, la réédition de ce petit ouvrage qu’est « Entre les lignes » de Michel Baglin, permet à tous ceux, dont je suis, qui n’ont pas eu la chance de le lire lors de sa sortie, de découvrir un vrai bijou de la littérature. De prime abord, je m’attendais, en ouvrant ce livre d’un peu plus d’une centaine de pages, à lire pour la énième fois les souvenirs d’un amoureux du rail ou d’un ancien cheminot. Rien de tout cela ici. Michel Baglin est un conteur, doublé d’un philosophe qui se penche sur cet amour immodéré pour les trains découverts dans son enfance. Au fil des chapitres, les souvenirs se succèdent avec une précision due à une maîtrise de la langue et des mots qui entraînent le lecteur dans la mémoire de l’auteur avec un plaisir teinté de nostalgie pour cette jeunesse qui passe comme les trains dans le décor de la vie. Michel Baglin est un couturier de la mémoire, un photographe de l’instantané qui fixe sur le papier des émotions, des mots, des pensées qui ne vous quittent plus. On se surprend alors à avoir envie de partager certains passages avec ses proches, à replonger ici ou là dans certaines pages ou paragraphes particulièrement marquants. Que dire de plus sinon qu’il faut absolument se laisser aller à découvrir cet auteur à nul autre pareil qui transforme les souvenirs, ses souvenirs, en une mélopée de mots, de sons et d’images qui font voyager au-delà des pages. Ces quelques lignes qui achèvent son récit sont le reflet de celles qui les précèdent : « J’ai oublié longtemps que les trains, avant d’arriver, quittaient des gares d’attache. Et que partir n’allait pas sans déchirement, ni sans s’éloigner de soi »…
Christian Scasso. « Le Rail » 13 nov 2015


Une étude
Murielle Compère-Demarcy consacre une étude fouillée à Entre les lignes sur le sire "la Cause littéraire". Voir ici.

Une émission radio
A l’occasion de cette réédition, j’ai été l’invité pour une heure de l’émission « Microscopie » de Jean-Pierre Alaux sur Radio Présence du 22 09 2015. On peut l’écouter en podcast ici (dans recherche, taper « Baglin »).

Lectures au cœur. Odile d’Harnois me consacre un bel article sur son site à découvrir. C’est ici.

Le Rail Christian Scasso parle du livre en amoureux et en spécialiste des trains sur le site de la revue "Le Rail". Lire



Un extrait :

"Ah ! les escarbilles ! Combien de fois ai-je entendu la chanson : « Ne te penche pas à la fenêtre, tu vas recevoir une escarbille » ? Car la fenêtre était mon poste de prédilection et l’observation était évidemment bien meilleure vitre baissée et cheveux dans le vent !

Mais les adultes n’aimaient pas ça : les volutes de fumée rabattues sur les voitures vous faisaient des mines de charbonniers et, surtout, il y avait ces fameuses escarbilles qui prenaient un malin plaisir à vous viser aux yeux… quand elles ne mettaient pas tout bonnement le feu aux forêts traversées.

Les escarbilles étaient l’apanage des locomotives de l’époque héroïque de la traction vapeur, et à ce titre je leur suis redevable de fortes et belles émotions ; mais je leur en veux encore un peu d’avoir été le prétexte à la fermeture des fenêtres, l’alibi d’une multitude de défenses d’approcher…

Je n’ai bien sûr cessé de les entendre invoquer depuis, les escarbilles. Elles font paraît-il des trous dans les chemises des fumeurs comme dans le cœur des amoureux. Étincelles, témoins d’une passion fiévreuse, elles aveuglent les amants comme les gamins curieux. Métaphores des excès de vitalité, elles allient la braise et le vent, mêlant l’ardeur de l’un au lyrisme de l’autre ! Comment ne s’y brûlerait-on pas les ailes ?

