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Andrée Chedid

« Épreuves du vivant »

Andrée Chedid est décédée le 6 février 2011 à Paris. Je reprends ci-dessous un article publié dans « La Dépêche du Midi » en 1983, au sujet d’un de ses recueils, que j’avais particulièrement aimé.



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Andrée Chédid par Sophie Bassouls

Romancière et auteur dramatique, Andrée Chedid a écrit une œuvre poétique importante, dont l’un des titres, « Fraternité de la parole » pourrait fournir la clef.
Cette revendication des « pouvoirs de partage » du poème est, d’ailleurs réaffirmée, plus que jamais peut-être, dans son dernier recueil, « Épreuves du vivant » (poésie, Flammarion). Bien que concis et très maîtrisé, le poème y demeure proche de la parole, destinée à l’échange immédiat, parce qu’il se préoccupe moins de durer que de donner, d’avancer : Chaque poème n’est qu’une tentative, une ébauche, un tâtonnement. Chaque texte avance sans protection, sans certitude, nous gardant assoiffés, du texte à venir. D’où le titre d’« Épreuves » qu’il faut prendre dans ses multiples acceptions : le mot « épreuves » tient du chantier, de la tentative, ce qui n’exclut pas l’élan, mais « le parfait et le renouvelle ».
On le voit, la poésie d’André Chedid se cherche dans une perspective résolument dynamique. Et ce n’est pas un hasard si elle évoque ces premiers hommes qui « dessinaient chiffres et signes sur la table des poussières. Inscrivant, avec leurs paumes, retraçant de nouveau sur la surface des sables, ils poussaient leurs découvertes, leurs expériences plus loin. »
De la même manière, chaque poème se veut ici une approche (épreuves du matin, épreuves du temps, etc.), qui ne se prétend pas définitive mais propose une avancée dans « les remous et le rébus de la vie ». Les textes sont brefs, les images justes, comme autant d’éclaircies, de percées vers « un sens qui réduit on ne sait quelle obscurité ». Une poésie aiguë et pénétrante qui tente de « racheter l’obscur », ces « nœuds de l’ombre dissous par la parole », qui croit en ses pouvoirs et qui, par son humilité même (« C’est le faire, le défaire, vie même, qui m’importent »), « ouvre passage à l’avenir ».

Michel BAGLIN
Article paru dans « La Dépêche du Midi Magazine » le 23 octobre 1983



Lire aussi :

Quand l’autre est notre horizon, entretien de Jean-Pierre Siméon avec Françoise Siri à propos d’Andrée Chedid



, par Michel Baglin

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Andrée Chedid,

Née le 20 mars 1920 au Caire, en Égypte donc mais d’origine syro-libanaise, décédée le 6 février 2011 à Paris, Andrée Chedid, est poète, nouvelliste, dramaturge et romancière. En 1942, elle est partie vivre au Liban avec son mari et a publié l’année suivante un premier recueil de poèmes en anglais. Elle écrira par la suite en français. Elle s’est installée à Paris dès 1946 et a pris la nationalité française.
Toute son œuvre, enrichie de son multiculturalisme, est une approche sensible et sensuelle de la vie, célébrée dans une belle langue fluide.
Ses nombreux ouvrages lui ont valu le Goncourt de la nouvelle, celui de poésie et le Prix Louise Labé.
Elle est la mère de Louis Chedid et la grand-mère de Matthieu Chedid.

Poèmes

Depuis 1969
Au coeur du coeur, anthologie de poèmes d’A. chedid préfacée par Jean-Pierre Siméon et Matthieu Chedid, Librio, 2010
Vitesse de la lumière, les éditions de l’Amandier, 2006
Rythmes, Gallimard, 2003
Lettres à la jeunesse, dix poètes parlent de l’espoir, co-édition Librio / Le Printemps des poètes, 2003
Territoires du souffle, éditions Flammarion, 1999
Par-delà les mots, Flammarion, Paris, 1995
La grammaire en fête, éditions Père Castor Flammarion, 1993
Poèmes pour un texte, éditions Flammarion, Paris, 1991
Épreuves du vivant, Paris, Flammarion, 1983
Textes pour un poème, éditions Flammarion, Paris, 1987.
Cavernes et Soleils, éditions Flammarion, Paris, 1979.
Fraternité de la parole, éditions Flammarion, Paris, 1975.
Fêtes et Lubies, éditions Flammarion, Paris, 1973.



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