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Joan-Maria Petit

« Erbari – Herbier »

Jean-Marie Petit / Joan-Maria Petit, est l’auteur d’une œuvre importante en occitan, tour à tour légère et cruelle. Après un long silence de 25 ans, son œuvre connaît une renaissance à partir de 2005 avec six parutions bilingues. Georges Cathalo apprécie et en parle ici.



Il est d’immenses auteurs de langue occitane que n’effleurent pas les vagues de l’actualité et de la notoriété. Grands écrivains, penseurs et poètes (Jean Boudou, Félix Castan ou Bernard Manciet par exemple), leurs œuvres, même traduites, n’ont pas la reconnaissance qu’elles auraient eu immanquablement si elles avaient été écrites directement en français. Parmi les poètes vivants, on pourrait citer Roland Pecout, Serge Bec ou Philippe Gardy, mais il en est un qui occupe une place originale, c’est Jean-Marie Petit.
Issu d’une famille de vignerons, il est né en 1941. Ses origines campagnardes vont le marquer tant dans son éducation que dans ses choix personnels. Après de brillantes études, il s’est spécialisé dans l’oralité occitane dont il va devenir la principale référence universitaire en tant qu’ethnographe ou dialectologue. Quant à son œuvre poétique, elle peut se répartir en deux grands volets : une dizaine d’années fiévreuses et militantes (1970/1980), et puis, après un long silence de 25 ans, une renaissance à partir de 2005 avec six parutions bilingues aux éditions Letras d’òc et Jorn.

Entre tendresse et cruauté

La forme poétique préférée de Jean-Marie Petit est le poème court, dense et direct, écrit dans une langue occitane d’une grande richesse lexicale. La traduction en français n’est pas une mince affaire car le poète sait jouer sur les nuances d’une langue occitane en prise directe avec la nature et les phénomènes naturels. On y trouve des scènes de la vie quotidienne, des souvenirs d’enfance, des évocations de paysages ruraux et des esquisses de portraits, proches ou parents. Cette poésie agit comme une eau bienfaisante et ne cherche jamais à plaire ou à imposer. Cela donne, en fin de compte, une œuvre qui oscille entre tendresse et cruauté, légèreté et réalisme.
« Herbier » , le nouveau recueil de Jean-Marie Petit, s’inscrit dans la lignée des précédents ouvrages pour composer paisiblement un univers irrigué par la bonté et par la bienveillance. On y devine en filigrane une flamme intérieure ainsi qu’une réelle volonté de se redresser en permanence et de faire face aux aléas du destin.

Georges Cathalo


Un poème

Ortiga

Fuòc del mentrastre ò ma sòrre l’ortiga
aparas mon òrt de las sèrps
e velhas sus las blandas.
Abans lo tornar de l’ironda me fas la sopa blanca
e la bolida verda e la prima garruda.
Te teni de sarrat a mon ponh cap en bas e l’alen copat
Manhaga
ò reborsièra del pòble de las plantas.


Ortie

Feu des menthes sauvages ô ma sœur l’ortie
tu protèges mon jardin des serpents
et tu veilles sur les salamandres.
Avant le retour de l’hirondelle tu me fais une soupe blanche
et la verte bouillie et le printemps robuste.
Je veille à te serrer dans mon poing tête en bas et le souffle coupé
chérie
ô revêche de la république des plantes.


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jeudi 27 octobre 2011, par Georges Cathalo

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Jean-Marie Petit :
« Erbari – Herbier »



64 pages, 12 euros.
Jorn éd.,
38 rue de la Dysse – 34150 Montpeyroux
ou 7 rue du Bosc – 34830 Clapiers.



Jean-Marie Petit /
Joan-Maria Petit

Jean-Marie Petit est né en 1941 dans une famille de vignerons installée à Quarante, près de Capestang, en plein cœur du vignoble languedocien. Vignerons atypiques, comme il le souligne lui-même, puisque son père était pilote dans l’Aéropostale avant de revenir à la terre et qu’il se plaisait à faire pousser des fleurs au milieu de ses vignes. Cette famille radicale socialiste ne le prédiposait pas à la découverte de la foi chrétienne, qui devait marquer toute sa vie depuis son adolescence.
Il entre à l’Ecole Normale en 1959, puis à la Faculté des Lettres de Montpellier : licence de Lettres Modernes, puis deux ans d’enseignement dans le secondaire, après quoi il retourne à la Faculté, comme enseignant cette fois. Son domaine de prédilection est l’oralité occitane sous toutes ses formes : dialectologie (il participe à l’Atlas Linguistique du Languedoc), ethnographie (il enquête dans le Bitterois), lexicographie.
Son œuvre rassemble des poèmes courts mais denses, écrits dans une langue simple, concrète et naturelle : Respondi de... (1965), Poèmas per carrièras (1970), Ni per vendre ni per crompar (1971), Lo pan, la poma e lo cotèl (1972), Non aver o èsser (1975), Lo bestiari, aubres e vinhas (1978), Nòstra Dòna dels Espotits (2005).
Des chanteurs tels Patric, Daumas, Mans de Breish, Martí, Josiana Vincenzutto, ont beaucoup puisé dans son œuvre.

(D’après la fiche des éditions Jorn)



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