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Bernard Mazo

« Jean Sénac, poète et martyr »

Nul mieux que Bernard Mazo, poète et critique, ne pouvait évoquer par un ouvrage soigneusement documenté la vie et l’œuvre de ce poète flamboyant que fut Jean Sénac (1926-1973 ). Il aura fallu six années à Bernard Mazo pour mener à bien un travail dont il n’aura, hélas, pas vu le produit. Notre ami nous a quittés le 7 juillet 2012.



Cette biographie retrace en plus de 400 pages le parcours existentiel et littéraire de Jean Sénac pour qui la poésie était cet engagement total dans la vie, sous toutes ses formes, et dans la politique. Bernard Mazo évoque avec précision les débuts littéraires de Jean Sénac, né d’un viol, qui fréquenta à Alger de nombreux écrivains dont Emmanuel Roblès, Gabriel Audisio, Mohammed Dib et surtout Albert Camus. Envers celui-ci de forts liens s’étaient tissés qui feront du futur prix Nobel le père spirituel de Sénac. Pourtant la rupture surviendra en 1958, Jean Sénac reprochant à Camus son attitude tiède durant la guerre d’Algérie.
Une autre figure tutélaire fut celle de René Char que Sénac admira tout au long de sa vie.
Quant à l’engagement de Sénac entre 1954 et 1962 envers la cause algérienne, il fut total, même si durant ces années il résida à Paris où il fréquenta non seulement le milieu littéraire mais les indépendantistes algériens.
Quant à l’œuvre de Jean Sénac elle se construisit dans la passion. Grâce à Albert Camus, il publia en 1954 « Poèmes » ( Gallimard ). Auparavant il avait fondé la revue Simoun en 1950. Durant la guerre d’indépendance dont Bernard Mazo rappelle les faits les plus tragiques, la « pacification », la Bataille d’Alger en 1957, la semaine des barricades en janvier 1960, Jean Sénac publie « Matinale de mon peuple » (Subervie) en 1961.

Le poète solaire assassiné

A l’indépendance de l’Algérie, Sénac retourne à Alger où il devient, sous la présidence de Ben Bella, un poète officiel, chargé d’honneurs. Il fait partie du cabinet du Ministère de l’Éducation, produit une série d’émissions sur la poésie à la radio : « Le Poète dans la cité ».
Mais la disgrâce survient avec l’arrivée au pouvoir de Boumédiène. Jean Sénac n’aura de cesse de fustiger le nouveau régime par le biais de l’écriture. Il publie en 1968 « Avant Corps » (Gallimard) tandis que le pouvoir l’ignore. Après un court séjour en France où il rencontre de nouveau Char en 1969, il écrit une suite de poèmes dans lesquels il dénonce la trahison de l’idéal révolutionnaire : ce sera « Dérisions et Vertiges » (Actes Sud , livre posthume paru en 1983.
Sa vie matérielle est de plus en plus précaire. Réfugié dans sa « cave-vigie » à Alger, il ne cesse d’écrire : il publie en 1972 « Les Désordres » (Editions Saint-Germain-des-Prés ). Il est assassiné dans la nuit du 29 au 30 août 1973, crime crapuleux ou politique : on ne saura jamais. Par la suite d’autres livres de Sénac verront le jour dont « Ébauche du père » ( Gallimard ), publié en 1989, unique roman du poète.
Avec cette biographie particulièrement documentée s’impose la présence de ce poète solaire, chantre de l’a
mour et de l’Algérie pour qui l’écriture et la vie se fondaient dans un même creuset.

Max Alhau




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mercredi 30 octobre 2013, par Max Alhau

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Bernard Mazo
« Jean Sénac, poète et martyr »

(Biographie-Seuil, 512 pages. 25 €)
Avant-propos de René de Ceccatty,
préface de Hamid Nacer-Khodja.



Bernard Mazo

Bernard Mazo est né le 13 avril 1939 à Paris. Poète, critique et essayiste, il a publié une dizaine de recueils. Il figure également dans près d’une dizaine d’anthologies dont « Poésie de langue française, 144 poètes d’aujourd’hui « (Seghers, 2008), « L’Anthologie de la poésie française » (Larousse, 2007), « La Poésie française contemporaine » (Le Cherche-Midi, 2004), « Histoire de la poésie française » de Robert Sabatier (Albin-Michel, 1988), « La Nouvelle poésie française » (Seghers, 1977), « La Poésie française depuis 1945 » (Ed. Saint-Germain des Près, 1971), ainsi que celle consacrée en langue arabe à la poésie française contemporaine par le poète libanais Paul Chaoul (Beyrouth, 1982).
Il a par ailleurs collaboré à plusieurs hommages collectifs et colloques et est l’auteur de chroniques littéraires dans de nombreuses revues (Aujourd’hui poème dont il fut codirecteur durant neuf ans, Sud, Autre Sud, Europe, Arpa, Qantara, etc.) Il est Secrétaire général du Prix Apollinaire, membre de l’Académie Mallarmé et du Pen-Club français.
Bernard Mazo est décédé le 7 juillet 2012, d’un arrêt cardiaque, dans sa 73e année.



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