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Serge Pey

« L’Alphabet des trimards »

Une lecture de Jacmo

Jacques Morin a lu « L’Alphabet des trimards » que vient d’éditer Vincent Rougier à l’enseigne de "Ficelles". Il y décèle « une transformation à vue de nos assises quotidiennes »



Vincent Rougier, l’éditeur, rappelle le sens du mot « trimard » : vagabond qui gravait à l’entrée des villes des signes qui voulaient dire : Ne reste pas là ou On donne à manger… Serge Pey les réinvente en gravures et surtout les développe en poèmes bien dans sa manière.
Ses images souples, rapides procèdent souvent de l’équivalence ou de l’inversion : « le soleil n’est qu’un buvard où s’impriment / des lettres à l’envers » ou bien « le raisin boit son propre vin ». Les vers sont la plupart du temps formés d’une phrase simple, vers qui se suivent dans une accumulation de plus en plus sidérante où l’analogie incluse fonctionne avec retour sur un élément, ou pas. « Le lait bouillit / dans la mamelle des vaches ».
Chaque image est en soi surprenante, on pourrait parler de surréalisme visionnaire, ou d’imprécations magiques « Le corbeau dans son vol / ouvre le passage au vent ». Et chaque poème déploie une liste de réalités qui n’existaient pas jusques là, jusqu’à ce que Serge Pey, le sorcier, les écrivant les réalise aussitôt. Improbables auparavant, elles deviennent plus que possibles, évidentes. « Les aveugles font le commerce de la nuit / Ils vendent les pupilles / qu’ils n’ont pas usées ».
Les faits sont bientôt donnés comme déterminés et pour mieux faire adhérer le lecteur à son monde, sinon enchanté, du moins métamorphosé, le poète l’inclut dans un « nous » indiscutable « Les os tressent des tendons entre les horloges / Nous écrasons les heures à coups de marteau ».
Tout se fait tête bêche et le renversement universel, cette révolution des mots dans les mots, finit par être naturel ; on ne cherche plus à reconstituer ce qui fut, mais bel et bien à lire encore et encore cette transformation à vue de nos assises quotidiennes. Tant le plaisir poétique repose sur cette manipulation verbale où nulle carte cachée ne se trouve en fait sous aucun des trois cônes du bonneteau. « A la fontaine l’eau devient / un ruissellement de couteaux / On essaie de laver le jour sans le déchirer. »

Jacques Morin



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jeudi 9 octobre 2014, par Jacques Morin

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Serge Pey :
« L’Alphabet des trimards »




Ficelles 101 / Vincent Rougier éd. 9 €.
(Les Forettes – 61380 Soligny la Trappe.)



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