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Yves Rouquette

« La faim, seule »,
un choix de poèmes

50 ans de poésie occitane

Né à Sète et vivant aux limites de l’Aveyron et de l’Hérault, Yves Rouquette (en occitan Ives Roqueta), qui fut un militant du mouvement politique et culturel occitan, et professeur de Lettres à Béziers, est un écrivain d’expression occitane et française. Depuis « l’Écrivain public » paru en 1958, on lui doit de nombreux recueils de poésie, mais aussi des contes, des nouvelles, des pièces, des essais et des chroniques.
« Pas que la fam » (« la faim, seule ») parue en 2009 à Letras d’oc, est une anthologie personnelle, bilingue, un choix de poèmes effectué par l’auteur à travers ses 50 années de poésie occitane. Il est décédé le 4 janvier 2015.



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Marie Rouanet, Yves Rouquette, Jacques Ibanès (qui a créé un récital autour d’Yves), et Michel Baglin à La Serre.

Les livres d’Yves Rouquette (en occitan Ives Roqueta) ne sont pas toujours, hélas, disponibles (tel est le cas, par exemple, du magnifique « Le fils du père » que j’ai pu trouver d’occasion sur le web et que Loubatières serait bien inspiré de rééditer !). C’est pourquoi l’une de ses dernières publications, « Pas que la fam » (« La faim, seule ») qui est un choix de poèmes effectué par l’auteur à travers ses 50 années de poésie occitane, est à ne pas rater ! L’auteur de « La messe pour les cochons » y donne à lire, en occitan et dans des traductions effectuées par lui-même, ou parfois par son épouse Marie Rouanet, ou encore par F-J. Temple, un large éventail de sa poésie, depuis son premier recueil, « L’escrivèire public » (« L’écrivain public ») paru en 1958.

Poésie élémentaire

Son préfacier, Joan Eygun, en ouverture à ces 170 pages, parle à juste titre, non de poésie paysanne, mais de « poésie élémentaire ». Elle en a en effet la force, l’impudeur, parfois la violence et puise sans pathos à tous les thèmes fondamentaux de la condition humaine et de la vie tout court. Yves Rouquette le proclame : « Lexique aussi bien que syntaxe / nous viennent du foirail / de la vie aux champs, du café, / de la table et du lit, / des plus ordinaires des jours, / mais c’est grâce quand ils irradient. » Le vers râpeux et vigoureux sait en effet « aller au monde aiguiser notre faim / d’absolu / dans le trivial ou la beauté ». Les poèmes sont tableaux, odes, célébrations ou contes, tout pétris de cruauté et de pitié pour les vivants douloureux, de piété aussi, dans une foi sans doute pas très orthodoxe, mais fervente, avec un Christ plutôt anar, un Christ qu’on force aujourd’hui à rire jusqu’aux oreilles à coups de rasoir…
Oui, les poèmes racontent de petites histoires, une scène d’hospice, un four qu’on rebâtit tout en consolidant sa langue, une fille qui frotte une pomme et la jette aux rats qui attendent « pour se rendre maitres de tout », ou cette autre belle qui sert l’eau de vie le jour de battage et allume les yeux des hommes... Oui, « c’est toujours / la même innocence, / toujours la même cruauté / qui d’un bout de la chaîne à l’autre / font exister tout ce qui vit. » Oui, les poèmes sont un chant qui décline « les chaudes raisons de s’accrocher à la terre », la chair qui nous donne « la certitude d’un infini à notre mesure exacte », la femme qui « vous pousse dans le sens de plus de clarté », et il s’agit bien de « traduire tout ça en langage commun qui donne faim et force », il s’agit bien d’user de « la plume pour pioche » pour « arracher à la vie les autres vies qu’il nous fallait / pour ne pas désespérer de la nôtre ».

Truculent et tonique

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Un double hommage a été rendu à marie et à Yves avec une exposition au Musée des Beaux-arts de Béziers, du 28 mai au 15 septembre 2013

Le poème « est un travail » et n’a certes rien d’innocent. Yves Rouquette ne se paie pas de mots ni d’illusions : « Je ne réponds de rien. Et pour personne. Nous sommes seuls » affirme-t-il. Mais en dépit de la mort toujours terriblement présente, des « angoisses de l’origine » et des mille autres tourments des vivants, il a le verbe truculent et tonique, rappelant que « tout, absolument tout, / est d’une indécence totale » et que « nos hymnes les plus désespérés / sont de merci et de louange. »
« Je m’entends cheminer vers le jour », dit-il, ramenant de cette naissance du fond des temps, et de ses pérégrinations, les cailloux du chemin qui le lestent, qui nous lestent. Lui qui a été un des animateurs du mouvement politique et culturel occitan (il a notamment fondé le label Ventadorn ayant permis à la nouvelle chanson occitane de trouver une nouvelle audience), le fait – et ce n’est pas le moindre de ses engagements – dans une belle langue d’Oc que ceux qui ont la chance de l’entendre sauront apprécier, et qui sans doute est consubstantielle à son propos. Ne l’oublions pas, « C’est au pied de la lettre / que nos mots sont à prendre. »

Michel Baglin



Yves Rouquette : « le fils du père ».

