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Michel Passelergue

Face aux temps, aux ombres, à la perte

Poète, essayiste et critique né en 1942, Michel Passelergue propose depuis « Erosion » (1968) des poèmes – en vers ou en prose – toujours plus resserrés, une écriture dense qui, me semble-t-il, devient plus sombre avec son dernier recueil, « Ombres portées, ombres errantes » (éditions du petit Pavé).



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Michel Passelergue dessiné par Jacques Basse

Michel Passelergue est poète, auteur notamment de « Le feu et la parole » (Formes et langages), de « La nuit, l’autre » (La Bartavelle), « Le temps étroit » (GRP), ou parmi ses derniers livres, « Lettres à Ophélie » (L’Arbre à Paroles). Les éditions du Petit Pavé viennent de publier « Ombres portées, ombres errantes » d’une écriture toujours plus resserrée, dense, et qui, me semble-t-il, devient plus sombre avec le temps.

« Jour après jour notre langue / se vide / à pétrir tant d’oubli, tant d’usure » : c’est donc à la perte que se confronte l’auteur ici, notamment au deuil, d’où ces âmes errantes dont les ombres hantent des pages d’un noir d’encre. Le lexique évoque la mort et sa menace, l’obscurité qui nous porte : « des mots sous terre », « Toucher le fond », « Limite au-delà », « Nothing, nowhere », « L’enseveli »… Ainsi, au bord du jour qui s’évanouit, restent la mémoire (« Se consumer, lampe de mémoire / sous les dernières ogives du temps / dans l’opaque. » ) et la parole (« Rien / Aux rives de l’inaudible / n’être plus / que ce filet de voix »). D’une austère noblesse.

(94 pages. 12 €. ISBN 978-2-84712-289-3)


« Une graphie d’épaves »


Traverser la nuit à la lumière des « mots intérieurs » avec Michel Passelergue, c’est comme dans son recueil « La nuit, l’autre » (La Bartavelle éditeur. 68 pages.), se confronter à des images d’une grande densité, éclairs obscurs « où filtrent, mot après mot, l’inconnu et l’oubli » pour approcher une nuit autre, dans les « convulsions du sens », un pays second, un envers - « là où sèche le feuillage du jour » et où le poème « boit, tout l’invisible porté aux lèvres, avec le bleu du matin ».

« Tout le désespoir s’ouvre entre les mots » écrivait-il aussi dans ses « Lettres à Ophélie » , dont, évoquant « une graphie d’épaves », Michel Passelergue dit qu’ «  elles se lisent comme le journal d’une vie qu’on dirait imaginaire et qui m’appartiendrait à peine. » Textes « livrés au flot du temps », comme une bouteille à la mer…

Écrits harmoniques


Autre recueil, un peu plus ancien, que j’avais apprécié, « Zodiaque apocryphe et autres écrits harmoniques »  : comme l’indique le sous-titre de ce recueil, les textes (poèmes en prose, aphorismes, lettres) cherchent des harmonies (des correspondances ?) entre les thèmes qu’ils traversent, notamment dans ses variations sur le zodiaque ; mais plus encore une impossible adéquation entre la mémoire et l’écriture qui voudrait la raviver. La « pure dentelle verbale » du poème se confronte ainsi à ce qui, dans le souvenir, demeure irréductible aux mots. Avec néanmoins le tenace espoir que « les mots laissent cependant assez d’espace autour de l’objet qu’ils éclairent pour que puisse y vibrer, comme une enveloppe de nuit, comme un cri rentré, toute la déperdition du moi dans la langue ».
Cette trahison qui creuse l’espace de l’oubli ouvre aussi celui de la recomposition et de l’imaginaire. Ce n’est pas, là, problématique seulement d’écrivain, mais bien celle de l’homme dont la langue à la fois lui livre et lui dérobe le monde. Et qui ne renonce pourtant pas à utiliser les mots pour explorer sa propre obscurité. « Le réseau du poème, ses fibres, ses racines plongent dans l’inexprimé, y cherchent quelque noyau irréductible, tel point aveugle de nos mémoires. Murmure tentaculaire qui, orienté vers l’élucidation et la brèche, n’en bouleverse pas moins tout le limon de l’angoisse et, dans les failles de l’être, lance ses chemins de nuit et d’absence. »
(56 pages. Groupe de recheches polypoétiques. 40, rue de Bretagne. 75003 Paris.)