« Remonte la vitre ! » C’est au fond toujours une variante du même argument que l’on entend dans les appels à la prudence, les injonctions à ne pas s’intéresser de trop près au centre incandescent de son désir, dans tous ces mots qui vous instillent la crainte de l’enthousiasme ou de l’enivrement – ce triste argument qui n’eut jamais pour ambition que de nous empêcher de dérober le feu. "


A propos de la première édition de "Entre les lignes"


Sur FR3

A Guéthary, sur les quais de la gare, Olivier BARROT (émission "Un livre, un jour" sur France 3 national) présente "Entre les lignes" pour tous les amoureux des trains. Il en lit un extrait.
voir la vidéo en cliquant ici

Ce qu’ils en ont dit

Patrick Besson

Entre les lignes n’est pas un livre sur la cocaïne mais sur les chemins de fer. C’est le vingt-troisième ouvrage de Michel Baglin, qui écrit depuis 1974. Il est temps que vous lisiez ce poète, journaliste à La Dépêche du Midi. Il écrit doucement bien, avec une gourmandise tranquille. Ce prosateur sincère, délicat et subtil ne s’est pas pressé, sauf pour attraper un train - dépêchez-vous quand même de le lire ! Le train, c’est l’enfance. On entre pour la première fois dans une gare derrière des parents, voire des grands-parents. Baglin nous décrit, dans un même élan de nostalgie nervalienne, ses locos et ses vieux. (...) Baglin sera, dans sa jeunesse, vendeur ambulant de boissons et de nourriture à l’intérieur d’un train Corail. Ça nous vaut, dans ce texte teinté de romantisme, quelques bonnes pages prolétariennes. Il hait les passagers de première classe. Il devrait les plaindre au contraire : il n’y a jamais une jolie fille parmi eux. Le train est le seul endroit au monde où les riches sont punis : toutes les jolies filles sont dans l’autre wagon !
Dans tout bon livre doit passer une vie, celle de l’auteur et par conséquent celle du lecteur, la morale étant bien sûr que nous avons tous la même vie. Baglin écrit à notre place ce que nous savons sur le train. Entre les lignes procure ce petit enchantement printanier qui consiste à découvrir encore, après trente-cinq ans de lectures, un écrivain qu’on ne connaissait pas et qu’on aimera toute la vie. C’est donc quand même un peu de la cocaïne !

Patrick Besson (Le Figaro littéraire)

Olivier Barrot.

Si comme moi vous aimez les trains, ce petit livre d’amour est pour vous. Personne depuis Cendrars et Larbaud n’avait aussi bien évoqué les paysages défilant à travers la fenêtre, le son si rassurant des roues sur les rails, les locos fumantes, les tortillards comme les TGV.

Olivier Barrot. ( Télé 7 jours)

Pierre Perrin

Voilà un petit livre parmi les plus charmants. Le titre déjà faufile son mystère. À l’évidence, le double sens fait se croiser le destin et la couleur de l’encre. La mémoire ouvre l’avenir. Non seulement ce titre, aérien autant que terrestre, condense le départ et l’arrivée, mais l’ouvrage entier participe pleinement de la métaphysique, car les livres comme les trains proposent « de longs saluts aux sédentaires ». Ces derniers, que nous croyons incarner, partent aussi. La différence est que ceux qui conduisent les machines, un jour, ne reviennent plus. Les livres sont nos voies que d’autres empruntent par moments - nul ne sait jamais où ni jusqu’à quand. L’obsolescence est tout notre avenir.
C’est toutefois un des charmes de ce livre de modeste dimension que de ne pas peser. Non pas que Michel Baglin cultive trop modérément la mélancolie, mais il a cette délicatesse de considérer « ses petites écritures ». Cette modestie foncière est une garantie d’honnêteté. Ce que le poète des Mains nues [L’Âge d’homme] et de l’Obscur Vertige des vivants [le Dé bleu] propose, c’est rien moins que de revisiter sa jeunesse. Il ne se berce d’aucun passéisme ; au contraire, les anecdotes rapportées sont aussitôt transcendées. Ainsi celle, très belle, de la « place sous la neige » illustre-t-elle à ses propres yeux un « improbable Graal du voyage immobile ».
C’est ainsi que le fruit de l’expérience, sous le couvert d’un bref tournage dans le wagon des premières classes, témoigne d’une très ancienne et toujours vivace acuité sur la nature humaine. Voilà un petit livre propre, net, et qui remplit le lecteur d’un sentiment trop peu fréquent : la gratitude.

Pierre Perrin. (L’Autre Sud)

Jérôme Garcin.

