Retour à l’accueil > Auteurs > ANCET Jacques > « L’âge du fragment »

Jacques Ancet

« L’âge du fragment »

Dans sa collection Ecri(peindre), l’éditeur crée de très beaux livres qui « perpétuent le patrimoine de la typographie ». Jean Murat accompagne ici les pages de Jacques Ancet de quatre peintures ouvertes à l’imaginaire, où la fragmentation enfante et lève d’étranges corps.




Chronique de jours plus sombres où rôde une menace diffuse, imprégnée d’une peur vague et « visqueuse », gagnée par le gris et le froid, la neige de l’oubli. A l’âge incertain où l’avant s’absente et où « le futur en brume immobile » ne fait pas signe. L’écriture alors se fragmente en « éclats, esquilles » ou « mots sans suite ». Laconique, syncopée, entrecoupée de questions pressantes, haletante parfois, comme prise dans une urgence vitale. Hantée d’images tranchantes de « lame » et « couperet », de visions de corps morcelé « tête qui roule », mains flottantes comme dans Reverdy. Un peu de fluidité émerge pourtant ça et là, résurgence respirante du bruissement de vie profonde, mais le souffle coupé reprend. Rythme intime d’un temps d’épreuve, où l’attente se fait « étroite », où les choses se retirent, font silence, et la mémoire s’émiette. « Bouffées de passé », rires, roulades, « visages à contre-jour », paroles de disparus. « Mais ma vie, comment la refaire ? »
Peur « à regarder venir ce que je ne veux pas voir », face à la violence sans fin « le mot nazi dans la lumière », peur de l’immobilité, de la stagnation, de la torpeur, et surtout de perdre la voix et le fil. Doute, interrogations sur l’écriture : « Comment dire ? Comment ne pas dire ? »
Ce texte tourmenté est habité par une tension extrême entre tout ce qui sape et défait et l’exhortation au mouvement vital : « Avance » « Lève-toi », « Cherche la vie sous la menace ».
Recommence, dit toute l’œuvre.

(Jacques Ancet : « L’âge du fragment », éditions Æncrages & Co. Peintures Jean Murat 2016)


Jacqueline Saint-Jean



Voir aussi :

« L’âge du fragment »

« Entre corps et pensée »

« Les livres et la vie »

« Huit fois le jour »

« Portrait d’une ombre »

« Chronique d’un égarement »

Jacques Ancet dans la revue "Autre Sud"



dimanche 16 octobre 2016, par Jacqueline Saint-Jean

Remonter en haut de la page



Jacques Ancet

Jacques Ancet est né à Lyon le 14 juillet 1942.
Après des études secondaires et supérieures dans cette même ville, il fut lecteur de français à l’Université de Séville, puis agrégé d’espagnol. Il a enseigné plus de trente ans dans les classes préparatoires aux grandes écoles avant de se consacrer à son travail d’écrivain et de traducteur près d’Annecy, où il réside.

Auteur d’une cinquantaine de livres (poèmes, proses romanesques, essais), il a traduit parallèlement à son travail d’écrivain, quelques-unes parmi les plus grandes voix de la littérature hispanique comme Jean de la Croix, Francisco de Quevedo, Ramón Gómez de la Serna, Jorge Luis Borges, Vicente Aleixandre, Luis Cernuda, María Zambrano, Xavier Villaurrutia, José Ángel Valente, Antonio Gamoneda, Juan Gelman, etc.

Il a obtenu de nombreux prix : le prix Hérédia de l’Académie française, le prix de poésie Charles Vidrac de la SGDL, le prix Guillaume Apollinaire, Prix européen de littérature, etc.



-2017 Revue Texture Contact | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0