Manières d’approches (12)

Humilité



On me reproche parfois une attitude antireligieuse. Je suis athée, ce qui relève simplement d’une absence de croyance en un ou plusieurs dieux. Mais je ne suis que partiellement anti-théiste : si je juge que les religions sont la source de quantité de sang versé, et la foi probablement plus nuisible qu’utile aux hommes, je ne saurais nier que la croyance procède aussi d’attitudes plus positives ou les favorise.

Au demeurant, la qualité humaine et intellectuelle de bien des croyants me paraît un argument – le seul à mes yeux – en faveur du divin. On peut s’imaginer que cette qualité ne doit rien à leurs croyances. On peut aussi penser, parce que toutes les religions parlent d’amour – même si elles oublient souvent de le mettre en pratique – qu’elles ont insufflé chez chacun ce sentiment d’appartenance à une même communauté humaine, sentiment qui infuse tout au long des âges et de l’histoire personnelle pour finir en un questionnement et une approche bienveillante des autres.

Les croyants tolérants – tous ne le sont pas, mais les athées non plus – ont au moins le mérite de s’accommoder moins que d’autres il me semble d’un monde indigent, celui de la consommation, de la publicité, de la superficialité satisfaite et de la compétition généralisée. Face aux « minutes de cerveau disponible » vendues par les médias et contre la marchandisation de tous les aspects de l’existence, ils résistent et s’interrogent en maintenant vivace une inquiétude métaphysique. Ils ne sont pas les seuls, bien sûr, mais leur exigence de sens et leur foi en une transcendance les poussent à valoriser un mystère imposant une forme d’humilité. Non celle qui conduit à baisser les yeux, mais celle qui force à les ouvrir en grand, sans préjugés, et à rester à l’écoute.

Une correspondante m’écrit : « Contrairement à l’hybris prométhéenne qui s’exprime sans frein dans la techno-science actuelle, le rapport au sacré remet l’humain dans une posture d’humilité, de dépositaire et non de propriétaire de la vie, qui n’a pas et n’aura jamais toutes les réponses. » Cela me parle. Parce que je sais que les humains ne peuvent s’accomplir dans la seule dimension prométhéenne de leur activité, dont notre environnement dégradé montre assez les limites.

Une religion est-elle nécessaire pour promouvoir ce sentiment d’appartenance au monde, à l’univers ? Probablement pas et les athées l’ont aussi, mais les religions sans doute le valorisent et c’est un de leurs mérites. J’aimerais en tous cas que nous ayons cette conscience à la fois tellurique, cosmique, écologique et… modeste, des Indiens d’Amérique qui demandaient pardon au bison qu’ils allaient tuer !

Michel Baglin. Toulouse, février 2015



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samedi 7 février 2015, par Michel Baglin

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