Publié par Loubatières en 1993, ce petit chef-d’œuvre (traduit de la langue d’Oc par l’auteur lui-même) est difficile à trouver, mais on peut toujours en dégoter sur la Toile, d’occasion – en attendant une réédition. Alors, je ne veux pas me priver d’en dire deux mots ! Le texte – une sorte de roman - a été écrit à la demande de Jérôme Savary pour un spectacle de Noël. Une histoire sainte, donc, mais revue et corrigée dans le style de son commanditaire, avec la verve d’un Yves Rouquette au mieux de sa forme !
Le personnage central n’est ni plus ni moins que Dieu - excusez du peu ! Mais un Dieu sans superbe. On le voit s’ennuyer, déprimer, après avoir créé le monde et tout ce qui l’habite. Le spectacle ne l’enthousiasme pas, ce qu’on dit et fait en son nom guère plus ! Le Tout-Puissant est sans énergie, ce qui nous vaut des monologues et dialogues avec les anges hilarants.
Heureusement, le Bon Dieu a le goût de la beauté et de la sensualité en réserve. Le voilà séduit par une jeune fille modeste, Marie, qui le tourneboule. Il a envie d’un enfant « pour lui porter la soupe le soir au coin du feu » , tout bonnement ! Aussitôt dit, aussitôt mobilisé le Saint-Esprit. Et Dieu devient père, retrouve l’enthousiasme et le bonheur ! Exit le Dieu jaloux de l’ancien testament, voici le Dieu d’amour des Évangiles : Dieu est comme le bon vin, il vieillit bien ! Surtout sous la plume de ce diable de Rouquette !

(110 pages)


Michel Baglin



Lire aussi :

« La faim, seule », un choix de poèmes

« Le chant des millénaires  » suivi de « Dieux Premiers »

Yves Rouquette : « Le Goût des jours »



vendredi 3 janvier 2014, par Michel Baglin

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Michel Baglin



Yves Rouquette
« Pas que la fam » (« La faim, seule »)

176 pages. 20 €.
Édition bilingue Occitan – Français.
Les Lettres occitanes - Letras d’òc.
(Bt L’Aune 5 rue Pons Capdenier. 31500 Toulouse)
letras.doc@wanadoo.fr www.letrasdoc.org



Yves Rouquette

Yves Rouquette (en occitan Ives Roqueta) est né à Sète le 29 février 1936 et mort à Camarès le 4 janvier 2015. Son enfance fut aveyronnaise, passée en partie près de Camarès, aux limites de l’Aveyron, du Tarn et de l’Hérault, dans cette maison, « la Serre », qui fut celle de ses aïeuls et où il était établi jusqu’à la fin de sa vie.
Entre temps, c’est à Béziers qu’il a exercé son métier de professeur de lettres. A Béziers dont elle est native, qu’il rencontra aussi celle qui est devenue sa femme, l’écrivain Marie Rouanet.
Marqué par une expérience chrétienne et par la révolte (il a été de bien des luttes sociales, des grèves de Decazeville à la défense des paysans du Larzac), Yves Rouquette est aussi un militant du mouvement politique et culturel occitan. Il est le fondateur de la revue Viure (1965-1973) et du Comité occitan d’études et d’action. Il fut un des principaux animateurs du mouvement « Volèm viure al païs » et est à l’origine de la maison de disques Ventadorn (1969), qui a lancé la nouvelle chanson occitane, et du Centre international de documentation occitane (1974), à Béziers (aujourd’hui Centre interrégional de développement de l’occitan).
Son itinéraire poétique a débuté avec « l’Écrivain public », en 1958. Et s’est poursuivi avec « le Mal de la terre » (1960), « l’Ode à Saint Afrodise » (1968), « Messe pour les cochons » (1970).
En prose, il est l’auteur de « la Patience » (1962), « Le poète est une vache » (1967), « Made in France » (1970), « le Travail des mains » (1977), « Le fils du père » (1993), etc. Il est l’auteur de contes pour enfants, pièces de théâtre, essais, et fut également chroniqueur, notamment à « La Dépêche du Midi ». Il est le frère du chanteur Joan Larzac.



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