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Georges Drano, portrait

La difficulté d’habiter le monde

Georges Drano vient de faire paraître "Premier soleil sur les buissons". Retour sur la vie et la poésie de cet écrivain né à Redon (35), qui a vécu en Bretagne et réside maintenant dans l’Hérault. Dont l’œuvre compte plus d’une vingtaine de recueils publiés en majorité chez Rougerie.
Portrait et lectures de quelques recueils.



Né en 1936 à Redon (35), Georges Drano a vécu en Bretagne jusqu’en 1993 et réside maintenant dans l’Hérault. Il fut enseignant, aujourd’hui il organise et présente régulièrement des lectures publiques et participe à l’organisation de festivals de poésie (A la Santé des Poètes, les Voix de la Méditerranée). Et qui a obtenu le Prix de poésie Guy Lévis Mano en 1992.

Avec plus d’une vingtaine de recueils publiés (la majorité chez Rougerie), Georges Drano, en 40 ans, a construit une œuvre à l’expression serrée. Ce parcours, les éditions L’Idée bleue (ex Dé Bleu. 96 pages. 13.5 €) nous ont proposé de le redécouvrir à travers un choix de poèmes effectué par Serge Meitinger (également auteur de la postface). Cette anthologie, " Pour habiter" a puisé dans les principaux livres, depuis "Le Pain des oiseaux" jusqu’à "Un mur de pierres sèches" en passant par "Grandeur nature", "Visage premier", "Présence d’un marais", "La Maison conduit à la terre" ou "Salut talus" . Elle met en évidence une cohérence qui s’est affirmée de livre en livre.

Loin de la ruralité convenue

L’univers de Drano est terrien, pour ne pas dire rustique, mais s’établit bien loin des clichés et de l’essentialisme de la ruralité convenue. Le lyrisme des premiers recueils a très vite cédé la voie à une écriture de quête où présence et distance se disputent les manières d’être.
A ce propos, Serge Meitinger parle de « deux extrêmes qui se trouvent tous deux récusés : d’une part un mode de vie paysan traditionnel, enclin à l’autarcie et à l’esprit de clocher, la structure familiale renforçant l’enfermement et le refus de l’horizon, et de l’autre, une modernisation calculatrice et rationalisante mais sans âme ni sens de la terre » (à propos de la défense du bocage).
Un rapport intelligent au pays et au paysage s’est perdu, les hommes ayant « rompu leur alliance avec le geste de semer, celui de moudre ou de prendre du repos » et laissé le productivisme appauvrir la terre

«  Pas de battement d’insecte,
pas d’envol.
Il fait nuit, la terre s’épuise.
Seule en surface tourne
la roue vertigineuse des rendements ».

Les brèches et les échanges

Mais penser la nature hors de l’histoire est aussi une illusion. Ainsi, le mur de pierres sèches qui s’effondre avec le glissement de terrain rappelle-t-il qu’il n’est pas là de toute éternité et ne peut y demeurer sans le travail humain (« Nous le pensions au-dessus, hors d’atteinte, accordé au temps »).
S’inscrire dans le pays, c’est en fait se situer dans une mobilité, un courant, un passage. On s’ancre moins chez Drano, qu’on ne cherche à habiter ces « brèches par où s’annoncent les échanges » qui relient l’ici et l’ailleurs, le dehors et le dedans.

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A Monpeyroux en juin 2000, Nicole et Georges Drano, Jacqueline Roques, Henri Heurtebise et Michel Baglin

Difficulté d’habiter, oui. Le monde comme sa propre vie, et ses mots. On ne s’installe pas plus dans la maison ou le pays que dans le présent ou dans la langue (« repris par l’existence, nous sommes chargés d’achever le récit qui en ce lieu ne cesse pas »). L’analogie, dans cette œuvre, entre le pays approché et la langue, est constante. Au point qu’on ne sait plus toujours faire le départ :

« A hauteur de la bouche, le talus
enclos et encolure de l’herbe
Et derrière le talus
la terre retournée dans les mots. »


Analogie qui passe souvent par la marche car, tandis que le pays ne se conçoit que dans le mouvement, l’accompagnement des métamorphoses, «  la parole est ce qui avance dans le corps. » Et la poésie est cet engagement pour être, et pour faire exister des pays (le marais salant par exemple). Une façon de faire exister ensemble l’homme et la terre, la nature et l’histoire, le village et l’horizon.

Michel Baglin



Lire aussi :

Portrait de Georges Drano par Michel Baglin

Entretien : « Fixer ce réel qui nous échappe... »

Lecture de quelques recueils par Michel Baglin

Lecture de « Vent dominant » par Max Alhau

Lecture de « Tant que Terre » par Max Alhau

Lecture de « Un mur de pierres sèches » par Bernard Mazo

Lecture de « Premier soleil sur les buissons » par Michel Baglin

Hommage aux Drano par Lucien Wasselin



vendredi 27 mars 2009, par Michel Baglin

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Bibliographie

* Un mur de pierres sèches, poèmes, Éd. Atelier La Feugraie, 2009
* Temps autre temps, poèmes, Éd. la Porte, 2009
* Premier soleil sur les buissons, poèmes, Éd. Rougerie, 2009
* Ô sables (éd. La Porte) 2006
* La chambre du lac (acryliques de Jacques Galey, éd. Les Cent Regards) 2006
* Pour habiter, poèmes, post face de Serge Meitinger , éd. Le Dé Bleu 2006
* Le murmure de la vigne, éd. La Porte, 2005
* La route, éd. La Porte, 2004
* Tenir, éd. Rougerie, 2003
* Le col au vent, éd. La Porte, 2003
* La charette au charbon, éd. La Porte, 2001
* L’autre jardin, éd. La Porte, 2000
* Village, éd. La Porte, 1998
* Dans le passage et la nuit, éd. Rougerie, 1998
* Salut talus, éd. Rougerie, 1994
* Eau tirant les rêves, Groupement culturel breton des pays de Vilaine, 1990
* Présence d’un marais, éd. Rougerie, 1990
* La Lumière sous la porte, éd. Rougerie, 1987
* Pièces d’une même porte, éd. Folle Avoine, 1987
* La Maison conduit à la terre, éd. Rougerie, 1982
* Le chemin du jour touche au chemin de la nuit, éd. Rougerie, 1978
* Présence d’un marais, éd. Rougerie, 1975
* Poèmes choisis, éd. Verticales 12, 1975
* Eclats, Rougerie, 1972
* Inscriptions, HC, 1971
* La terre plusieurs fois reconnue, éditions Du Seuil/Ecrire, 1968
* La hache, Rougerie, 1968
* Parcours, Rougerie, 1967
* Visage premier, Rougerie, 1963
* Grandeur nature, éditions Sources, 1961
* La pain des oiseaux, éditions Sources, 1959

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