« Le réel, j’imagine »


Michel Passelergue est aussi critique et collabore depuis plus de 20 ans à de nombreuses revues dont « Phréatique », « La Sape », « L’arbre à paroles », etc. – ces deux activités se nourrissant l’une l’autre. Le livre qu’il a fait paraître sous le titre « Le réel, j’imagine » (L’Harmattan), appartient à la deuxième catégorie : il rassemble des textes d’analyses et de « réflexion itinérante » qui tous, en prenant appui sur des approches d’œuvres et de poètes marquants, interrogent les rapports de la poésie et de la réalité. D’où le titre, qui traduit bien l’ambiguïté de cette relation.
Quelques auteurs clefs y sont particulièrement présents comme Mallarmé (incontournable pour une telle problématique), Gracq, Breton, Bonnefoy, Izoard, Verdonnet, Dalle Nogare, André du Bouchet, Jaccottet, Dhainaut, Dupin ou Torreilles. Il s’agit certes d’une promenade à travers la création poétique de ces dernières décennies, et d’une mise en exergue de ses enjeux en termes de langue et d’approche du monde, mais aussi d’une suite de notations d’un poète sur la création et qui sait, avec finesse et profondeur, en s’appuyant sur sa pratique personnelle et sur ses riches lectures, mettre à jour des mécanismes d’écriture souvent délaissés (ainsi de belles pages sont consacrées à l’incipit comme une sorte d’oracle accordée au poète).
Qu’il étudie le statut de l’image, celui du silence, les risques de l’analogie ou ce qui, dans l’écriture s’apparente à une expérimentation des limites, Michel Passelergue conduit son lecteur à traverser d’autres domaines (musique, surtout, peinture, mathématique et philosophie), ce qui rend son propos encore plus pénétrant.
(178 pages. 16 euros)

Michel Baglin




« Lontana in sonno »


Si Michel Passelergue , par le titre choisi pour cette plaquette qui vient de paraître en 2012, « Lontana in sonno » , se place sous l’invocation de Pétrarque, ce n’est pas une amante qu’il évoque, mais la mémoire de sa mère. En revanche, c’est bien la mort qui hante ces douze poèmes en prose dont le lyrisme ne contrarie pas la pudeur de l’expression. Écriture ramassée pour évoquer ces moments de veille auprès de la mourante et de sa « tumeur d’oubli » qui « dissout le temps ». Nous sommes avec l’auteur au chevet de sa mère et de sa mémoire tandis que « (son) front éclaire la chambre d’une enfance crépusculaire ». Un monde s’évanouit avec elle et le poème est comme suspendu par le sourd travail de l’agonie, ce « labeur d’ombre sous la langue ». (Ed Aspect. ISBN : 782917081112 . 32 pages. 8 euros)



Lire aussi :

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Michel Passelergue : Face aux temps, à la perte. Portrait. (Michel Baglin) Lire
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jeudi 14 juillet 2011, par Michel Baglin

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Michel Passelergue

Michel Passelergue, auteur et essayiste, est né en 1942.
Il a été professeur de mathématiques. Retraité depuis 2003.
Il a été membre du comité de rédaction de Phréatique de 1980 à 2001, collaborateur de nombreuses autres revues, il est l’auteur, comme poète et essayiste, d’une œuvre importante.



Œuvre

Erosion, 1962-1968 (Pierre Jean Oswald)
Nyx, 1969 (Formes et langages)
Le Feu et la Parole, 1970-1972 (Formes et langages)
Vers la Flamme, 1972-1974 (Formes et langages)
L’Oreille absolue, 1969-1977 (Formes et langages)
Impasses, 1981-1985 (G.R.P.)
Une Lettre ouverte au silence, 1982-1986 (G.R.P.)
La Nuit, l’autre, 1987-1993 (La Bartavelle)
Zodiaque apocryphe et autres écrits harmoniques, 1990-1997 (G.R.P.)
Allégories perdues, 1994-1998 (G.R.P.)
Le Temps étroit, 1998-2000 (G.R.P.)
Le Réel, j’imagine, 1981-2004 (L’Harmattan)
Lettres à Ophélie, 1999-2004 (L’Arbre à Paroles)
Ombres portées, ombres errantes.2011 (Editions du Petit Pavé)
Lontana in sonno.2009-2010 (Editions Aspect)
Fragments pour l’inextinguible.2002-2011 (La Porte)
Journal de traverse.2003-2012 (Editions Rafael de Surtis









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