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Milan Kundera

« La Fête de l’insignifiance »

A l’instar de beaucoup d’autres, je considère Kundera comme l’un des plus grands écrivains contemporains, aussi ai-je trouvé un peu longs les dix ans qui ont séparé la parution de son roman, « L’Ignorance », de « La Fête de l’insignifiance », son tout dernier (2013), le quatrième qu’il a écrit directement en français, mais publié d’abord en traduction italienne et qui vient d’être repris en Folio.



Il y eut bien sûr entre temps l’entrée de son Œuvre intégrale dans La Pléiade (2 volumes), et l’on pouvait craindre qu’il ait décidé de se taire, comme il avait déjà été tenté de la faire jadis, après « la Valse aux adieux », ce qui nous aurait privé de ses plus grands textes, « Le livre du rire et de l’oubli », « L’insoutenable légèreté de l’être », « les Testaments trahis », etc.... Mais son retour est bien dans la veine des réflexions qu’il conduit depuis si longtemps à travers l’invention et l’aventure romanesques.

Cette fois, c’est l’insignifiance qu’il interroge en quelques sept brèves séquences mettant en scène des amis - dont il est le « maitre » puisqu’il est leur créateur – dans des situations parfois cocasses, et surtout qu’il fait dialoguer non sans rappeler la manière du Diderot, l’auteur de « Jacques le Fataliste » qu’il affectionne tant et qui l’inspira naguère. Des personnages sans grande épaisseur, mais qui ne croient pas au sérieux de l’existence, à l’image de cet acteur qui se fait passer pour un pakistanais en s’inventant un sabir improbable.

Impossible, bien sûr, de résumer le livre, le propre du roman selon Kundera étant de ne pouvoir être réduit à un scénario. Mais qu’importe : même attachée à cette insignifiance dans laquelle il voit l’essence même de la vie humaine, la manière de Kundera reste une formidable jonglerie avec des scènes et des paradoxes gorgés sinon de sens, du moins de graves questionnements que sa politesse conduit à nous présenter avec la légèreté d’un joueur rompu à l’art de la narration et avec l’ironie d’un désespoir amusé. D’où le terme de « fête », qui s’accommode du voisinage de l’absurde (au sens camusien, mais sans pesanteur), de la mort, voire de cette sinistre comédie du communisme que Kundera a si souvent dénoncée et qui s’invite ici sous les traits d’un Staline cruellement farceur, ou de ce Kalinine, président cacochyme du Soviet suprême, que sa prostate travaille et qui ne peut finir un discours…

Comme dans tous ses derniers romans, l’auteur n’abuse pas de sa plume et joue de la brièveté contre le lyrisme, comme pour se garder de toute illusion, de tout romantisme. On est habitué à ce qu’il disserte brillamment sur des thèmes faussement légers (rappelons-nous du kitch, ici c’est l’érotisme du nombril qui ouvre le bal) et nous offre des digressions qui sont le sel de ses romans, en font tout le charme et l’intelligence. Cette fois pourtant, il opère sans doute un peu trop à l’économie : en dépit des séductions de son style et de passages étincelants, il paraît parfois lui-même se lasser et nous laisse un peu sur notre faim...

Michel Baglin



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Milan Kundera : « La vie est ailleurs »

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mardi 1er décembre 2015, par Michel Baglin

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Milan Kundera :
« La Fête de l’insignifiance »


Gallimard, 142 p., 15,90 euros. Ou Folio)



Bibliographie

Romans et nouvelles

La plaisanterie (1967)
Risibles amours (1968) – Nouvelles
La vie est ailleurs (1973)
La valse aux adieux (1976)
Le livre du rire et de l’oubli (1978)
L’insoutenable légèreté de l’être (1984)
L’Immortalité (1990)
La Lenteur (1995)
L’Identité (1998)
L’Ignorance (2003)
La Fête de l’insignifiance (2013)

Théâtre

Jacques et son maître, hommage à Denis Diderot (1981, créée à Paris en 1984)

Essais

L’art du roman (1986)
Les testaments trahis (1993)
D’en bas tu humeras des roses, illustrations d’Ernest Breleur (1993)
Le rideau (2005)
Une rencontre (2009)



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