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Didier Daeninckx

« L’Espoir en contrebande »

Une lecture de Lucien Wasselin

Didier Daeninckx nous a habitués à ses romans noirs qui dénoncent l’ordre établi, où l’enquête est l’épine dorsale de la réalité et où l’important n’est pas de découvrir le coupable, mais de comprendre comment les choses ont pu en arriver là. Avec « L’Espoir en contrebande » , ce sont vingt-six nouvelles qui font le tour du monde.



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Didier Daeninckx Photo Guy Bernot

Comment rendre compte d’un recueil de nouvelles où se nouent et se dénouent cent intrigues toutes différentes par leur cadre, leurs protagonistes ? « L’Espoir en contrebande » n’est pas un roman, ce sont vingt-six nouvelles qui font le tour du monde ; mais c’est le roman de la vie, le roman d’un aujourd’hui qui n’oublie pas le passé. Un roman où le réel dépasse la fiction ; mieux, un roman où le réel et la fiction sont inextricablement mêlés... Didier Daeninckx nous a habitués à ses romans noirs qui dénoncent l’ordre établi, où l’enquête est l’épine dorsale de la réalité. « L’Espoir en contrebande » offre bien sûr sa cohorte de morts mais l’important n’est pas de découvrir le coupable, mais de comprendre comment les choses ont pu en arriver là. L’important est plutôt symbolisé par une célèbre photographie de Willy Ronis en couverture, La Péniche aux enfants (1959) ; tout comme il est aussi symbolisé par la dernière nouvelle qui donne son titre au recueil...

Un portrait sombre de l’époque

Tout Daeninckx est là : dans cet intérêt pour la photographie humaniste (n’avait-il pas en 1995 orné la couverture de « En marge » dans la collection Folio d’une photographie de Willy Ronis, Mineur silicosé, Lens (1951) et réalisé, toujours avec Willy Ronis deux albums publiés chez Hoëbeke, respectivement en 1996 et 1999, « À nous la vie » et «  Belleville Ménilmontant » ...) et dans l’Histoire comme moyen d’appréhender la vie quotidienne dans toute sa complexité.
C’est que Daeninckx est un auteur que révoltent les injustices, qui s’intéresse aux humbles, aux laissés-pour-compte de la société. Tout cela se vérifie dans ce recueil. Et c’est un portrait sombre de l’époque qui se donne à lire dans ces nouvelles : morts bien sûrs, meurtres crapuleux, misère quotidienne, fanatisme, pouvoirs aux abois, médiocrité de la télévision, refus de l’autre... L’énumération serait longue ! On se prend alors à penser à ce mot de Gérard Le Gouic : « Toute cette évolution de l’humanité pour en arriver à produire des footballeurs, des coureurs cyclistes, des joueurs de tennis »  : il suffit de lire Fous de foot ou Malle de batch ! Mais des nouvelles comme Page de garde ou L’Espoir en contrebande empêchent le lecteur de sombrer dans le désespoir. Car il est vrai que nous ne sommes pas tous des consommateurs décervelés mais aussi les héritiers de Missak Manouchian (immortalisé par Aragon dans L’Affiche rouge que chante Léo Ferré) dont Daeninckx rappelle à propos qu’il fut poète et de la compagnie maritime France Navigation qui livra des armes en contrebande aux Républicains Espagnols quand l’heure était à la non-intervention...

S’il est vrai que la force d’un livre se mesure à ce qu’il provoque ou réveille en nous, « L’Espoir en contrebande » est un livre fort. Car il nous fait rêver d’un monde où l’espoir ne serait plus un objet de contrebande mais le lien entre les humains.

Lucien Wasselin



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« L’Espoir en contrebande »



lundi 23 avril 2012, par Lucien Wasselin

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Didier Daeninckx,
« L’Espoir en contrebande »

Le Cherche-Midi éditeur,
270 pages, 8 €.



Didier Daeninckx

Né le 27 avril 1949 à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) dans une famille modeste, Didier Daeninckx a été ouvrier imprimeur à 17 ans, puis animateur culturel et enfin journaliste.
Son premier roman, « Mort au premier tour » , est paru en 1982. Mais c’est avec le second, « Meurtres pour mémoire » , qu’il se fait connaître. Il y raconte la répression sanglante de la manifestation FLN du 17 octobre 1961 à Paris, qui vit des dizaines voire des centaines d’Algériens jetés à la Seine.
Comptant parmi les porte-drapeaux de la littérature noire engagée politiquement, il a publié depuis plus d’une trentaine de romans et de recueils de nouvelles. Il écrit également des scénarios pour la radio et la télévision.
Son œuvre, qui tend toujours à la critique sociale et politique, s’attache souvent au problème de la mémoire historique en dénonçant tout ce qui relève de l’oubli, du déni, du négationnisme. Didier Daeninckx travaille en tant que journaliste à amnistia.net, un quotidien en ligne d’information et d’enquêtes.



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