Article de Garcin dans l'ObsDans un livre émouvant et juste, le poète Michel Baglin paie sa dette aux chemins de fer qui, dans un sifflement de western, ont traversé son enfance. Chaque année, il allait passer quelques jours chez ses cousins, gardes-barrière à Sartrouville. Le petit Michel a connu dans leur maisonnette ballottée par les galops machinaux des moments d’ivresse, un mélange de terreur et de fascination et d’inoubliables nuits blanches, voyageuses.
Près de La Rochelle, où se déroulaient ses vacances d’été, il préférait aux bains de mer la fréquentation sous abri des « bisons d’acier », dans un dépôt de la SNCF où travaillait un de ses oncles, lampiste de son état. Il admirait les manœuvres du pont tournant, montait avec émotion dans les locomotives, observait le chauffeur nettoyer la chaudière avec du suif et ouvrir le gueulard, revenait plein de taches d’huile et de cambouis. Il doit son plus beau souvenir au mécano qui l’a laissé un jour conduire, sur quelques mètres, une Pacific. La nuit suivante fut rythmée, dans un rêve qui n’en finit toujours pas, par la musique métallique du dépôt, « les fumerolles enveloppant les locomotives au pied des tours à charbon, la silhouette des hommes en bleu de chauffe peaufinant les graissages devant des roues plus grandes qu’eux, les tourbillons de vapeur mouillant les fosses à piquer, les éclats huileux des bielles sous les falots et les lampes tempêtes accrochées à la grue hydraulique ».
Cheminot contrarié, Michel Baglin, avant de devenir journaliste, a tout de même travaillé dans des trains, au titre de vendeur ambulant. De la manière, hautaine, impérieuse et grimaçante, dont les voyageurs de première classe achetaient un jambon-beurre, alors que les clients de seconde fêtaient l’apparition de sa livrée et l’arrivée de son chariot avec une gourmandise ostentatoire, l’écrivain a tiré un manière de morale provisoire sur la France d’en bas et la France d’en haut ainsi qu’un philosophie de la vie dont le prédicat serait « Mordre dans un sandwich quand on a faim. »

Jérôme Garcin. Le Nouvel Observateur. 13-19 juin 2002

Christophe Henning

Entre les lignes, il y a de la poésie et de l’intimité. Au gré de ses pérégrinations ferro­viaires, Michel Baglin partage ses impressions de voyage et ses souvenirs d’enfance. Pen­sées, livrées le long des voies, au train d’une médita­tion sensible et paisible. « Chaque train qui passait me semblait un monde clos et insaisissable, d’autant plus fascinant qu’il empor­tait son mystère », souligne l’observateur.
Mais il ne s’est pas con­tenté de regarder passer les trains : certains l’ont em­mené très loin. D’autres ont animé ses rêves d’enfant. (...) « Au bout des rails, au bout du compte, c’est le monde que j’attendais. » Au fil des impressions, les mots restituent des images fortes, évocatrices, vérita­bles invitations au voyage. Un itinéraire contagieux et envoûtant : « Je fus per­suadé que la vraie vie est partout où l’on est libre d’al­ler et de repartir. Partout ou le train accède. »

Christophe Henning. (La Voix du Nord)

Christian Authier

« Je me suis toujours senti une dette envers les trains » annonce Michel Baglin dans son dernier livre Entre les lignes. Ce récit en forme de voyage dans « les ter­ritoires de l’enfance » est une manière d’autobiographie prenant la passion pour les trains à la fois comme point d’ancrage et comme ligne de fuite. Le « pays des trains », cé­lébré par l’écrivain, révèle ici une géographie sentimentale et sans doute la naissance d’une vocation mariant « l’ap­proche des microcosmes et le recul du regard en­globant, la création et la contemplation, le souci de la réalité et le recours à l’imaginaire. » Jeux d’enfants, souvenirs de cheminots, découverte de ces étranges machines : Entre les lignes emprunte des voies intimes pour évoquer des aspirations universelles. Mais les promesses de départ et d’ou­verture au monde charriées par les trains portent aussi le désenchantement des adieux à l’enfance : « J’avais rêvé d’horizons nouveaux dans la maison des cousins gardes-barrières, bien au chaud dans l’hiver et la paix amicale, et fidèle à l’iconographie de mon enfance, j’ai oublié que les trains, avant d’arriver, quittaient des gares d’attache. Et que partir n’allait pas sans déchirements, ni sans s’éloi­gner de soi. » Avec une écriture sensible, Michel Baglin distille par petites touches la mélancolie propre à ceux qui se sont dit à l’instar d’Antoine Blondin, « Un jour, nous prendrons des trains qui partent. »

Christian Authier. (L’Opinion indépendante)

