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Louis Dubost

« Fin de saison »

Lectures de Jacmo, Lucien Wasselin et Michel Baglin

Jacques Morin, Lucien Wasselin et Michel Baglin ont lu - et aimé - le dernier opus du poète, éditeur (ex) et jardinier.




« Pas de demi-tour / la page est tournée  ». C’est une des formules rencontrées ici, où l’on évoque « la vie coiffée / par la mort ». Où l’on parle « sans retour ni recours ». Bien sûr il y a beaucoup de gravité et pas mal d’irrémédiable dans cette plaquette où le poète Louis Dubost (qui fut longtemps, rappelons-le, un des meilleurs éditeurs de poésie), devenu jardinier émérite, s’efforce comme il me l’écrit de « pousser la brouette un peu plus loin et droit devant sur la page malgré tout ».

Qu’on le veuille ou non, « droit devant », à partir d’un certain âge (et nous avons le même), c’est se confronter au terminus qui se profile à l’horizon du voyage. En fin de saison, les jours sont « en peau de chagrin ». Mais Dubost n’entend pas se faire peur ni s’inventer des spectres : « Ne mets pas / de visage sur ce qui / n’en a pas », (se) recommande-t-il. D’ailleurs, « la mort n’est pas un problème ». Non, mais il est une pesanteur intime qui lui doit parfois un peu de vertige et d’avoir « la tête ailleurs ». C’est ainsi qu’on s’occupe au jardin « sans perspective ni légèreté d’être ».

N’est-ce pas ce lest que ces poèmes aux vers brefs tentent de suggérer quand ils mêlent les registres alors qu’on s’occupe « à fixer les tuteurs / pour l’équilibre du temps »  ? Avec une belle économie de moyens, Dubost peint cet état ni gai ni triste, mais de profonde réception, de présence attentive au monde et qu’une image on ne peut plus succincte résume : « attendre / intransitif ».

Michel Baglin



Une lecture de Jacques Morin

Plusieurs textes de ce recueil ont paru dans le n° 170 de la revue Décharge.

« un premier soleil
froisse la nuit »

Chez Louis Dubost, c’est l’observation de la nature qui prime, ou plus exactement du naturel. Le poète est toujours face au ciel, à l’été, à la terre du jardin. Et dans la contemplation du temps céleste, estival ou potager, les mots s’organisent en petites strophes dans la tête où la réflexion sur le temps, sur le corps, sur l’être s’impose et les choses coïncident entre l’oiseau et la mémoire, entre la coquille d’escargot et la mort.

« les gestes expirent
au bout des doigts »

Une fois que la petite mécanique est en marche, ce qui est visible au dehors devient lisible au dedans. La poésie devient la parole du vivant. Et le poète se fait intermédiaire entre la pierre et le mot, entre l’aube et l’esprit.

« Au lever du jour
la nuit se vide d’un coup »

Tout est simple dans cette adéquation entre extérieur et intérieur, comme une traduction du regard dans le paysage, ou l’inverse, thème et version. Le poète sait mieux que personne les instants qui passent et n’ignore pas l’avancée du chemin. La mort est envisagée sans crainte, avec philosophie, domestiquée.

« J’écris
deux mots comptés
comme le temps qui reste »

Jacques Morin



Une lecture de Lucien Wasselin


« Fin de saison » a été tiré à 216 exemplaires tous numérotés, dont 200 destinés à la vente, par un petit éditeur que je ne connais pas : l’ouvrage est bel(le) ! Beau papier, beaux caractères, belle typographie… Le jardinier rappelle qu’il est aussi poète : l’un comme l’autre sont de durs métiers. Mais faire son jardin alimente la poésie (et le poète) car on voit toujours qu’« une coccinelle squatte / la coquille vide d’un escargot ». Le lecteur s’interroge. Qu’est-ce qui mène à la sagesse, qui fait dire à Louis Dubost « la mort n’est pas / un problème », du jardinage ou de la poésie ? Le miracle, c’est que Louis Dubost arrive à faire coïncider ses deux passions au sein du poème : soit que celui-ci parle du jardin, soit que la vie (ou le temps qui passe) unit le jardin et la poésie… Car le jardin est un poème en lui-même : faire naître des mots ou des légumes de rien, si ce n’est du savoir ! Cette « Fin de saison » est polysémique : s’agit-il de la fin de la saison que tous les jardiniers connaissent bien ? Ou de la fin de la vie ? Sans doute les deux. Je me refuse à penser que Louis Dubost soit en fin de course mais je me dis que nous sommes tous mortels et que « la mort n’est pas un problème », même et surtout si l’on est athée comme je le suis. L’essentiel étant d’avoir une vie bien remplie et utile…
Reste que le ton général de la plaquette est plutôt sombre : « n’envisage / rien // puisque rien / c’est nécessairement / ce qui va arriver » ou « trop loin / trop près // de la fin de saison / pour envisager / ce qui n’a pas / de visage » écrit Louis Dubost. Car la mort ou la fin est inconnue, nul n’en est jamais revenu pour la décrire. Et que penser de cette « existence aux trois-quarts parcourue » ? La fin est misérable comme le dit ce poème dont l’incipit est « Au lever du jour » : il faut bien alors écrire un poème ou faire son jardin ! Ce qui donne un sens à la vie. Mais la lucidité ne quitte jamais le poète « dont le regard noir / braque l’évidence / sans retour ni recours ». Louis Dubost continue d’écrire ce « poème impossible » avant que la mort ne l’emporte. Et c’est très bien, car tant qu’il y a de la vie, il y a de la poésie. Et le recueil ne se termine-t-il pas ces trois vers : « mieux que rien / je me sens moins / seul » ? Et si c’était le pouvoir de l’écriture ?
Une remarque pour finir : maintenant que Louis Dubost a cessé son activité d’éditeur, il nous donne à lire régulièrement de sa poésie. Je souhaite à Louis de continuer encore longtemps d’écrire de tels poèmes…

Lucien Wasselin



samedi 11 février 2017

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Louis Dubost :
« Fin de saison ».

( 7 euros. Le phare du Cousseix. Le Cousseix - 23500 Croze.)



Louis Dubost

Louis Dubost est né le 13 avril 1945 à La Clayette (Saône et Loire). Il a passé son enfance dans la campagne du Brionnais, puis son adolescence à Mâcon. Et suivi ses supérieures à Lyon.
Il a été professeur de Philosophie à La Roche sur Yon en Vendée.
Louis Dubost vit à Chaillé-sous-les-ormeaux où il a exercé une activité d’éditeur depuis 1974 jusqu’à récemment, d’abord au sein de l’association Le Dé Bleu, et après 2004 en qualité de directeur littéraire aux Editions L’idée Bleue.



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