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Michel Monnereau

« Je suis passé parmi vous »

Ce titre donne parfaitement la tonalité élégiaque du recueil d’un poète qui a derrière lui une œuvre dédiée à la fois à la poésie, au roman et au théâtre.



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(La Table Ronde. 136 pages. 14 euros)

Le romancier des « Morsures de l’amour » (voir ) ou de « On s’embrasse pas ? » (lire), l’auteur des « Zhumoristiques » (textes de théâtre) sait manier l’humour et la légèreté dans les situations les pires, mais on sent chez Michel Monnereau une nostalgie sous-jacente et puissante qui donne au temps sa profondeur et accorde à ses pages des résonances secrètes en nos fors intérieurs. Du rire à la gravité, il n’y a pas plus chez lui que l’épaisseur d’une feuille d’automne. Je sais, pour avoir publié jadis son recueil « l’Amour interrompu » (1984), l’homme blessé et le poète élégiaque. Il a beaucoup vécu depuis et publié maints poèmes « pour solder la nostalgie  », comme tout homme « en proie aux nostalgies convulsives ». Un homme qui écrit et a pris l’habitude d’édifier « l’abri des mots contre le mal de vivre ».

Le voilà donc à l’âge où l’on se demande « ce qu’il reste du futur ». En ce recueil en cinq parties, d’une centaine de poèmes excédant rarement la page, il se montre souvent mélancolique, jamais désabusé pour autant. Entendez qu’il célèbre encore, en de belles images simples, et de limpides trouvailles, les petits bonheurs du jour : « un moineau ramène un coin de ciel bleu vers moi. Il a l’aile du présent. Il sait que plus tard n’existe pas. » De même, il songe à l’avenir quand « d’autres hommes peupleront nos maisons ». Il y a dans ces pages bien des espoirs déçus et d’autres qui survivent, des rêves inaccomplis, des renoncements, des tentatives souvent avortées de chercher une terre à soi, de revisiter des lieux promis et perdus, de la Charente à Cadaquès, de la Normandie à Paris et aux bords de Seine, ou sur les quais d’Honfleur, quand il pensait en marchant « à Verlaine sans savoir pourquoi ».

Vagabondage

Cette tendresse douce-amère fait merveille quand il remonte le boulevard du temps qui passe, comme le chantait Brassens, « au bras des ombres » et qu’il évoque la cohorte des parents et des amis disparus, les « passagers du temps », ces milliers de morts qui font notre généalogie, dont nous sommes issus, mains vides et cœur tourmenté. La poésie devient ce vagabondage dans les méandres des jours, pour peut-être « rejoindre l’enfant qu’on a laissé / dans la première fureur du monde » et certainement résister, ne pas « tendre les mains à la vieillesse pour qu’elle vous passe les menottes ».

Il y a encore du soleil dans ces poèmes, qui réchauffe et empêche de rester « enfermé dans un dimanche d’hiver ». Certes, les cheveux blancs venus en silence « renvoient à ce qu’on est : / seulement soi, n’en déplaise à l’orgueil  », mais ce beau recueil (qui vous réconciliera avec la poésie s’il vous arrive jamais d’être fatigué des faiseurs et des voix de faussets qui haussent le ton) s’achève sur le verbe « vivre ». Des vers libres dédiés à la compagne - « ce que je sais de toi / je l’ai appris de la peur de te perdre » - et « à l’amour repassé à l’heure d’été ».

On ne peut à cette lecture que se laisser prendre à une forme de sérénité, « dans le vertige d’exister encore ».

Michel Baglin

Lire aussi l’article de Georges Cathalo



Lire aussi :

Michel Monnereau, de la gravité au rire (portrait)

« Je suis passé parmi vous »

« Les Morsures de l’amour »

« On s’embrasse pas ? »



mardi 12 avril 2016, par Michel Baglin

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Michel Monnereau

Né le 3 décembre 1948 à Parnay (Cher). Enfance en Charente, études supérieures à Bordeaux.
Après une pratique diversifiée de l’écriture (journaliste pigiste, notamment au Monde, parolier, auteur de café-théâtre), il se consacre surtout à la poésie, à la chronique de poésie dans quatre revues (« Parterre Verbal », « Friches », « Le cri d’os », « Poésie terrestre ») et à l’écriture de chansons. Il a été membre du comité de rédaction de la revue « Zone » (1973-1977).
Il a également publié à La Table Ronde trois romans qui ont connu un beau succès : « Carnet de déroute » (2006), « On s’embrasse pas ? » (2007) et « Les Morsures de l’amour » (2008)
Aujourd’hui, concepteur-rédacteur en publicité à Paris il est membre des comités de rédaction des revues « Parterre Verbal » et « Friches ».
Principales publications en revues :
Zone, Multiples, Jungle, Triangle, Création, Arpa, Oracl’, Poésie 1, Froissart, Poésie 84 et 93, La Nouvelle Tour de Feu, Mai hors saison, Rétro-Viseur, Agone, RegArt, Parterre Verbal (invité du numéro 3), Lieux d’être, Poésimage, Texture, Encres Vives, Le cri d’os, Le Grand Nord ! , Poésie terrestre, Phréatique, L’Arbre à paroles, La lettre sous le bruit, etc.

Publications

Romans

« Carnet de déroute » (La Table Ronde , 2006)
« On s’embrasse pas ? » (La Table Ronde , 2007)
« Les Morsures de l’amour » (La Table Ronde , 2008)

Poésie :

« L’Arbre à poèmes » (Nouveaux Cahiers de Jeunesse, Prix Découverte, 1973).
« La leçon inquiète » (Cheyne éditeur, 1982).
« L’Amour interrompu » (Texture, 1984).
« Polaroïd » (Telo Martius, 1989).
« Haute solitude de la mémoire » (Froissart, Prix Pierre Basuyau, 1989).
« Contre toi l’avenir respire » (J. Brémond éditeur, 1991, Prix Voronca 1990).
« Les Spectacles froids » (La Bartavelle, 1991).
« La Saison des servitudes » (Cheyne éditeur, 1991).
« Poèmes en Herbe » (Milan, Collection Zanzibar, 1994, Grand Prix de Poésie pour la Jeunesse 1992).
« Le Passeur de rives » (Froissart, 1995).
« Les Années de paille » (Encres Vives, 1999).
« Réfractions » (L’arbre à paroles », 2000)
« Léger tremblement du temps » (L’arbre à paroles, 2002)
« Je suis passé parmi vous » (La Table Ronde 2016)



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