Marie-Louise Roubaud

Michel Baglin est un poète dis­cret, qui éprouve à l’égard des mots une nécessaire prudence. C’est dire qu’il n’a garde d’en épuiser la saveur et de les manier à tort et à travers au prétexte qu’il est doué pour ça. Sa prose est d’une approche facile, elle vous embarque à sa suite sans qu’on y prenne garde, et c’est bien le moins qu’il puisse faire pour un petit livre qui n’a d’autre ambi­tion que de mieux nous faire sen­tir, voir, respirer ce que les trains changent dans notre perception du monde.
Ce livre nous donne des yeux neufs, ce qui - on en convien­dra - n’est pas donné à tous. D’abord, il y a un charme évi­dent au balancement de ses phra­ses qui nous ouvrent la porte des rêves. On ne ressort pas de ces pages comme on y est entré. Il y a du réalisme magique dans le ton, dans la manière de raconter très précisément, très minutieusement les décors des gares traver­sées, un décor banal transfiguré par le regard d’un adulte qui se souvient de l’enfant qu’il était... Le pays des trains, le chant des trains qui promettent la mer, ont accompagné cette enfance rê­vant de liberté. C’est à cet âge-là que l’auteur apprend que les li­gnes parallèles des chemins de fer sont le signe d’une solidarité dans une immensité... Car la vue des adolescents est perçante, elle ne s’arrête pas à la surface des choses. Elle est à la fois frémis­sante de l’envie du futur et en même temps elle se conforte de son immobilisme présent, à l’abri des dangers du monde. L’image consolatrice d’une pla­ce qui s’endort la nuit sous la nei­ge court le long de ces pages où l’on pense fugacement à des images brèves d’Amarcord de Fellini.
Réhabilitation de la poésie ferro­viaire qui aide à prendre pied dans le monde, et réhabilitation des métiers du train, du cheminot aux mains rongées par les huiles et les graisses, au serveur en proie au mépris des premières classes, tout le livre bascule constamment, savamment et de manière drôle entre la descrip­tion du rêve et du réel, entre l’onirisme et le social : « Il au­rait fallu savoir aussi descendre des trains. Pour aller chercher le monde qui, comme chacun sait, se trouve entre les lignes. Mais je devais d’abord gagner ma vie. » Distance est prise cependant dans ce questionnement inces­sant des images de l’enfance, ces images dont Albert Camus di­saient qu’elles n’étaient pas plus de deux à trois qui marquent du­rablement notre vie... Voilà en tout cas un petit livre en forme de bréviaire qui nous marquera lui aussi durablement.

Marie-Louise Roubaud

Christian Laborde

Pour prendre le train, lisez Mi­chel Baglin. Entre les lignes est un livre nostalgique et délicieux, le livre d’un amant des lignes, des passages à niveau et de ses locomotives. Si l’on demande à Baglin : « De quel pays êtes-vous ? » il répondra : « Je suis du pays des trains. » Un pays qu’il connaît comme sa poche et qu’habitent des personnages que nous n’oublierons plus. Les lam­pistes ont le beau rôle « Je n’ai pas aimé l’école, mais j’aimais déjà les livres, qui m’aidaient à m’en éva­der », note Baglin qui se souvient d’un livre de lecture dont la cou­verture s’ornait d’un dessin repré­sentant un « train à crémaillère ». Un train qui gommait « les murs noirs ». Il est heureux, Baglin, dans les trains, comme nous dans les pages de son livre.

Christian Laborde. (Le Figaro Magazine)

