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Georges Cathalo

« La feuillée des mots »

« La feuillée des mots », Georges Cathalo la connaît bien, qui a déjà à son actif tant de recueils bruissant de paroles - au sens où Digot parlait de langage hélas "privé de parole".

Georges Cathalo publie aussi une suite de ses "quotidiennes", des « Quotidiennes pour interroger »



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(Éditions Henry. 32 pages. 8 euros)

Sans doute Georges Cathalo a-t-il souvent trouvé abri sous cette feuillée où son ami Gaston Puel se disait devenir « scribe empêtré ». Mais au-delà du confort et du nid dans les ramures, les mots vous collent à la peau, vous accrochent comme ronces. Oui, dès lors qu’on leur accorde quelque crédit, les mots vous obligent. Et Cathalo le sait bien, car la poésie n’a jamais été pour lui une fuite, un refuge, une douce manie, mais une manière de se coltiner les beautés et les laideurs du monde. Et comme ce monde va mal, les poèmes se font l’écho de ces meurtres, mensonges, abandons, régressions, mais sur un autre mode, certes, que celui de la « crécelle médiatique ».
Il constate notamment - avec tristesse, lui l’ancien instituteur militant de l’association Lire et faire lire - que « la soif de lire se tarit peu à peu », mais rend en même temps hommage à la persévérance d’une poésie qui, « entre ferveur et détresse (…) résiste ». Au poète sans doute reviendrait aujourd’hui « la pierre noire de la vergogne », celle qui circulait jadis dans les classes d’un élève à l’autre pour stigmatiser celui qui parlait « patois » ? Car il tente toujours de sauver, ou de préserver quelque chose, peut-être simplement le fait de « parler avec son étoile », et il reste en quête d’une « parole douce qui ferait redresser la tête ». Dans le poème dédié à Marie-Claude, son épouse, s’ouvrant sur un premier vers tonique (« aller toujours de l’avant »), il salue la « passion pour le réel et pour l’imaginaire ». Double vocation du poète qu’évoquent tous ces poèmes. Il est « témoin » et sa place est aussi « juste là devant l’arbre / pour inventer l’oiseau ».
Enfin, cette plaquette est aussi une constellation de clins d’œil : chaque poème est dédié à un ami, la plupart du temps des poètes, que je ne peux tous citer mais dont les noms accolés forment une famille de sensibilités, une belle confrérie de fervents.

Michel Baglin



Des « Quotidiennes pour interroger »

Poursuivant l’écriture de ses « quotidiennes », poèmes bref pour ausculter nos quotidiens malmenés, Georges Cathalo donne cette fois des « Quotidiennes pour interroger » qui sont autant de questions sur « ce monde qui disjoncte sans cesse » et dont les paradoxes révèlent qu’il est bien malade. A quoi bon des radars surpuissants s’ils ne voient ni n’entendent ceux qui souffrent ? Des milliards de mots rangés et « minutieusement comptabilisés » dans les ordinateurs ? Les fortunes qui dorment dans les banques ou rongent nos assises dans les Bourses de la planète en folie ? Est-ce cela « le progrès » ? Autant de questions et de contradictions que Cathalo répète pour bousculer la « posture suffisante de ceux qui savent ». Avec une petite note d’espoir quand les grillons reviennent et que merle du jardin chante encore. (3.8 euros le livret ou 21 euros pour 6 livrets. La Porte. Yves Perrine. 215 rue Moïse Bodhuin. 02000 Laon)



« Près des yeux près du cœur »

« Près des yeux près du cœur » est un petit recueil de Georges Cathalo, qui s’adresse aux enfants (jeunes ou vieux) que nous sommes ou demeurons. Pourquoi ? Parce qu’il s’amuse des mots, et des choses petites comme cailloux qu’on menace de noyer dans le béton, soupirs, trombone au fond d’une poche, arbres qui mangent les nuages, aiguilles de montre, battements de cœur et autres « pauvres colifichets ».
On l’aura compris, on est assez loin ici des écrans et des « consoles qui ne consolent pas ». On chante le vent, on parle de la nuit et des projets, on regarde passer un vol de canards. On approche le quotidien par le versant émerveillé de la poésie. « Regardez disent les mots / écoutez disent les yeux ». Oui, il faut donner à voir le monde pour apprendre à l’aimer, d’où le titre du recueil que publie la Renarde Rouge avec de belles illustrations d’Evelyne Bouvier. (48 pages. 15 euros).



