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Louis Dubost

L’éditeur des poètes est poète

« La Vie voilà », « Évidence qui passe », « L’Ile d’Elle »

Tous les amateurs de poésie connaissent le nom de Louis Dubost, le créateur et animateur des éditions Le Dé bleu, tous en revanche ne savent pas qu’il est aussi poète, trop discret sans doute. Pourtant Louis Dubost a une œuvre derrière lui.



« La Vie voilà »

Dans la collection « Poésie-Poche » au format agréable, La Bartavelle éditeur a réédité « La Vie voilà » , initialement publié par L.O. Four en 1981, et qui avait valu à son auteur le Prix Artaud en 1982.

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Louis Dubost dessiné par Jacques Basse

Sous ce titre, Dubost avait regroupé des poèmes publiés en plaquettes, dont l’incisif « Silex à vif », « Le Livre des échéances », « Sources », « Faits-divers » , etc. Cette réédition fut augmentée de quelques textes amoureusement sculptés pour un hommage à « La Pipe » . Ce premier parcours représente environ dix ans de poésie et l’on y voit les thèmes de Dubost – la nature, les paysages, la femme – se mettre en place, comme on assiste à l’émergence d’une sensualité de plus en plus affirmée dans une écriture qui fut d’abord très laconique.

Puiser sans épuiser

« J’écris / coagulant / la langue la foi le doute / à la façon des poètes », affirme Dubost, qui sait y reconnaître une « fougueuse angoisse » : sa poésie n’exclut rien, elle prend en charge d’un même mouvement le monde extérieur (« la vie me jette à la fenêtre »), le monde intérieur et leur dialogue. Elle exorcise, car « dire apaise l’ombre » : la concision, la précision des mots, les registres privilégiés du coupant, du dur, du gel, du sel du roc ou de l’os traduisent comme une volonté de résister, d’opposer à la mort partout débusquée (cette « mort qu’on traîne à chaque pas ») l’énergie d’un homme debout. Mais elle chante aussi : un paysage, une femme, des sources qui apaisent ou vivifient. Soit un « pays de vignes / sec comme la glaise / où rêve un vin / épris de profondeur », soit « l’écriture des sèves », soit les « mots fendus » de l’érotisme et du corps de la femme aimée.
« Puiser / sans épuiser / geste / de source / et de langage » écrit Dubost. Et c’est presque un art poétique pour ce recueil dont l’écriture reste tendue (la poésie est ici la tension même de la langue), allusive, et procède toujours du monde, coule de source bien vivante.


« L’Évidence qui passe » précédé de « L’Ile d’Elle »

Dans l’ensemble de poèmes en prose, intitulé L’Ile d’Elle , par lequel commence le recueil, Dubost ouvre une sorte de dialogue entre deux textes en regard, l’un très court, l’autre qui pourrait passer pour son développement – encore qu’il soit difficile de dire lequel est prétexte de l’autre.
Peu importe sans doute : « Je me laisse aller d’une idée à l’autre, de la plus banale à la plus corrosive : chaque poème couve une braise blanche, grosse d’indices intimes », écrit l’auteur qui sait bien qu’ « une île / s’ouvre / entre la pupille / et le papier » – entre le regard et les mots – et que tout se joue dans les interstices, les rapprochements involontaires, la polysémie des images plus ou moins récurrentes. « Seule la poésie peut donner une chance à notre part d’ombre », dit-il encore, affirmant ainsi qu’il ne cesse d’interroger.

« Les dire conserve les choses »

