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Werner Lambersy

« La dent tombée de Montaigne »

Werner Lambersy vient de publier chez Dumerchez « La dent tombée de Montaigne », un de ses plus beaux recueils de poèmes.



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Werner Lambersy : « La dent tombée de Montaigne » 88 pages. 17 euros.

Chaque chose vient, ou tombe à son heure, dit Montaigne, placé en exergue de ce recueil, au sujet d’une dent qui lui « vient de choir sans douleur, sans effort ». Et de conclure : « c’était le terme naturel de sa durée ». Telle est la sorte de « sagesse », qui constitue la toile de fond de ces poèmes. Ils me semblent compter parmi ceux (du moins ceux que je connais) de Werner qui sonnent les plus justes.
Privilège de l’âge, sans doute, et de la fréquentation des philosophies orientales : la déréliction n’exclut nullement une forme de sérénité qui fait que le monde dont on nous parle n’est jamais vraiment désenchanté, même si le regard est désabusé.
Oui, cela « chante », et sur une belle tonalité : « J’écris et puis je cuisine / pour donner / le change au sentiment / d’être inutile / La ville derrière la vitre / fait la même chose / avec la pluie ». Le poète part et parle d’un quotidien partagé, on y entre un hiver au « bureau de tabac où tout le monde enlève ses gants », on y remarque « à la sortie des classes les mamans qui portent les cartables des petits »… Mais son regard reste toujours beaucoup plus large et l’on passe sans cesse du macro au microcosme : « Dans le bol du chaton / l’eau a gelé / La nuit balance / des encensoirs d’étoiles / à la fenêtre ». C’est que tout se tient dans cette vision du monde envisageant « la chaîne qui nous unit / au soleil / et le soleil aux galaxies / La molécule à l’atome / et l’atome / aux chorégraphes de l’invisible ».
La mort est partout en filigrane et son vieux compagnon, Saturne, que Werner débusque souvent. « Le temps n’est qu’images », nous dit-il, et les images, si nombreuses et simples ici, le font terriblement sonner, ce temps tapi. Même si, reconnait-il, « je suis de ceux / qui ne courent pas / quand le métro va / démarrer ». Même si la tentation est grande de céder parfois à « l’idée très douce que le temps n’existe pas »
Mais on ne peut non plus gommer la dimension sociale qui accompagne cette déambulation dans les méandres de la vie journalière, car la dure loi de l’injustice économique est gravée dans le marbre : « pour que / peu aient beaucoup il faut / que beaucoup / aient peu ». On pourrait encore évoquer le souci écologique qui se glisse dans ces pages, ou la femme aimée qui y est discrètement célébrée.
Mais je veux surtout insister sur la justesse du ton. Pouvoir « faire poème de tout ça / des nuages gris / et du soleil », avec des notations aussi simples, supposent en effet beaucoup d’authenticité dans l’approche. « Je ne cherche pas ce qui est poétique », revendique l’auteur. Et c’est là, d’ailleurs, une des conditions incontournables de la poésie. Werner, bien sûr, la remplit.

Michel Baglin



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lundi 21 septembre 2015, par Michel Baglin

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Werner Lambersy

Né à Anvers en 1941, il vit actuellement à Paris, où il a été chargé de la promotion et de la diffusion de la poésie francophone de Belgique jusqu’à sa retraite. Son œuvre importante, riche d’une quarantaine d’ouvrages et distinguée par de nombreux prix, lui vaut d’être considéré comme une voix majeure de la littérature francophone.
Pour découvrir son portrait et quelques notes de lectures, cliquer ici.



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