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François Laur

« La beauté gifle comme un grain »

Dans ces petites proses ciselées comme jamais, François Laur dit le désir qui refuse de s’éteindre



C’est une ode au désir (sous toutes ses formes) que donne à lire François Laur dans son récent recueil, « La beauté gifle comme un grain ». Non pas parce qu’il cite en exergue Annie Le Brun qui écrit merveilleusement ce qu’est le désir : « La puissance du désir est de sans cesse relier l’imaginaire et la réalité, en exaltant l’une par l’autre ». C’est tout simplement parce que dans ces petites proses ciselées comme jamais, François Laur dit le désir qui refuse de s’éteindre, bien qu’à chaque instant « s’en vienne un bruit de cloches sombres ».
Ce n’est pas égoïsme érotique car les échos du monde sont présents : « femmes de Kobanê arme à la main pour être libres », « les no pasarán », « au Kurdistan syrien, démocratie directe, autonomie des femmes », les oiseaux, le paysage, « À chaque page du journal, une escalade dans l’atroce, horreur à n’en plus finir » ... C’est que « le désir est notre existence », désir du monde comme désir de la femme. La préciosité de la langue sert aussi bien à chanter la femme aimée et son corps qu’à fabriquer du texte. Car l’important pour le poète, c’est l’écriture.

Mais il n’y a pas que la préciosité ; les poèmes de François Laur regorgent de mots rares : vésanie, nycthémère, organsin, tussor, lucques, culmen, soulas, fluence, éburnéen… L’allitération n’est pas absente : « pantelants, replis pulpeux et palpitants »… Les références à l’écriture sont nombreuses et délibérées : mot, calligraphie, écrire, livre, jambage, boucle, vocable, formule, texte, stylet, lettre, graphie, page, bâton, odelette, cantilène, laisse, verset, rythme, hymne, compte, rime… L’exergue est fréquente, la citation est revue et corrigée : « la barque de l’amour ne se brisera pas contre la vie courante » (d’après Maïakovski) ou utilisée « l’échange sans marché où la valeur d’usage ne serait que l’échange du don » (on reconnaît le vocabulaire marxiste). L’écriture est désir qui fonde l’écriture. Si l’angoisse saisit François Laur, le désir du monde est toujours là, tout comme le désir d’écriture. Le poète suggère un monde « guéret d’horreurs » pour mieux le refuser, comme il refuse les banalités, les clichés : s’il franchit un pont roman, c’est pour ajouter aussitôt qu’il ne rejoindra pas Compostelle !

Écriture plurielle donc, la femme aimée tisonne les mots charnus. Le corps amoureux écrit de multiples façons, François Laur écrit le corps. Le monde du produire et du marché est l’immonde. Comment s’étonner alors que cette plaquette se termine par cet alexandrin « En allant vers ton risque, tu écris le mien » ? Car, finalement, de la dichotomie entre le désir et l’horreur à n’en plus finir, c’est le désir qui sort vainqueur.

Lucien Wasselin.



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jeudi 1er septembre 2016, par Lucien Wasselin

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François Laur :
« La beauté gifle comme un grain ».


Éditions Rafael de Surtis
collection Pour un Ciel désert. 56 pages, 15 €.
En librairie ou sur commande chez l’éditeur : 7 rue Saint Michel. 81170 Cordes sur Ciel.


François Laur

François Laur, né en Aveyron (1943), vit aujourd’hui à Carcassonne, pays de soleil, de vin et de vent.
Il a fait ses études supérieures à Toulouse, longtemps s’est levé de bonne heure, a enseigné la littérature sur deux continents, s’est frotté de phénoménologie.
Il aime collaborer avec des artistes, écrit de brefs poèmes en prose (et, parfois, en vers).



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