Retour à l’accueil > Auteurs > BAYO Gérard > « Jours d’Excideuil »

Gérard Bayo

« Jours d’Excideuil »

Avec « Jours d’Excideuil », ce sont des tableaux issus de la réalité que Gérard Bayo livre au lecteur.



Dans ce recueil à l’écriture souvent brisée qui reflète l’incertitude de la vie, les figures historiques sont parfois présentes : ainsi les troubadours Arnaud Daniel, Bertrand de Born ou d’autres poètes comme Rimbaud, Tadeus Borowski, Anna Akhmatova, auxquels il fait allusion, s’insèrent dans ces poèmes pour en compléter le sens. Pourtant des fils directeurs donnent le ton à cet ensemble. Tout d’abord le regard de Gérard Bayo est toujours empreint d’une humanité qui se traduit par une confiance dans la vie invoquée et présente sous ses aspects les plus divers. Une vie qui est peut-être le seul bien qui nous occupe : « Peut-être ne te regarde plus / droit dans les yeux / que la vie ».

JPEG - 29 ko
L’herbe qui tremble, 180 pages. 14 €

Pourtant, quelque que soit son aspect, sa fortune, la vie témoigne surtout d’une approbation de l’amour auquel Gérard Bayo s’attache solidement. De l’amour il observe les diverses composantes, depuis son apparition soudaine : « Inventé leur monde, inventé / leur amour », jusqu’au souvenir que l’on en a, la vieillesse venue : « Bientôt / que fera-t-elle de ces jours de fidèle amour / lointain, / de ses yeux bleus si beaux ? » Il faut explorer lentement l’univers qui se présente à nous dans ce recueil pour en comprendre la richesse. A l’amour Gérard Bayo associe la beauté dont l’existence ne peut être mise en doute : « Puisqu’elle n’est pas illusion / la beauté », écrit-il mais réalité. Toutefois faire confiance à l’amour, à la beauté, ce n’est pas exclure le tragique que toute existence connaît, ce tragique causé par les guerres et autres conflits : l’expression sobre, l’effacement du décor traduisent en contrepoint ce sentiment : « Arrivant ici, / nul n’arrivait./ Partant d’ici, nul ne partait ». Aussi la mort n’est-elle pas absente de la réflexion de Gérard Bayo, une mort conçue sans peur, sans rejet, voire sans réalité : « La mort peut-être n’existe pas », écrit-il.

C’est bien par la confiance dans les mots que nous parvenons à maintenir présent l’espoir qui parcourt ces poèmes. Il en faut peu pour que l’on perçoive la force d’une saison au clair symbole : « Corps et âme le printemps bat son plein. Corps/ et âmes/ ou rien. » Quelquefois ce sont des évocations de scènes familières, d’une vie ordinaire, tableaux brossés sur le motif, ainsi de cette petite gare en Pologne : « Devant les chaises / vides / l’orateur poursuit. Dehors le vent clabaude, la pluie s’acharne. » Cette attention aux petits faits souligne l’acuité de la vue de Gérard Bayo pour qui toute réalité est matière à poésie, à réflexion.

Avec Jours d’Excideuil, Gérard Bayo, par une écriture sobre, une vision aiguë de la réalité, livre au lecteur un monde qu’il éclaire avec force et dont la justesse n’est jamais prise en défaut.

Max Alhau


Lire aussi :

Gérard Bayo : DOSSIER
Gérard Bayo : Portrait (Lucien Wasselin) Lire
Gérard Bayo : « Jours d’Excideuil » (Max Alhau) Lire
Gérard Bayo : « Neige » suivi de « Vivante étoile » (Lucien Wasselin) Lire
Gérard Bayo : « Un printemps difficile » (Lucien Wasselin) Lire
Gérard Bayo : « La langue des signes ». (Lucien Wasselin) Lire
Gérard Bayo : « La gare de Voncq » (Lucien Wasselin) Lire



dimanche 28 mai 2017, par Max Alhau

Remonter en haut de la page



Gérard Bayo

Gérard Bayo, né à Bordeaux en 1936. A publié une vingtaine de recueils de poèmes et plusieurs essais sur l’œuvre d’Arthur Rimbaud.



Bibliographie succincte

Poèmes :
. Les Pommiers de Gardelegen, préface de Pierre Emmanuel. Ed. Chambelland, 1971.
. Un Printemps difficile, préface de Jean Malrieu. Ed. Chambelland, 1975 (prix A. Artaud 1976).
. Didascalies. Ed. Le Verbe et l’empreinte, 1977.
. Au Sommet de la nuit. Ed. Saint-Germain-des-prés, 1980.
. Déjà l’aube d’un été. Ed. Saint-Germain-des-prés, 1984.
. Didascalies II. Ed. Le Verbe et l’empreinte, 1985.
. Vies. Ed. Sud, 1989.
. Poeme. Ed. Dacia Cluj-Napoca, Roumanie (prix international Lucian Blaga 1991).
. Le Mot qui manque. Ed. L’Arbre à paroles, 1994.
. Omphalos. Ed. L’Arbre à paroles, 1995 et Verlag im Wald, 1997, Rimbach, Allemagne.
. Tu nous gardes en mémoire, préface de Jean Joubert. Ed. Librairie Bleue, 1997.
. Dans la Baie du Silence. Traduction en allemand de Rüdiger Fischer. Ed. Verlag im Wald. 2001.
. Pierre du seuil. Ed. L’Arbre à paroles, 2003.
. Instant donné. Version allemande de Rüdiger Fischer. Ed. Verlag im Wald, 2004.
. Km 340. Atelier La Feugraie, 2006.
. Ressac de lumière. Version allemande de Rüdiger Fischer. Ed. Verlag im Wald, Rimbach, 2006.
. Pas Encore, traduction de Rüdiger Fischer. Ed. Verlag im Wald, Rimbach, 2009.
. Chemins vers la terre, Le Taillis Pré, Châtelineau, Belgique, 2010.
. Murs de lumière, traduction de Rüdiger Fischer. Verlag im Wald Rimbach, 2010 (prix Virgile 2010).
. La Gare de Voncq. Ed. L’Arbre à paroles, Amay, Belgique, 2011.

essais :
.Aux éditions Verlag im Wald, Rimbach, Allemagne : L’Autre Rimbaud, 2007.



-2017 Revue Texture Contact | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0