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Romain Fustier

« Habillé de son corps » &
« Les yeux assis sur la plage »

Romain Fustier est un jeune poète (né en 1977) que l’on est amené depuis quelques temps à lire dans de multiples revues, son talent s’imposant naturellement. Avec sa compagne, Amandine Marembert, elle aussi poète, il a créé la revue Contre-allées, dont ils poursuivent l’aventure à Montluçon.



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Romain Fustier au Marché de la Poésie
(Photo Michel Durigneux)

Je viens de recevoir les deux derniers recueils de Romain Fustier.

« Habillé de son corps » (Rafael de Surtis) est un bel hommage à l’amour et à la femme aimée. « Petite tempête », « lutte contre les éléments », voilà qui renvoie au monde extérieur, certes, mais aussi à ces ébats amoureux qui sont le sujet de ce recueil de poèmes en prose, à l’écriture tendue, jubilatoire, aux images impétueuses, qui ne cessent de mettre en relation, à travers la langue, le dehors et la chambre. De la femme qui « étend son corps sur un lit de fougères entre deux prés, au cœur du bocage d’enfance », on nous dit aussi qu’« elle pleut en son intérieur ». C’est que l’amour est tellurique et qu’on en est toujours, où que l’on soit, à « s’aimer au milieu du monde ». Le panthéisme de Romain Fuster finit ainsi par effacer les frontières, corps et mots mêlés, l’altérité se dissolvant dans l’ébat-métaphore, pour le bonheur des amants et des lecteurs.

« Les yeux assis sur la plage »


Avec « Les yeux assis sur la plage » (éd de l’Atlantique), la femme est toujours omniprésente, ou plutôt le couple amoureux, dont la ferveur est une fois encore voie d’accès au monde. Plus précisément dans ce recueil : à l’été et à la plage.
Au sud d’abord, côté Languedoc, avec le Canigou pour repère. Plus au nord ensuite, côté Bretagne, avec l’ïle de Batz, Roscoff ou la côte de granit rose pour décor… Bien que le terme de « décor » soit inapproprié : ce que l’écriture – ce roulement de torrent sans ponctuation - de Romain Fustier traque, c’est justement ce moment où les êtres font corps avec les éléments dans lesquels ils sont immergés, où ils éprouvent l’impression de ne plus s’en distinguer : « elle a mis des coquillages au bout de ses seins afin de devancer la métaphore qui dresse la tête montre le bout de son nez dès qu’un élément liquide vient effleurer sa peau de nacre… »
Cette sorte d’osmose des êtres avec le paysage – quête d’un paradis pas vraiment, pas encore perdu – est une sève qui irrigue cette poésie sensuelle et ensoleillée (même sous le crachin breton !). Elle se mêle à la contemplation, sans cesser de tenir les sens en éveil :

« il bruine dans le café crème que je déguste en assistant à la montée des eaux sur la plage au recouvrement précipité du gué sur lequel nous marchions tout à l’heure vers la pointe de la presqu’ile devenue une île depuis que le gué qui y menait a été enveloppé par le flot comme ce café sous la crème à qui je trouve soudain un petit goût d’algue de rochers dans ma tasse qui se vide à rebours de la marée ».

Ainsi, à coup de notations et d’images filant dans le courant, Romain Fustier nous fortifie de ses poèmes qui témoignent pour l’art de la présence. Écoutons-le encore un instant, dans sa simplicité :
« Elle aimerait tant habiter une maison au bout d’un cap qu’elle peuplerait de chats sautant de rocher en rocher qu’elle meublerait d’une grande bibliothèque donnant sur les vagues la plage ferait office de jardin et elle n’aurait plus besoin de rassembler ces petits cailloux orange poussés par les flots dans ses poches elle n’aurait plus besoin non de ces graviers pour retrouver le chemin de la mer cet hiver ».

Michel Baglin



Romain Fustier sous le titre « Infini de poche » , publie aux Editions Henry un recueil à l’inspiration jardinière qui explore « le charme du lexique horticole ».
L’infime rejoint l’infini dans la « province maraîchère », où l’auteur célèbre les strates du compost aussi bien que les « baies contenant une pluie d’été ». On y vit le passage des saisons (dans le désordre), du printemps et ses exhalaisons de menthe hachée par la tondeuse à l’été et ses cueillettes, son « débordement de plate-bande », puis à l’automne (septembre livre avec les mûres « une essence de mélancolie » dans la tiédeur du soir) et à l’hiver quand tout part à vau-l’eau, « en eau de vaisselle sale dans le siphon bouché de novembre ». Mais ce sont alors les odeurs de cheminée et de pot-au-feu qui envahissent le poème à l’heure des premières gelées.
Voilà une belle écriture charnue qui a du goût et des parfums !
(110 pages. 6 euros)



dimanche 10 avril 2011, par Michel Baglin

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Romain Fustier
« Habillé de son corps »


Rafael de Surtis éd.
36 pages. 14 euros

Romain Fustier
« Les yeux assis sur la plage »


éd de l’Atlantique
64 pages. 16 euros



Romain Fustier

Romain Fustier est né en 1977 à Clermont-Ferrand, dans la banlieue dortoir dans laquelle il a passé son enfance et son adolescence.
Après le lycée, il poursuit dans cette ville des études de lettres en hypokhâgne, où il rencontre Amandine Marembert, qui deviendra sa compagne, et avec qui il fondera en 1998, au cours de leurs années étudiantes, la revue Contre-allées, que suivront en 2001 les éditions éponymes (http://contreallees.blogspot.com/).
Il vit aujourd’hui à Montluçon, où ils poursuivent tous les deux cette aventure poétique.
A propos de la revue Contre-allées , lire la préentation de georges Cathalo ici.

bibliographie

Des fois des regrets comme, Les Etats civils, (2011)
Habillé de son corps, Rafael de Surtis (2011)
Les yeux assis sur la plage, Editions de l’Atlantique (2010)
Boîte automatique du crâne, Publie.net, (2009)
Bras de mer, Encres vives, (2010)
Coma, La Porte (2009)
Chantier perpétuel, Encres vives (2009)
Chaise avec vue, Encres vives (2009)
Une ville allongée sous l’épiderme, Henry & Ecrits des Forges, 2008
Négatif photo de la muse, Le Chat qui tousse, 2007
Ici-maintenant, IdP éditeur, 2007
Chambre 233, La Porte, 2007
Le volume de nos existences Gros Textes (2006)
Côté jardin Encres vives (2006)
Dernière taille, La Porte, 2005
Lotissement en infusion, Contre-allées, 2004
Emporté par le tsunami de la mélancolie ordinaire, Encres vives, 2004
Radio Mix, IdP, 2004
Aiguillages immédiats, en collaboration, Contre-allées, 2003
Été poste restante, Contre-allées, 2002
Transit, Contre-allées, 2001



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