Georges Cathalo : « L’ivre de livres »

« L’ivre de livres », voilà qui va comme un gant à l’ami Georges Cathalo auquel la revue Chiendents de Luc Vidal consacre sous ce titre son numéro 64 ! Poète et fou de poésie, l’auteur de « Près des yeux près du cœur » et d’une trentaine d’autres recueils ou plaquettes l’est assurément, et depuis lurette, comme aurait dit Autin-Grenier. Je renvoie à son [dossier sur Texture, mais on pourra bien sûr le vérifier aussi dans ce numéro avec nombre de poèmes inédits.
Poète qui se veut inspiré du quotidien le mieux partagé, Georges place souvent ses textes sous le vocable de « Quotidiennes » ; et c’est ici des « quotidiennes pour lire » qui ouvrent la partie poèmes et rappellent que « tout ce qui compte enfin / ne se lit pas seulement dans les livres ». Dans la suite « Et que dire de… », Cathalo égrène les anecdotes et tableautins mettant en scène des êtres portés par la passion des livres, le condamné à mort qui emporte un livre jusque sur l’échafaud, Gilbert Lély, Valéry Larbaud, Ségalen, etc. Quelques pensées et notes autour de la poésie « chant de bataille » suivent.
Mais Cathalo est aussi cet inlassable lecteur et critique assidu qui donne ses notes de lectures à de multiples revues, en militant de la cause poétique. Voilà ce que soulignent également ses amis dans les présentations qui rassemblent Nicole Drano-Stamberg, Jean Chatard, Jean-Louis Clarac, Christian Saint-Paul. Ce numéro qui se clôt sur un portrait chinois réunit aussi Georges et son épouse Marie-Claude puisqu’elle l’illustre de ces acryliques abstraites et très colorées.

(Chiendents. Le numéro, 4 euros et 2 euros de port. Éditions du petit Véhicule. 20 rue du Coudray. 44000 Nantes).



« Quotidiennes pour lire »

Georges Cathalo a toujours cru à la poésie qui s’inscrit dans le quotidien des hommes et puise dans le fil des jours ordinaires son inspiration. Elle lui dicte des poèmes courts, ensuite réunis en des plaquettes qu’il nomme « quotidiennes ». Il y eut des « Quotidiennes du proche et du lointain », des « Quotidiennes pour résister », des « Quotidiennes pour oublier », des « Quotidiennes pour dire  » et d’autres encore. Dernières en date, toujours aux éditions La Porte, des « Quotidiennes pour lire ». Et c’est bien sûr le rapport aux mots, aux livres, à la lecture et à l’écriture - « refuge obscur et lumineux » - qui s’y dit et s’y déploie. Même si « remuer les cendres ne relance pas le feu  », c’est bien un passage du feu qui s’opère avec la poésie et ses mots qui « parlent pour nous », conservent « dans leur sillage l’ombre tenace des disparus  » et nous rappellent que « lire n’est jamais sans danger ».



Lire aussi :

Georges Cathalo : « Bestioleries poétiques »

Georges Cathalo : « L’ivre de livres »

Georges Cathalo : « La feuillée des mots »

Trois plaquettes

Georges Cathalo : « Au carrefour des errances »

Georges Cathalo : « Noms communs, deuxième vague »

Georges Cathalo : « A l’envers des nuages » & « L’Echappée »

Georges Cathalo, le poète du quotidien (portrait)



vendredi 3 octobre 2014, par Michel Baglin

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Georges Cathalo, ses dates et ses publications

Né le 22 décembre 1947 à Albi, Georges Cathalo a passé toute son enfance dans la campagne tarnaise. Après des études à Gaillac et à Toulouse, il devient instituteur en 1968 et fait le choix d’enseigner dans des villages de campagne. Il vit depuis lors à Saint-Vincent, en Lauragais, non loin de Toulouse. Il est marié depuis 1969 avec Marie-Claude et il a deux filles et trois petits-enfants.
Ses premières publications datent de 1974 avec la parution de quelques poèmes dans « L’Envers et l’Endroit », l’originale revue de Charles Autrand, dans « La Tour de Feu », la mythique revue de Pierre Boujut et dans « Haut Pays », l’artisanale revue que Pierre Gabriel imprimait sur sa presse à bras.
Par la suite, sa passion pour les revues de création et de découverte ne se démentira pas et il collaborera à plus d’une cinquantaine d’entre elles, parmi lesquelles on peut citer Décharge, Arpa, Création, Foldaan, Lieux d’Etre, Traces, Regart, Le Journal des poètes, Verso, ...
A partir de 1980, il a fait paraître des recueils de poèmes chez divers éditeurs plutôt confidentiels, soucieux de proposer des ouvrages artisanaux tirés à un petit nombre d’exemplaires.
Il a obtenu le Prix Voronca en 1979 et le Prix Froissart en 1985 ; ces deux prix sont décernés par un jury à un manuscrit anonyme qui est ensuite édité.
Des poèmes de Georges Cathalo ont été retenus dans quelques anthologies de poésie contemporaine comme « Matins » aux Editions du Pavé en 1984, « Les Poètes du Sud-Ouest » aux éditions Multiples en 1985, « La puce et la plume » aux éditions du Cherche-Midi en 1986 ou encore « Droits de l’Homme, Paroles de Poètes » aux éditions du Dé Bleu en 1989.
Il a fait partie du Comité de rédaction des revues « La Tour de Feu » (1981), « Texture » (1983/1989), « Friches » (1997/...), ...
Il continue à faire paraître régulièrement des chroniques de lectures ou d’humeurs dans des revues telles que Décharge, Rétro-Viseur, Friches,...

Georges Cathalo affirme qu’il n’a jamais cherché à se définir clairement et que s’il ne devait retenir qu’une seule définition en guise d’auto-portrait, il choisirait celle du poète surréaliste Achille Chavée : « Je suis un vieux peau-rouge qui ne marchera jamais dans une file indienne. »



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