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Jean-Louis Rambour

« François, la semaine de sa mort »

Jean-Louis Rambour est poète, romancier, nouvelliste. Né en 1952 à Amiens, il vit aujourd’hui dans le Bessin, à Bayeux précisément, après le drame qui l’a frappé avec la disparition de son fils François. Son œuvre compte plus d’une trentaine de titres.



Je n’ai pas lu « Le Jeune homme salamandre » de Jean-Louis Rambour ou, du moins, je n’en ai pas le souvenir. Aussi à la lecture, ce récit m’a posé quelques problèmes : s’agissait-il d’un ouvrage autobiographique, (les détails abondent : l’âge du narrateur, sa résidence [Pressoir], Amiens…). Et puis les révélations personnelles qui tiennent une large place dans l’œuvre de Rambour ( « Théo » et autres titres de livres). Mais s’il s’agissait d’une œuvre de fiction, un abîme de perplexité s’ouvre alors : on ne connaît rien de ses relations ! Pudeur ou retenue de l’auteur ? Cette perplexité n’est sans doute qu’une échappatoire pour ne pas affronter le réel… Mais le narrateur est cardiaque, j’ignorais (et j’ignore encore) que Rambour le fût. Peu importe d’ailleurs, reste l’horreur. Car Jean-Louis Rambour écrit parfaitement l’horreur ; aucun détail n’est épargné au lecteur. Même si Jean-Louis Rambour ne néglige pas les allusions littéraires (p 39, par exemple)...

C’est sans complaisance que l’auteur aborde les petitesses, les faiblesses ou les incohérences tant de lui-même que de François. Mais cette absence de complaisance n’empêche pas la compréhension. Jean-Louis Rambour dit aussi les messages de soutien reçus. Celui de Roger Wallet explique les choses, et le commentaire de Jean-Louis Rambour, un déménagement devenu inéluctable, "… nous avons quitté le village vers la mi-mars, quitté la maison, la région, on change de murs, de vie, d’habitudes" (p 89). Et le poète se remet à l’écriture. Ce qui anime ce récit. L’auteur avoue franchement (p 109) s’en vouloir de son imprudence involontaire qui a permis à François de reprendre du crack lors d’une correspondance ferroviaire à Paris. Mais le plus émouvant, c’est quand Jean-Louis Rambour s’évertue à traquer les musiques que son fils a aimées et les photographies le représentant à divers âges de sa courte vie ; c’est de survie qu’il s’agit et il va jusqu’à emprunter le vocabulaire de son fils… L’humour n’est pas absent de ce récit : pour preuve, le gag final lors de la crémation de François que l’auteur raconte honnêtement.

C’est finalement un livre-exorcisme que Jean-Louis Rambour donne à lire ; un livre pour tenir la mort à distance, tenter de s’en protéger, un cri de révolte devant l’injustice, un cri d’amour, une ode à l’amitié. Car au-delà du cliché, la mort d’un enfant est toujours ressentie comme une injustice. Ce récit est tout cela successivement et simultanément. Même les redites passent ! Reste ce récit émouvant, reste qu’ « Aucun monstre ne s’est appelé François »… La gorge se serre et il me reste à remercier Jean-Louis de m’avoir fait ce signe d’amitié et de confiance en m’envoyant ce livre… Et je pense, ayant lu ce récit en Bretagne avant d’aller voir le sillon de Talbert, au poème d’Yvon Le Men où il raconte avoir vu Bernard Chambaz, bravant l’interdiction faite aux touristes de prélever quoi que ce soit, ramasser un galet pour le déposer sur la tombe de son fils disparu à l’âge de 16 ans dans un accident, voilà maintenant un peu plus de 20 ans (Yvon Le Men, in Revue semestrielle de poésie Zone sensible n° 4, p 81, publiée par la Biennale Internationale des Poètes en Val-de-Marne).

L. W.

Jean-Louis Rambour : « L’éphémère capture »


« L’éphémère capture » est dédiée À la mémoire de François Rambour, jeune homme salamandre. Mais j’ai lu cette plaquette, bien que la première reçue, après le récit « François, la semaine de sa mort » (voir ci-dessus). Allez savoir pourquoi, sinon je n’aurais pas hésité en écrivant ma note de lecture !
Cette plaquette regroupe 12 poèmes de 14 vers qui font penser au sonnet. Mais ces 14 vers (pas toujours comptés, jamais rimés) sont disposés en une seule strophe, jamais en quatrains et en tercets… Ils sont non ponctués, seul le slash vient parfois scander le poème, sans que l’on sache trop pourquoi. Ils sont accompagnés en regard sur la page de droite de dessins aux crayons de couleur ( ? ) de Pierre Tréfois dont Jean-Louis Rambour me dit que les reproductions sont excellentes, que « les couleurs sont parfaitement restituées ». Dans sa préface, Bernard Noël s’attache à la juxtaposition texte/image pour en arriver à la conclusion qu’il y a quelque chose qui se joue dans la matérialité du poème correspondant à celle du dessin. Aussi n’est-il pas étonnant que cette préface se termine par cette remarque « Nous sommes brusquement devant l’énigme de la naissance des signes et du langage pour avoir éprouvé, entre l’œuvre plastique et le poème, un soulèvement qui envahit nos yeux ».
Sans doute, serait-il vain de traquer ce que disent ces poèmes ; ils sont là, étrangement présents, voisinant avec les œuvres de Pïerre Tréfois. Peut-être ce vers éclaire-t-il ce voisinage : « Et nous vivons liés aux organes du vide ». Jean-Louis Rambour ne lésine pas avec la rareté des mots : iule, gesse, embole… Chaque poème est un paysage mental qui doit beaucoup, à la lecture, au dialogue entre le texte et le dessin, ce qui renvoie à la préface de Bernard Noël.
J’ai beau savoir que cette plaquette a été écrite avant « François, la semaine de sa mort » mais je remarque que le dernier poème se termine par le mot Icare, héros mythique que Jean-Louis Rambour compare à François dans le récit qui est consacré à ce dernier, François qui passe ainsi du jeune homme salamandre à Icare

Lucien Wasselin



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lundi 24 octobre 2016, par Lucien Wasselin

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Jean-Louis Rambour

Jean-Louis Rambour est poète, romancier, nouvelliste. Né en 1952 à Amiens, il vit aujourd’hui dans le Bessin, à Bayeux précisément, après le drame qui l’a frappé avec la disparition de son fils François. Son œuvre compte plus d’une trentaine de titres.
Un dossier est présenté dans le numéro 106 de la revue L’Arbre à paroles paru il y a une dizaine d’années.
Le numéro 7 des cahiers Chiendents lui a été consacré.



Jean-Louis Rambour
« François, la semaine de sa mort »


Éditions Bookélis, collection Reflets, 244 pages, 20 €.
( On peut se procurer ce livre chez l’éditeur : voir )

Jean-Louis Rambour
« L’éphémère capture ».


Editions Éranthis, 34 pages, 14 €. Dessins de Pierre Tréfois, préface de Bernard Noël.
(Il est possible de commander sur le site www.i6doc.com )



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