Mais il interroge moins l’espace du dedans, me semble-t-il, que celui qui s’ouvre devant nous – celui de « la terre comparse » – et que la relation que nous entretenons avec lui. « Les livres étaient des îles », lit-on ; mais l’île est aussi le monde, d’une certaine façon toujours inaccessible : « Comment écrire son huis-clos désirable ? » Autrement dit : comment l’écriture – cette « affaire de sève, de muscles, d’extrême ascèse » – peut-elle nous gagner l’île, nous rendre présents à ce monde d’herbe, de sable et d’eau, fuyant quand on l’approche. Toute la poésie tient dans cet effort, peut-être.
Certes, « les dire conserve les choses », mais « nous nous perdons dans notre propre langue » et c’est le monde qui nous échappe quand nous le nommons. Il s’agit sans doute d’abord de le regarder, de l’écouter, de s’y perdre jusqu’à en oublier les mots-repères. « Déjà, une hirondelle coupe ras le soleil levant. C’est dimanche, dit-on, et rien ne le distingue des autres jours. J’oublie qui meurt en moi. L’écriture et le reste n’ont aucune importance. »
C’est peut-être ainsi qu’on dégage le terrain à « l’évidence qui passe », celle qu’on va retrouver, par la grâce d’une image, d’une suggestion, d’une analogie, dans le poème, et qui va nous permettre de jeter l’ancre auprès de l’île. Alors, les mots et les choses finissent par se confondre, un peu comme dans cette suite consacrée à l’escargot (Dubost est un passionné de gastéropode) en fin de volume : « quelque chose comme l’escargot / enroulé dans le jardin en hiver / s’obstine dans un poème et pourtant / quelque chose comme un poème / de james sacré relu cet été / s’obstine dans un escargot c’est selon ».
Un fragile équilibre dont les textes sur le Brionnais (pays natal de l’auteur) ou sur la ville disent toute la précarité : « Et toujours en vous / cette angoisse qui bondit (…) vous grattez jusqu’à l’âme / le dedans fragile des mots / la mort mise à nu / n’est plus une étrangère / ni l’évidence du poème / qui simplifie tout / comme les serres plantées / dans le cœur qui gigote ».

Michel Baglin

Critiques parues dans "Autre Sud", 2001



« Un éditeur… voilà ! » : hommage au « Louidubo »

« Un éditeur… voilà ! » Le titre rappelle celui d’un recueil de Louis Dubost, « La vie voilà »  : rien d’étonnant, ce petit livre est en effet un hommage au créateur du Dé Bleu (devenue plus tard l’Idée Bleue) qui, pendant plus de trente ans, a accueilli tout ce qui comptait de poètes vivants, et qui a mis la clef sous la porte récemment, en 2009, pour une retraite occupée par… l’écriture (voir ici). C’est donc avec émotion et humour qu’une vingtaine de « ses » poètes ont écrit à Louis pour rendre hommage à son travail et à sa relation très riche, et parfois bourrue, avec les auteurs. L’ensemble est publié par Cadex éditions, qui ont repris la collection Farfadet bleu de l’éditeur de Chaillé-sous-les-Ormeaux.



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dimanche 24 octobre 2010, par Michel Baglin

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Louis Dubost
« La Vie voilà »


La Bartavelle éd.
128 pages

« L’Évidence qui passe » précédé de « L’Ile d’Elle »


Le Castor Astral éd.



Louis Dubost

Louis Dubost est né le 13 avril 1945 à La Clayette (Saône et Loire). Il a passé son enfance dans la campagne du Brionnais, puis son adolescence à Mâcon. Et suivi ses supérieures à Lyon.
Il a été professeur de Philosophie à La Roche sur Yon en Vendée.
Louis Dubost vit à Chaillé-sous-les-ormeaux où il a exercé une activité d’éditeur depuis 1974 jusqu’à récemment, d’abord au sein de l’association Le Dé Bleu, et après 2004 en qualité de directeur littéraire aux Editions L’idée Bleue.



L’Escargot textes choisis par Louis Dubost

Louis Dubost est aussi – ce que l’on sait moins – un grand amateur d’escargots. Et pas seulement au beurre aillé, mais dans toute l’acception et l’ambigüité du verbe « aimer ». « J’ai emporté mon enfance dans un escargot », écrit-il, poursuivant : « l’escargot, à la fois modèle de la fragilité par son corps et de la solidité par sa coquille, constitue une métaphore de la personnalité humaine ». Aussi lui consacre-t-il une somme : ce recueil de textes choisis, savants ou poétiques, sérieux ou drôles, ayant tous trait au gastéropode, ami et symbole. Basho, Bachelard, Vincenot, Ponge, Vialatte y sont conviés, mais encore Francis Blanche, Françoise Dolto, Cavanna, Patricia Highsmith, Le Clézio, etc.
On y découvre à quel point la « cagouille », « l’escargol », ou encore « le limaçon » aura fasciné les écrivains par ses amours hermaphrodites, la rigueur et les propriétés géométriques de sa coquille, sa lenteur ou sa capacité à rentrer en lui-même et à se retirer du monde pour l’hiver.
(L’Escargot, textes choisis et présentés par Louis Dubost. 188 p. Ed Favre, Lausanne.)



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