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Guénane

« L’intruse »

Un roman historique lu par Lucien Wasselin. Une façon romancée de narrer l’histoire du Paraguay



Guénane signe un roman historique de plus de 350 pages dont le fil rouge est le féminisme. C’est sa façon de raconter l’histoire du XIXème siècle de ce pays où elle a enseigné, une façon romancée de narrer l’histoire du Paraguay, avec Solano Lopez et Carlos Antonio Lopez le père, président de ce petit pays… Elisa Lynch tombe amoureuse, bien que mariée à un officier servant en Algérie (Xavier de Quatrefages), du fils Paraguayen en mission, en France. En 1862, ce dernier devient Président à son tour, et mourra au combat en 1870.
J’ai commencé par écrire que le fil rouge de cet ouvrage était le féminisme : les modèles d’Elisa Lynch sont George Sand et Germaine de Staël (ou du moins l’une de ses héroïnes). La passion est de règle mais Elisa ne sera jamais épousée par le Général qu’elle a suivi. Elle en aura six fils après avoir perdu une fille. Elle est humiliée par le père qui, tout Président qu’il est, déclare : « L’amour n’est pas fait pour les hommes d’Etat » (p 94). Elle ne manque pas de caractère puisqu’elle pratique l’escrime : « ce sport me prépare aux assauts à venir » (p 90) ! Guénane prend quelques libertés avec l’Histoire : les dates sont étrangement absentes du récit (rappelons-le : Napoléon III fut d’abord élu Président de la république en 1848 avant de devenir empereur des Français en 1863 après un coup d’état et épousa Eugénie de Teba en janvier 1853 ; c’est un roman avant toute chose).
On ne cherchera pas d’analyse socio-politique des rapports de forces : tout se réduit à l’esprit d’Elisa, à ce qui s’y passe. C’est qu’Elisa Lynch pourrait faire sienne cette formule de Guénane : « Qu’est-ce qu’une raison d’Etat au regard de ceux qui perdent leur vie sans comprendre » (p 168) ; on serait tenté d’ajouter « là où il n’y a rien à comprendre ». Les combats sont magistralement décrits : Elisa adhère pleinement aux intérêts de l’armée paraguayenne.
Mais las, c’est l’avenir qui est en danger au Paraguay dès lors que les combats font rage (p 192). C’est la guerre dont le récit est trop long, mais sans doute nécessaire pour en montrer toute l’horreur. L’amour d’Elisa pour Solano vient se mêler aux bruits du canon et des batailles… Sans entrer dans les détails, Elisa Lynch fait preuve d’un beau sens politique quant à l’indépendance et l’existence du Paraguay qui est toujours sur la carte de nos jours : sens politique exacerbé par la défense qu’elle mène de Juliana Martinez (pp 226-227), c’est tout l’art de Guénane. Mais la politique n’est rien à côté de l’amour de la musique et de la poésie, omniprésent dans ces pages.
La 3ème partie est consacrée à l’après-désastre. Si Elisa meurt en 1886, Guénane la fait mourir le 25 juillet 1886 alors que Wikipédia la fait quitter ce monde le 27 du même mois… Peu importe ! « Je te promets de témoigner pour les vaincus. » (p 285) affirme Guénane qui fait ainsi penser tout haut Elisa. Si Solano meurt en 1870, la Commune commence. Mais c’est une autre histoire qui se terminera au mur des Fédérés et par un bain de sang ou la déportation. Oui, « Paris n’en finira jamais de porter le deuil de la Commune » (p 288).
Guénane laisse un témoignage très fort de ce que fut l’histoire de ce petit pays au XIXème siècle ; le temps qui passe apaise les différends entre les états ou à l’intérieur de ces derniers : l’entrée de Victor Hugo, mort, au Panthéon le prouve…

Lucien Wasselin.


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dimanche 2 septembre 2018, par Lucien Wasselin

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Guénane :
L’Intruse.


Chemin faisant éditions,
(368 pages, 13 euros. En librairie.)



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