Didier Pobel

Voici, pour l’été, un petit livre qui devrait trouver sa place dans le sac ou la poche, à côté d’un mouchoir, d’un couteau, d’un briquet, d’un peu de monnaie, sinon de quelques miettes de pain ou de poussières d’étoiles. Compagnon idéal d’un voyage à pied, à cheval ou en chimères, c’est encore dans le train, cependant, qu’il accomplit le plus justement son rôle.
L’auteur s’appelle Michel Baglin. Il vit à Toulouse où il est journaliste à La Dépêche du Midi et auteur déjà d’une vingtaine de brefs ouvrages, parmi lesquels des ensembles de nouvelles, des romans, des essais et des recueils de poèmes comme Déambulatoire (1974) ou Les Mains nues qui lui a permis d’obtenir, en 1988, le prix Max-Pol Fouchet. C’est dire s’il sait à quel point il n’existe pas de voie toute tracée des mots. C’est dire s’il connaît tout ce qui peut joncher le ballast du langage. C’est dire également s’il mesure à sa vraie proportion tout ce qui vit Entre les lignes. Tel est, d’ailleurs, tiens !, le titre de son dernier-né, un bouquin d’un for­mat guère plus large qu’un billet SNCF et riche d’abord du chatoie­ment sépia d’un temps où, pour un gosse rêveur accoudé aux barrières, « chaque train qui passait sem­blait alors un monde clos et insaisis­sable, d’autant plus fascinant qu’il emportait son mystère. »
Michel Baglin, dont l’évocation ferro­viaire fait songer souvent à La Micheline, le beau récit de Patrick Drevet paru en 1990 dans la collection Haute Enfance de Gallimard, s’émeut à son tour de la résurgence d’engins anach­roniques traînant « derrière eux une lanterne rouge qui est comme la gardienne des nostalgies ». Il restitue « les sifflements lointains (...) qui dans les romans de gare, déchi­rent la nuit ».
Il retrouve le tintement de la sonne­rie dans la maisonnette des cousins garde-barrières de Sartrouville tour­nant la manivelle comme pour mieux préparer à la « formidable gifle de vent, de chaleur et de bruit, suivie (du) grondement effrayant de bog­gies, qui (...) laissait abasourdi. »
Il y a des escarbilles dans ces pages, des vieux quais où commencent « l’infini des rails et le vertige des enfants immobiles », « des foules qui tirent leurs bagages, des voyageurs qui cherchent leur chemin » et, dans la rémanence de quelque lointaine « nuit des triages, des ordres brefs, des chocs sourds et des types qui courent entre les voies pour poser les sabots. » Il y a surtout une multitude de souvenirs de prime jeunesse et d’apprentissage d’un monde grinçant comme un essieu mal huilé , qui se croisent dans ce récit et dont Baglin sait se faire le subtil aiguilleur, mêlant l’image enfouie des monstres d’acier qui, tout à la fois, ravissaient et épouvantaient, et celle des modèles réduits au 1/45 devant lesquels rêvaient tous les mômes de cette drôle d’époque où les matières plastiques commençaient à détrôner la ferblanterie des ancêtres. Michel Baglin est de la race migra­toire et indolente des Larbaud et des Réda. Il est tout ensemble ce guetteur de l’ « improbable Graal du voyage immobile » et l’homme « frus­tré à chaque voyage de n’avoir pas foulé du pied l’herbe rase des al­pages, d’être en somme, et une fois encore, passé à côté du réel qui (l’)appelait. »
Un conseil, alors, pour les semaines à venir : ne ratez pas le Baglin. Ses considérations Entre les lignes exer­cent sur le lecteur l’espèce de pou­voir consolateur qu’avait jadis sur le narrateur « l’intimité des comparti­ments à peine devinée » chaque fois qu’un express disparaissait à l’hori­zon. Jusqu’à cet aveu final qui fonce en grinçant dans la nuit des souvenirs : « Car au bout des rails, au bout du compte, c’est le monde que j’at­tendais ».

Didier Pobel (Le Dauphiné Libéré)


Philippe Leuckx

Un fou de chemin de fer, de voies, de chemins de fer électriques perfection-nés... Sans doute, au sens d’une passion irrépressible, qui vous vient d’enfance.
Une manière de raconter la vie de ses proches, son frère, ses parents, les amis de ceux-ci toujours par le biais d’une gare, d’une barrière à surveiller, de locos à soi-gner, de voies...
Michel Baglin, que les récents « Chemins d’encre » (2009) et « L’alcool des vents » (2010) font connaître pour son « métier d’écrire » et son lyrisme où il « rend grâce » à tous ses domaines de prédilection, est le type d’auteur à nouer entre les époques des aiguillages inédits.
Le voilà bien entrepris quand il songe à se donner, passé la cinquantaine, de petites gares et des lignes comme étapes d’une initiation qui remonte loin.
Ce qu’on retire de cette lecture de « Entre les lignes », tout à la fois référence aux vapeurs, aux caténaires, aux rails, et aussi à l’écriture même de ce récit fervent, c’est un bout d’histoire familière, époque bénie où les gens aimaient encore se re-trouver pour un petit verre de blanc, casser la croûte ensemble, rire franchement entre deux plats. Un peu le monde d’Hardellet, des zincs, de la banlieue féconde.
Les lieux défilent à la vitesse des trains : le petit Parisien que fut Baglin a fait la connaissance de la province, du sud, et ses souvenirs sont riches : les années cin-quante pourvoyeuses d’expériences, sensibles aux codes. Ainsi, cet épisode où un machiniste se fait tancer par un jeune petit chef pour excès de fumée en pleine gare, alors que son expérience n’est plus à prouver, qui prend une amende mais évite, grâce à sa réputation, le blâme !
Tant d’autres épisodes seraient à citer. Du reste, l’écriture fluide, nerveuse re-laie bien le mouvement des trains, c’est le sens du voyage, c’est le goût des ailleurs qui nous happe.
Ce beau récit initiatique reconstitue non seulement une époque, il explicite une conscience littéraire, née littéralement « entre les lignes » de chemin de fer !



