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Adeline Baldacchino

« L’oiseau de Boukhara »

Une lecture de Marilyse Leroux

De « la vieille ville tout là-bas » m’est arrivé un oiseau blotti dans son plumage orangé, qui m’a emmenée d’un coup d’aile fabuleuse très loin, sur la Route de la soie, dans le pays ocre et bleu des Ouzkeks en compagnie de la poète voyageuse Adeline Baldacchino. Un livre minuscule comme un nid d’oiseau pour ne plus avoir peur.



L’ouvrage, précieux dans sa forme artisanale, est un savant origami au format 6 cm sur 6 qui s’ouvre sur 8 pages pliées en accordéon (1), chacune commençant par ces mots : « dans la vieille ville de boukhara », avec une variante en dernière page : « sous les toits de boukhara ». Ce nom déjà est une invite aux « rêves de soies d’épices et de caravansérails au long des oasis ».

Arpenter les places, les temples, les coupoles de l’ancienne cité perse (2), c’est pour l’auteur − dont c’est la terre ancestrale − voyager dans sa mémoire et dans celle du pays. C’est grimper, 888 ans après, soit « trois fois l’infini », en haut du minaret Kalyon sur les traces d’une « jeune fille condamnée à mort pour avoir aimé un architecte ». C’est restituer par le poème la vision douloureuse de cette scène suspendue au bord du vide : chute ou envol ? Quel sera le pouvoir de « l’oiseau de boukhara » ? Peut-on parmi les soies brodées inventer des « linceuls de miracle  » et réécrire les légendes pour se sauver soi-même ? Telle est la quête de ce poème écrit comme dans un rêve éveillé, une longue mélopée que n’arrêtent aucune ponctuation, aucune majuscule, excepté à Sukhrob « au nom de héros  » qui « parlait du désir sur une terrasse mangée par le soleil face au minaret ».

À la lecture de ce texte, on repense avec émotion à ces mots écrits par Adeline Baldacchino dans son « Max-Pol Fouchet le feu la flamme » : « Partout, l’amour suintait. Le ciel était plus grand que son cœur dans la cage thoracique trop étroite. Elle voyait une chose rouge, en fermant les yeux, qui serait un morceau de chair à vif et d’où la vie exsudait. Ses mains n’avaient pas beaucoup de sens. Elle ne savait pas voler. Ce qu’elle aurait voulu, c’est un peu de ce duvet qui annonce les plumes. Un jour, elle redeviendrait oiseau. »

« L’oiseau de Boukhara » est un voyage dans le temps au charme envoûtant, poignant, qui réunit dans ses ailes « le réel et le songe » (3). Sa fin nous étreint le cœur : il pourrait se trouver sous nos pieds d’autres vertiges à tenter, d’autres envols à vivre.

Marilyse Leroux


Notes :

(1)- On en profitera pour consulter sur leur site le catalogue des éditions Les Venterniers sises à Saint-Omer, une petite maison indépendante à la démarche éditoriale originale qui propose des livres insolites et de qualité tant par leur forme soignée que par leur contenu, en lien avec des artistes-artisans : affiches décalées, cartes postales en typographie, reliures originales, objets de papier...

(2)- On retrouvera dans le recueil "33 poèmes composés dans le noir (pour jouer avec la lumière)" paru aux éditions Rhubarbe en août 2015 plusieurs poèmes marqués par la Perse dont le très beau Poème pour Simourgh.

3- Citation extraite de l’ouvrage "Max-Pol Fouchet le feu la flamme" par Adeline Baldachinno, édition Michalon, octobre 2013, page 200.



Lire aussi :

« 33 poèmes composés dans le noir »

« L’oiseau de Boukhara »

« Michel Onfray ou l’intuition du monde »



dimanche 1er mai 2016, par Marilyse Leroux

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Adeline Baldacchino :
« L’oiseau de Boukhara »


Les Venterniers, collection Vagabonds / sur les toits,
illustration d’Olivier Sacriste,
(décembre 2015, 5 euros.)



Adeline Baldacchino

Adeline Baldacchino se présente sur son site, avec des « bribes pour un portrait ».
On y lit notamment :

« J’irai vite car je n’ai jamais bien su « me rassembler ». La vie, fractale, est indescriptible. On attrape quelques bribes dans le vent qu’on tente d’arranger pour définir le portrait d’une passante. On y colle quelques ailes de papillon, des noms qui sonnent bien, des rêves un peu fous. On songe à tout ce qui a été, à tout ce qui aurait pu être, à tout ce qui sera. Qu’il suffise donc de donner quelques repères.
J’écris dans tous les sens du terme et du papier depuis que je sais tenir un crayon. J’accumule des livres dans tous les sens des murs et des lits depuis que je sais déchiffrer une ligne. Je fais beaucoup de photos depuis quelques années. J’aime les avions qui me font un peu peur, les bateaux qui voguent très loin, tout ce qui permet de faire le tour du monde et de rencontrer quelques êtres improbables, quelques paysages hallucinés, quelques mots inattendus. Aujourd’hui, je continue de m’inventer des souvenirs, et de les transformer en mythologie dans les interstices lyriques de la vie réelle, où se niche la vraie vie – secrète. »



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