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Thierry Metz

Etude et anthologie par Cédric Le Penven

Thierry Metz (1956-1997) est d’abord poète, même quand il se fait diariste (« Le journal d’un manœuvre »). Sa parole est hantée par la mort de son fils de huit ans tué par une voiture sous ses yeux. Elle l’est aussi par l’amour (« Lettres à la Bien-Aimée »), par la condition ouvrière et par la quasi impossibilité de l’écriture. Un destin tragique et une œuvre majeure. Cédric Le Penven lui consacre un essai assorti d’une anthologie aux éditions des Vanneaux.




La collection Présence de la poésie des éditions des Vanneaux a pris le relais des Poètes d’aujourd’hui chez Seghers, avec une étude préliminaire et une anthologie réunies sous un format agréable. On y retrouve des auteurs importants comme Dhainaut, Puel, Rousselot, Wellens, Lambersy, Alyn, Alhau, Emaz, Sacré, etc. Un des derniers en date est consacré à Thierry Metz et signé Cédric Le Penven. Il constitue une excellente introduction à l’œuvre de ce poète au destin douloureux et à l’œuvre majeure.
Je me souviens des missives que m’adressaient dans les années « 80 » Jean et Odile Cussat-Blanc, créateurs de la revue Résurrection, pour m’inciter à découvrir et publier dans Texture ce poète dont ils avaient tout de suite repéré la grande qualité d’écriture. Je ne les ai pas suffisamment écoutés et le regrette – comme je regrette d’avoir probablement croisé Thierry Metz aux journées de Poésie de Rodez sans avoir eu l’occasion de lui adresser la parole – mais l’essentiel est que d’autres aient su défendre avec succès cette voix forte et pudique.

Prix Voronca

Né en 1956, à Paris, dans une famille modeste, Thierry Metz a suivi une scolarité classique interrompue avant le bac, pratiqué l’haltérophilie, puis s’est installé avec sa femme Françoise dans un village du Lot-et-Garonne, où il a exercé divers emplois de manœuvre, maçon, ouvrier agricole, etc. Ses premiers textes paraissent en 1980 dans Résurrection et il obtient le prix Voronca pour « Sur la table inventée » que publie Jacques Brémond.
C’est le jour même de son attribution, en 1988, que son fils Vincent, âgé de 8 ans, est tué par une voiture sous ses yeux. Il ne se remettra jamais de ce drame.
Le succès arrive avec « Le journal d’un manœuvre » publié par Gallimard en 1990. Suivront d’autres livres comme les magnifiques « Lettres à la Bien-Aimée » (Gallimard/L’Arpenteur), « L’homme qui penche » (Opales/Pleine Page), etc.
Il entre à l’hôpital psychiatrique de Cadillac pour se désintoxiquer de l’alcool, publie encore quelques recueils, notamment sur le travail d’amis plasticiens, et met fin à ses jours le 16 avril 1997.
L’étude très fine de Cédric Le Penven couvre quelques 150 pages et s’efforce de mettre à jour, entre autres, « l’articulation qu’il existe entre limpidité et profondeur ». Le diariste Thierry Metz (« Le journal d’un manœuvre ») sait par exemple mêler au prosaïsme du journal une sorte de semi-versification, un passage aux vers libres qui, nous dit Le Penven, « enveloppe les mots ou expressions d’une aura de silence qui permet une sorte de maturation du sens ». Souvent chez le poète, la douleur (celle du deuil de l’enfant) impose des zones d’ombre dans l’écriture, des silences, des tournures allusives car elle est trop aiguë « pour souffrir une nomination directe ».
Thierry Metz n’a cessé de chercher son langage pour traduire aussi l’opacité du rapport à soi. Comme dans toute poésie moderne, le poème ici s’interroge sur sa propre genèse, et l’auteur, sur la langue envisagée à la fois comme « source d’appauvrissement » et comme recours vital. Mais toujours, « le poème doit s’attacher à préserver l’insaisissable ».

L’humilité, le deuil, l’amour

L’inspiration première de Metz est certainement la condition humble dont il se réclame : « La métaphore filée tout au long de l’œuvre lie travail manuel et travail poétique », rappelle Le Penven. Une autre source est l’amour pour la « Bien-Aimée ». Thierry Metz lui affirme : « J’ai toujours trouvé un oiseau chanteur sur ton épaule. Et là où tu étais toujours il y avait de l’encre ».
Il y a l’enfant mort aussi, bien sûr, qui ne cesse de hanter tous les textes en rappelant la précarité de l’existence, mais, note encore Le Penven, « à la lamentation ou à l’épanchement, Thierry Metz préfère l’éloge de l’infime et de l’amour ». Il nous offre ainsi « une poétique du murmure ou encore du chuchotement », d’instants de grâce et de simplicité.
Continuant d’explorer cette « parole qui existe dans l’expression même de son déchirement », Le Penven étudie longuement les derniers recueils, en vers libres, où l’expression s’est considérablement densifiée au point d’en être parfois hermétique. Et là encore, ses analyses sont pertinentes et éclairantes.
Quant au choix des textes de l’anthologie il donne sans doute un aperçu exhaustif de ce que Thierry Metz nous a laissé en partage, dont on mesure de plus en plus toute l’importance.

Michel Baglin



mercredi 14 février 2018, par Michel Baglin

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Cédric Le Penven :
« Thierry Metz  »


(300 p. 18 € )
Editions des Vanneaux, collection Présence de la poésie, mars 2017



Cédric Le Penven

Cédric Le Penven, poète auteur de nombreux recueils (voir dans l’index à son nom), a notamment écrit « Sur un poème de Thierry Metz » comme ce dernier avait écrit « Sur un poème de Paul Celan » (lire ici )



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