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Michel Baglin : Les récits et les nouvelles

Michel Baglin : Les romans

Michel Baglin : Les recueils poétiques



samedi 30 avril 2016

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Récits d’enfance et d’initiation ayant les trains pour personnage central, c’est à coup sûr, de tous mes livres, celui qui a reçu la meilleure critique : le feuilleton de Patrick Besson dans le Figaro, un long article de Jérôme Garcin dans le Nouvel Obs, la télé (Un jour un livre), Claude Villers sur France inter deux dimanches de suite, Le Masque et la Plume, des têtes de page dans la presse régionale et les revues ! Il faut croire que les trains et l’enfance donnent un cocktail apprécié…



Je me suis toujours senti une dette envers les trains. Que ce soit un autorail ou un rapide, ils viennent l’un et l’autre des territoires de l’enfance et traînent derrière eux une lanterne rouge qui est la gardienne des nostalgies. Enfant, j’ai rêvé devant ces monstres fumants et les rails qui sont autant de lignes de fuite. Voici donc le chant des trains, celui miniature et ludique du modélisme ferroviaire, celui des grandes personnes qui ne partent, en fin de compte, jamais. Celui qui est aussi un des visages de la passion du monde de l’écrivain, un peu la métaphore de ses petites écritures…

« Le chant des trains ne s’épuise pas. Là où pour d’autres, tout n’est que désordre apparent, croisements aveugles ou, au mieux, désir agacé de prendre le large, je devine un arrière-pays. Des préparatifs dans le fond des dépôts, des veilles dans les postes d’aiguillages. Dans la nuit des triages, des ordres brefs, des chocs sourds et des types qui courent entre les voies pour poser les sabots. Tout un relais d’hommes et de machines. Tout un réseau balisé de feux, longé de vieilles barrières en ciment rongées de lichens… »



Michel Baglin : « Entre les lignes »
Préface de Didier Pobel. Le Bruit des autres éd.
(120 pages. 10 euros. ISBN 978-2-35652-1118-7)
On peut le commander en librairie, chez l’éditeur ou à mon adresse (+ 2.50 euros de port) : 6, impasse de la Garonnette. 31840 Seilh.



Ce prosateur sincère, délicat et subtil ne s’est pas pressé, sauf pour attraper un train - dépêchez-vous quand même de le lire ! (...) Baglin écrit à notre place ce que nous savons sur le train. Entre les lignes procure ce petit enchantement printanier qui consiste à découvrir encore, après trente-cinq ans de lectures, un écrivain qu’on ne connaissait pas et qu’on aimera toute la vie. C’est donc quand même un peu de la cocaïne !

Patrick Besson

Dans un livre émouvant et juste, le poète Michel Baglin paie sa dette aux chemins de fer qui, dans un sifflement de western, ont traversé son enfance.

Jérôme Garcin.

Si comme moi vous aimez les trains, ce petit livre d’amour est pour vous. Personne depuis Cendrars et Larbaud n’avait aussi bien évoqué les paysages défilant à travers la fenêtre, le son si rassurant des roues sur les rails, les locos fumantes, les tortillards comme les TGV.

Olivier Barrot

Voilà un petit livre propre, net, et qui remplit le lecteur d’un sentiment trop peu fréquent : la gratitude.

Pierre Perrin.

Pour prendre le train, lisez Mi­chel Baglin. Entre les lignes est un livre nostalgique et délicieux, le livre d’un amant des lignes, des passages à niveau et de ses locomotives.

Christian Laborde.

Un conseil, alors, pour les semaines à venir : ne ratez pas le Baglin. Ses considérations "Entre les lignes" exer­cent sur le lecteur l’espèce de pou­voir consolateur qu’avait jadis sur le narrateur « l’intimité des comparti­ments à peine devinée » chaque fois qu’un express disparaissait à l’hori­zon. Jusqu’à cet aveu final qui fonce en grinçant dans la nuit des souvenirs : « Car au bout des rails, au bout du compte, c’est le monde que j’at­tendais ».

Didier Pobel



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